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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2210381

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2210381

vendredi 26 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2210381
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantCISSE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par ordonnance n° 2216518/12-1 du 4 août 2022, le président du tribunal administratif de Paris, en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, a transmis la requête présentée par M. A au tribunal administratif de Nantes où elle a été enregistrée sous le n° 2210381.

Par une requête enregistrée le 1er août 2022, au greffe du tribunal administratif de Paris, M. B A, représenté par Me Cisse, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision en date du 21 juillet 2022 par laquelle l'autorité consulaire française en République centrafricaine a annulé le visa de court séjour qui lui a été délivré le 18 juillet 2022 ;

2°) d'enjoindre aux autorités consulaires françaises en République centrafricaine de délivrer le visa sollicité au besoin sous astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision de l'autorité consulaire est entachée d'un défaut de motivation ;

- les autorités consulaires ont commis un vice de procédure dès lors qu'elles ont commis une erreur en cochant la case " refus de visa " à la place de celle d'" annulation de visa " ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation dans la mesure où il a déjà obtenu plusieurs visas de court séjour, qu'il voyage souvent en France où il avait prévu une intervention médicale et qu'il ne représente pas une menace à l'ordre public ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 2 du protocole n°4 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en ce qu'elle porte à sa situation personnelle une atteinte disproportionnée.

La requête a été communiquée au ministre de l'intérieur qui n'a pas produit d'observations.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention d'application de l'accord de Schengen, signée le 19 juin 1990 ;

- le règlement (CE) n° 810/2009 du 13 juillet 2009 du Parlement européen et du Conseil établissant un code communautaire des visas ;

- le règlement (UE) n° 2016/399 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 concernant un code de l'Union relatif au régime de franchissement des frontières par les personnes (code frontières Schengen) ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Roncière a été entendu au cours de l'audience publique.

Une note en délibéré, enregistrée le 11 avril 2023, a été présentée par le ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant centrafricain, né le 9 mars 1986, à Kaga-Bandoro (République centrafricaine), a déposé auprès de l'autorité consulaire française en Centrafrique une demande de visa de court séjour. Par décision du 18 juillet 2022, un visa de court séjour à entrées multiples, dit visa de circulation Schengen, lui a été délivré. Toutefois, par une décision notifiée le 21 juillet 2022, et en dépit de la case intitulée " le visa a été refusé ", cochée à tort dans la décision de l'autorité diplomatique française en Centrafrique, l'autorité consulaire a abrogé le visa de court séjour délivré à M. A le 18 juillet précédent. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de cette dernière décision.

2. Aux termes de l'article L. 312-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Tout étranger souhaitant entrer en France en vue d'y séjourner pour une durée n'excédant pas trois mois doit solliciter auprès des autorités diplomatiques et consulaires françaises un visa de court séjour, dans les conditions prévues à l'article 6 du règlement 2016/399 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016. / Les demandes de visa de court séjour sont déposées et instruites dans les conditions prévues par les chapitres II et III du titre III du règlement n° 810/2009 du Parlement européen et du Conseil du 13 juillet 2009 établissant un code communautaire des visas. ". Aux termes de l'article 21 du règlement (CE) du 13 juillet 2009 du Parlement européen et du Conseil établissant un code communautaire des visas : " 1. Lors de l'examen d'une demande de visa uniforme, () une attention particulière est accordée à l'évaluation du risque d'immigration illégale () que présenterait le demandeur ainsi qu'à sa volonté de quitter le territoire des États membres avant la date d'expiration du visa demandé. ". Aux termes de l'article 32 du même règlement : " 1. () le visa est refusé : () / a) si le demandeur : () est considéré comme constituant une menace pour l'ordre public, la sécurité intérieure ou la santé publique, au sens de l'article 2, point 19, du code frontières Schengen, ou pour les relations internationales de l'un des États membres, et, en particulier, qu'il a fait l'objet, pour ces mêmes motifs, d'un signalement dans les bases de données nationales des États membres aux fins de non-admission ".

3. Pour annuler le visa de court séjour délivré à M. A le 18 juillet 2022, l'autorité consulaire française en Centrafrique s'est fondée sur le motif tiré de ce que l'intéressé représenterait une menace à l'ordre public ou à la sécurité intérieure pour l'un ou plusieurs Etats membres.

4. Il ressort des pièces du dossier que M. A a bénéficié antérieurement de plusieurs visas d'entrée en France dont il aurait respecté les délais, qu'un visa Schengen de court séjour lui a été délivré le 18 juillet 2022, valable jusqu'au 22 août 2022 et que l'abrogation de ce visa est motivée par la menace pour l'ordre public ou la sécurité intérieure que M. A représenterait pour l'un ou plusieurs Etats membres. Toutefois, l'intéressé soutient " qu'il n'a jamais eu de comportement réprimé par le code pénal " et qu'il est " au contraire une personne totalement respectable, respectueux des valeurs de la culture, de la liberté, de paix, des droits de l'homme et de la démocratie ". Il ressort également des pièces du dossier qu'aucune remarque complémentaire n'a été apposée par les autorités consulaires sur le formulaire de visa précisant en particulier en cas de menace à l'ordre public, l'Etat membre qui s'oppose à la délivrance du visa. Par suite, en l'absence de mémoire en défense du ministre de l'intérieur, le requérant est fondé à soutenir que la décision d'abrogation attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation.

5. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision attaquée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Le présent jugement implique que la demande de visa présentée par M. A soit réexaminée conformément à l'objet de cette demande. Il y a lieu d'enjoindre au ministre de l'intérieur d'y faire procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les conclusions tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La décision en date du 21 juillet 2022 de l'autorité consulaire française en République centrafricaine est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de réexaminer la demande de visa de M. A, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à M. A une somme de 1 200 euros (mille deux cents euros) au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 31 mars 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Douet, présidente,

Mme Roncière, première conseillère,

Mme Chatal, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 mai 2023.

La rapporteure,

M.-A. RONCIERE La présidente,

H. DOUET

Le greffier,

S. VALAIS

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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