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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2210354

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2210354

mardi 17 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2210354
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSCP FRISON & ASSOCIES

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Nantes a rejeté la requête de Mme A, ressortissante camerounaise, qui contestait le refus du ministre de l'intérieur de lui accorder la naturalisation. La décision ministérielle, fondée sur l'article 48 du décret du 30 décembre 1993, a été jugée suffisamment motivée. Le tribunal a estimé que le ministre n'avait pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en retenant que Mme A n'avait pas fixé le centre de ses intérêts en France de manière stable, son conjoint résidant au Cameroun sans démarche de regroupement familial. La requête a été rejetée en toutes ses conclusions.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 août 2022, Mme B A, épouse C, représentée par Me Chartrelle, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 1er mars 2022 par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté sa demande de naturalisation ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de réexaminer sa demande de naturalisation.

Mme A soutient que :

- la motivation de la décision attaquée est insuffisante et erronée ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'elle justifie avoir ses attaches familiales en France.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 octobre 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 juin 202Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Brémond, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, épouse C, ressortissante camerounaise, demande au tribunal d'annuler la décision du 1er mars 2022 par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté sa demande d'acquisition de la nationalité française.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration : "'La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision°". La décision attaquée vise l'article 48 du décret du 30 décembre 1993 et mentionne les circonstances de faits propres à la situation de la postulante. Ainsi cette décision comporte-t-elle, avec suffisamment de précision, l'énoncé des considérations de droit et de fait sur lesquelles elle est fondée. Par suite, elle est suffisamment motivée et satisfait aux exigences de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.

3. En second lieu, aux termes de l'article 21-15 du code civil : " () l'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger ". Aux termes de l'article 48 du décret du 30 décembre 1993 : " () Si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation ou la réintégration sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l'ajournement en imposant un délai ou des conditions. Ce délai une fois expiré ou ces conditions réalisées, il appartient à l'intéressé, s'il le juge opportun, de déposer une nouvelle demande ". En vertu de ces dispositions, il appartient au ministre de porter une appréciation sur l'intérêt d'accorder la nationalité française à l'étranger qui la sollicite. Dans le cadre de cet examen d'opportunité, il peut légalement prendre en compte toutes les circonstances de l'affaire, y compris celles qui ont été examinées pour statuer sur la recevabilité de la demande.

4. Pour rejeter la demande d'acquisition de la nationalité française de Mme A, le ministre de l'intérieur s'est fondé sur le motif tiré de ce qu'elle n'avait pas établi en France l'ensemble de ses attaches familiales, dès lors qu'elle conservait des liens forts avec l'étranger puisque son conjoint résidait au Cameroun.

5. Il ressort des pièces du dossier et n'est pas contesté que le conjoint de Mme A, avec qui elle s'est mariée en octobre 2021, résidait au Cameroun à la date de la décision attaquée, et que la requérante n'avait engagé aucune demande de regroupement familial le concernant. Dès lors, en dépit de ce qu'elle vit en France depuis 2010, est mère de deux enfants de nationalité française, dont un enfant mineur, scolarisés sur le territoire français, que plusieurs autres membres de sa famille résident en France, et qu'elle dispose de ressources suffisantes, elle ne peut être regardée comme ayant fixé le centre de ses intérêts en France de manière stable. Dans ces conditions, en rejetant la demande de l'intéressée pour ce motif, le ministre de l'intérieur n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation.

6. Mme A ne peut utilement se prévaloir du contenu de la circulaire du 27 juillet 2010 relative à la déconcentration de la procédure d'acquisition de la nationalité française, qui est dépourvue de caractère réglementaire.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme A, épouse C, doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, épouse C, au ministre de l'intérieur et à Me Chartrelle.

Délibéré après l'audience du 19 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Douet, présidente,

Mme Thomas, première conseillère,

M. Brémond, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 décembre 2024.

Le rapporteur,

E. BRÉMOND

La présidente,

H. DOUETLa greffière,

L. LÉCUYER

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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