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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2210438

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2210438

lundi 25 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2210438
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation10ème chambre
Avocat requérantBOURGEOIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 3 août 2022, M. C B et Mme G D, agissant en leur nom propre et en qualité de représentants légaux des enfants A B, E B et F B, représentés par Me Bourgeois, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 25 mai 2022 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, saisie d'un recours administratif préalable obligatoire formé contre la décision de l'autorité consulaire française à Bamako (Mali) refusant de délivrer à Mme G D ainsi qu'à A, E et F B des visas de long séjour au titre du regroupement familial, a refusé de délivrer les visas sollicités ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer, à titre principal, de faire délivrer les visas sollicités dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen des demandes dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à Me Bourgeois en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Ils soutiennent que :

- la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation du caractère probant des documents d'état-civil produits et du lien familial unissant les demandeurs au regroupant ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 avril 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

M. C B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Tavernier,

- et les observations de Me Bourgeois, représentant les requérants.

Une note en délibéré, présentée pour les requérants, a été enregistrée le 5 septembre 2023.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B, ressortissant malien, a déposé une demande de regroupement familial en faveur de Mme G D et de A, E et F B, présentés respectivement comme son épouse et leurs trois enfants. Le préfet de Seine-et-Marne a répondu favorablement à cette demande par une décision du 22 mai 2020. Les demandes de visa de long séjour déposées auprès de l'autorité consulaire française à Bamako (Mali) par les intéressés en qualité de bénéficiaires de la procédure de regroupement familial ont été rejetées par des décisions du 8 décembre 2021. Saisie d'un recours administratif préalable obligatoire formé contre ces refus consulaires, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a refusé de délivrer les visas sollicités par une décision du 25 mai 2022, dont les requérants demandent au tribunal l'annulation.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Lorsque la venue d'une personne en France a été autorisée au titre du regroupement familial, l'autorité administrative n'est en droit de rejeter la demande de visa dont elle est saisie à cette fin que pour un motif d'ordre public. Figure au nombre de ces motifs le défaut de caractère probant des documents destinés à établir l'identité du demandeur ou de la demandeuse de visa et le lien familial avec la personne ayant sollicité le bénéfice du regroupement familial.

3. En outre, l'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que la vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil. Il résulte des dispositions de cet article que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis.

4. Pour refuser de délivrer les visas sollicités, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a relevé que : " les actes de naissance présentés à l'appui des demandes de visa de Mme G D et des enfants A, E et F B ne sont pas conformes à la législation malienne ( à l'article 7 de la loi n°06-040 du 11 août 2006 portant institution du numéro d'identification nationale et, pour l'acte de naissance de Mme D seulement, l'article 106 loi n°2011-087 du 30 décembre 2011 portant code des personnes et de la famille), ce qui leur ôte tout caractère probant et qui ne permet pas d'établir le lien familial allégué entre les intéressés et M. C B, qui est à l'origine de la demande de regroupement familial. La production au dossier de tels documents relève d'une intention frauduleuse. / Au surplus, la production d'un acte de mariage dont il apparaît, après enquête du poste consulaire auprès des autorités locales, qu'il est apocryphe, ne permet pas la délivrance des visas sollicités. / Enfin, C B, ne produit pas d'éléments probants susceptibles de justifier d'une possession d'état au sens de l'article 311-1 du code civil. "

En ce qui concerne A, E et F B :

5. Pour justifier de l'identité de A, E et F B et du lien de filiation les unissant au regroupant, les requérants produisent les actes de naissance des intéressés faisant respectivement état de ce que ces derniers sont nés les 18 octobre 2006, 25 août 2014 et 23 mai 2017 de l'union de M. C B avec Mme G D. La circonstance que ces actes ne mentionnent pas le numéro d'identification national (NINA) des intéressés figurant sur leur passeport, lequel contient par ailleurs des informations cohérentes avec les documents d'état civil produits, ne suffit pas à établir leur caractère frauduleux dès lors, notamment, que l'ensemble des informations relatives à l'état civil des intéressés figurant sur ces documents coïncide avec celles contenues dans le livret d'état civil de la famille, également versé au débat. Dans ces conditions, l'identité de A, E et F B et leur lien de filiation avec le regroupant doivent être considérés comme établis. Il s'ensuit que les requérants sont fondés à soutenir que la commission de recours a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation à ce titre.

En ce qui concerne Mme G D :

6. Pour justifier de son identité, Mme D a produit à l'appui de sa demande de visa l'extrait d'acte de naissance n° 08 établi par l'officier d'état civil du centre secondaire de Gory (Mali) indiquant que l'intéressée est née 5 février 1989 dans cette même ville. Si la commission de recours fait valoir que ledit acte de naissance méconnaîtrait l'article 106 de la loi n°2011-087 du 30 décembre 2011 portant code des personnes et de la famille, elle n'apporte aucune explication à l'appui de ses allégations. Par ailleurs, pour justifier du lien matrimonial unissant Mme D à M. B, les requérants produisent un extrait d'acte de mariage n° 156RG/05 établi par l'officier d'état civil du centre secondaire d'état civil de Baco-Djocoroni (Mali) indiquant que la déclaration et la célébration dudit mariage entre l'intéressée et le regroupant ont respectivement eu lieu les 9 et 24 novembre 2005. Il n'est pas contesté que ces deux dates ainsi que les mentions relatives à l'état civil des intéressés coïncident avec celles figurant au sein du livret d'état civil mentionné au point précédent ainsi qu'avec celles figurant sur l'extrait d'acte de naissance susmentionné. Si le ministre se prévaut de ce que la levée d'acte diligentée par les autorités consulaires françaises au Mali fait apparaître des discordances relatives à l'année desdites dates de déclaration et de célébration du mariage ainsi qu'au mois de naissance de Mme D, de telles incohérences, qui relèvent de simples erreurs matérielles, ne suffisent pas à elles seules à établir le caractère apocryphe du certificat de mariage produit à l'appui de la demande de visa de l'intéressée. Au surplus, il n'est pas contesté que Mme D est la mère des trois enfants de M. B. Dans ces conditions, l'identité de Mme D et son lien familial avec le regroupant doivent être considérés comme établis. Il s'ensuit que les requérants sont fondés à soutenir que la décision attaquée est également entachée d'une erreur d'appréciation à ce titre.

7. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que les requérants sont fondés à demander l'annulation de la décision attaquée.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

8. Eu égard à ses motifs, le présent jugement implique nécessairement que des visas de long séjour soient délivrés à Mme G D, à A B, à E B, ainsi qu'à F B. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer ces visas dans un délai de deux mois à compter de sa notification, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais d'instance :

9. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de ces dispositions, sous réserve que Me Bourgeois renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

D E C I D E :

Article 1er : La décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France du 25 mai 2022 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer à Mme G D, à A B, à E B, ainsi qu'à F B les visas de long séjour sollicités dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Bourgeois la somme de 1 200 (mille deux cents) euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Mme G D, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Bourgeois.

Délibéré après l'audience du 4 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Le Barbier, présidente,

M. Tavernier, conseiller,

M. Templier, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 septembre 2023.

Le rapporteur,

T. TAVERNIER

La présidente,

M. LE BARBIER La greffière,

S. LE DUFF

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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