vendredi 26 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2210343 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | DESSEIX |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire en réplique enregistrés le 4 août 2022 et le 28 février 2023, M. D C et Mme A G E, agissant en leur nom et au nom de l'enfant mineure F C, représentés par Me Desseix, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté le recours formé contre les décisions de l'autorité consulaire française en Côte-d'Ivoire refusant de délivrer à Mme E et à l'enfant F C des visas de long séjour au titre de la procédure de réunification familiale ;
2°) d'annuler les deux décisions de l'autorité consulaire française en Côte-d'Ivoire refusant la délivrance des visas sollicités ;
3°) d'enjoindre à l'administration de délivrer les visas sollicités dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à leur verser en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- les décisions consulaires sont entachées d'un vice d'incompétence ;
- les décisions consulaires sont insuffisamment motivées ;
- la décision de la commission est dépourvue de motivation ;
- les décisions attaquées sont entachées d'erreur de droit dès lors que les actes d'état civil produits ne sont pas frauduleux ;
- elles sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation ;
- elles sont entachées d'erreur de fait en tant qu'elles se fondent sur le caractère partiel de la demande de réunification familiale ;
- elles sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation en tant qu'elles retiennent l'absence de concubinage entre M. C et Mme E ;
- elles méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, la convention de Genève relative aux réfugiés de 1951 et la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 février 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Chatal, rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant ivoirien né en 1982, a obtenu le statut de réfugié en France le 26 mars 2014. Il soutient avoir vécu en concubinage à partir du début de l'année 2012 avec Mme E, également de nationalité ivoirienne, avoir eu avec elle l'enfant F C, née le 9 novembre 2012, et l'avoir épousée au Mali le 23 février 2017. Par leur requête, M. C et Mme E demandent au tribunal d'annuler la décision par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté le recours, réceptionné le 5 mai 2022, contre les décisions de l'autorité consulaire française à Abidjan en Côte-d'Ivoire refusant de délivrer à Mme E et à l'enfant F des visas de long séjour au titre de la procédure de réunification familiale.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article D. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version applicable au litige : " Une commission placée auprès du ministre des affaires étrangères et du ministre chargé de l'immigration est chargée d'examiner les recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France prises par les autorités diplomatiques ou consulaires. La saisine de cette commission est un préalable obligatoire à l'exercice d'un recours contentieux, à peine d'irrecevabilité de ce dernier ". Il résulte de ces dispositions que la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France se substitue à celle qui a été prise par les autorités diplomatiques ou consulaires. Par suite, la décision implicite de cette commission s'est substituée aux décisions de l'autorité consulaire française à Abidjan en Côte-d'Ivoire. Les conclusions de la requête doivent donc être regardées comme dirigées contre la seule décision de la commission de recours.
3. Il résulte du point qui précède que les moyens de la requête dirigés contre les décisions consulaires doivent être écartés comme inopérants.
4. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 8° Rejettent un recours administratif dont la présentation est obligatoire préalablement à tout recours contentieux en application d'une disposition législative ou réglementaire. ". L'article L. 232-4 du même code précise cependant que : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. () ".
5. Faute pour les requérants de justifier de la présentation, en application des dispositions précitées de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration, d'une demande de communication des motifs de la décision par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté leur recours, le moyen tiré de l'absence de motivation de la décision de la commission doit être écarté.
6. Il ressort des écritures du ministre de l'intérieur en défense que la commission doit être regardée comme ayant fondé sa décision de rejet du recours formé contre les deux décisions de refus de visas sur les motifs tirés du caractère partiel de la demande de réunification familiale et de l'inéligibilité de Mme E à la réunification familiale en raison de la rupture de la vie commune entre elle et M. C, père d'un enfant né en France de sa relation avec Mme B.
7. Aux termes de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, le ressortissant étranger qui s'est vu reconnaître la qualité de réfugié ou qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre de la réunification familiale : / 1° Par son conjoint ou le partenaire avec lequel il est lié par une union civile, âgé d'au moins dix-huit ans, si le mariage ou l'union civile est antérieur à la date d'introduction de sa demande d'asile ; / 2° Par son concubin, âgé d'au moins dix-huit ans, avec lequel il avait, avant la date d'introduction de sa demande d'asile, une vie commune suffisamment stable et continue ; / 3° Par les enfants non mariés du couple, n'ayant pas dépassé leur dix-neuvième anniversaire. () ".
8. Dans sa fiche familiale de référence complétée le 14 avril 2014 postérieurement à l'obtention de son statut de réfugié et destinée à l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), M. C a déclaré avoir pour concubine, depuis le début de l'année 2012, Mme E, née le 27 septembre 1987, et être le père de l'enfant F C, née le 9 novembre 2012 à Abidjan. Dans sa note du 30 mai 2016 à la direction de l'immigration, l'OFPRA a indiqué que M. C s'était déclaré concubin de Mme E et père de l'enfant F C. Les requérants produisent en outre un extrait de registre des actes de l'état civil et une copie intégrale de ce registre, dont le ministre ne conteste pas la régularité, et dont il ressort que l'enfant F C est bien la fille de M. C et de Mme E. M. C, qui déclare être entré en France au mois de mai 2013 et justifie du dépôt de sa demande d'asile au mois de décembre 2013, explique qu'il avait déjà quitté son pays à la naissance de sa fille au mois de novembre 2012. Il s'ensuit que l'intéressé a quitté la Côte-d'Ivoire quelques semaines ou quelques mois seulement après sa rencontre avec Mme E. Dans ces conditions, les requérants ne peuvent être regardés comme justifiant de l'existence, avant le dépôt de la demande d'asile de M. C, d'une vie commune suffisamment stable et continue. C'est donc sans commettre d'erreur d'appréciation que la commission a confirmé le refus de délivrance d'un visa opposé à Mme E au motif de son inéligibilité à la procédure de réunification familiale.
9. L'article L. 434-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, rendu applicable à la procédure de réunification familiale par l'article L. 561-4, prévoit que : " Le regroupement familial est sollicité pour l'ensemble des personnes désignées aux articles L. 434-2 à L. 434-4. Un regroupement partiel peut toutefois être autorisé pour des motifs tenant à l'intérêt des enfants. "
10. Il est constant que M. C et Mme E sont également les parents de l'enfant Ahmed C né en Côte-d'Ivoire le 12 novembre 2018. Il ressort des pièces du dossier qu'un visa de long séjour a été sollicité pour cet enfant au titre de la procédure de réunification familiale le 16 mai 2022, soit antérieurement à la date de la décision attaquée, née du silence gardé par la commission pendant deux mois à compter de la réception du recours le 5 mai 2022. A la date de cette décision, aucune décision concernant cette demande de visa n'avait été notifiée au requérant. Par suite, les requérants sont bien fondés à soutenir qu'en se fondant sur le caractère partiel de leur demande de réunification familiale, la commission a entaché sa décision d'erreur de fait.
11. Il résulte toutefois de l'instruction que la commission aurait pris la même décision en se fondant sur le seul motif tiré de l'inéligibilité de Mme E à la procédure de réunification familiale.
12. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "
13. Les requérants déclarent s'être mariés au Mali le 23 février 2017 et présentent deux actes en ce sens. S'ils soutiennent qu'en les empêchant de réunir leur cellule familiale en France, la décision de la commission a porté une atteinte disproportionnée à leur droit au respect de leur vie privée et familiale au sens de l'article 8 précité de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'existence d'un concubinage antérieur à la demande d'asile de M. C n'est pas suffisamment établie, leur mariage allégué étant en tout état de cause postérieur à la reconnaissance du statut de réfugié de M. C. M. C n'établit pas par ailleurs qu'il serait dans l'impossibilité de présenter une demande de regroupement familial afin de faire venir en France Mme E et leurs deux enfants. Dans ces conditions, le moyen de la requête tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté, de même que celui-ci tiré de l'erreur manifeste d'appréciation entachant la décision litigieuse.
14. Enfin, si les requérants invoquent la méconnaissance de la convention de Genève relative aux réfugiés de 1951 et de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, ces moyens ne sont pas assortis des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé et doivent donc être écartés.
15. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté le recours formé contre les deux décisions refusant de délivrer des visas de long séjour à Mme E et à l'enfant F C au titre de la procédure de réunification familiale.
Sur les conclusions accessoires :
16. Le présent jugement rejetant les conclusions principales de la requête, il y a lieu de rejeter, par voie de conséquence, les conclusions tendant au prononcé d'une mesure d'injonction sous astreinte ainsi que celles relatives aux frais liés au litige.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. C et Mme E est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D C, à Mme A G E et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 31 mars 2023 à laquelle siégeaient :
Mme Douet, présidente,
M. Rosier, premier conseiller,
Mme Chatal, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 mai 2023.
La rapporteure,
A. CHATALLa présidente,
H. DOUETLe greffier,
S. VALAIS
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026