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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2210439

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2210439

lundi 12 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2210439
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationOQTF 6 semaines - 1ère chambre
Avocat requérantNERAUDAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 8 août 2022 et le 24 novembre 2022, M. B A, représenté par Me Neraudau, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 juillet 2022 par lequel le préfet de Maine-et-Loire lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré ;

2°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire, à titre principal, de lui délivrer une autorisation de séjour dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, en tout état de cause, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 2 000 euros au profit de son conseil qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il n'est pas établi que l'arrêté contesté a été signé par une autorité compétente ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- le droit d'être entendu tel qu'il résulte de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne n'a pas été mis en œuvre avant son édiction ;

- elle n'a pas été précédée de l'examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle n'a pas été précédée de l'examen de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 19 septembre 2022, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

M. B A a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 novembre 2022.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. D, magistrat honoraire, pour statuer sur les litiges visés à l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 24 novembre 2022 :

- le rapport de M. D,

- les observations de Me Neraudau, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens. Elle souligne qu'une demande de titre de séjour a été effectuée en date du 31 août 2022, laquelle demande a été rejetée comme irrecevable le 19 septembre 2022 pour un motif surprenant ;

- M. A, assisté par une Mme C, interprète.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 611-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction en vigueur à la date de la décision attaquée : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; ". Aux termes de l'article L. 614-5 du même code : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français prise en application des 1°, 2° ou 4° de l'article L. 611-1 est assortie d'un délai de départ volontaire, le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quinze jours suivant la notification de la décision. () Le président du tribunal administratif ou le magistrat qu'il désigne à cette fin parmi les membres de sa juridiction ou parmi les magistrats honoraires inscrits sur la liste mentionnée à l'article L. 222-2-1 du code de justice administrative statue dans un délai de six semaines à compter de sa saisine ".

2. M. B A, ressortissant guinéen né le 10 décembre 1991 à Conakry, déclare être entré irrégulièrement en France le 7 mars 2020. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides en date du 31 août 2021, confirmée par un arrêt de la Cour nationale du droit d'asile en date du 21 juin 2022. A la suite du rejet de la demande d'asile, le préfet a édicté l'arrêté attaqué en date du 7 juillet 2022 qui comporte une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixe le pays de renvoi.

3. L'arrêté a été signé par M. E F, sous-préfet de Cholet et secrétaire général par intérim, qui disposait d'une délégation de signature par arrêté du 7 septembre 2021 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture n°96 du 9 septembre 2021, en cas d'empêchement de Mme Daverton, secrétaire générale de la préfecture de Maine-et-Loire. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte attaqué manque en fait.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ". Il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne s'adresse uniquement aux institutions et organes de l'Union. Le moyen tiré de sa violation par une autorité d'un Etat membre est donc inopérant. Toutefois, il résulte également de cette jurisprudence que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter son point de vue de manière utile et effective. En particulier, il n'implique pas l'obligation, pour le préfet, d'entendre l'étranger spécifiquement au sujet de l'obligation de quitter le territoire français qu'il envisage de prendre après avoir statué sur le droit au séjour à l'issue d'une procédure ayant respecté son droit d'être entendu.

5. En l'espèce, s'il est constant que M. A n'a pas été invité par l'administration à présenter, préalablement à l'édiction de la décision attaquée, ses observations écrites ou orales sur la perspective d'une mesure d'éloignement, il ne pouvait ignorer qu'il était susceptible de faire l'objet d'une telle mesure après le rejet définitif de sa demande d'asile. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A ait été privé de la possibilité de présenter des observations, écrites ou orales ou qu'il aurait sollicité en vain un entretien avec les services préfectoraux. En tout état de cause, le requérant, qui se prévaut des risques qu'il encourt en cas de retour en Guinée et de l'impossibilité d'y poursuivre sa vie et du fait que ses attaches sont désormais en France, ne fait pas état, dans le cadre de la présente instance, d'éléments qui, s'ils avaient été connus du préfet, auraient pu le conduire à prendre une décision différente. Dans ces conditions, le moyen doit être écarté.

6. En deuxième lieu, la décision attaquée énonce avec suffisamment de précision les circonstances de fait et de droit qui la fondent. Le préfet n'a pas à énoncer l'ensemble des éléments qu'il a pris en considération mais uniquement ceux sur lesquels il a entendu fonder sa décision. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision doit être écarté comme manquant en fait.

7. Il ressort de la motivation de la décision attaquée que le préfet de Maine-et-Loire, après avoir constaté le rejet, devenu définitif, du recours devant la CNDA à l'encontre du rejet de la demande d'asile présentée par M. A, a examiné l'ensemble de sa situation personnelle et familiale et a vérifié, au vu des éléments dont il avait connaissance, qu'aucun obstacle ne s'opposait à l'éloignement du requérant. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen de la situation personnelle de celui-ci et de la méconnaissance de l'article L. 542-4 précité, en ce qu'il prévoit la possibilité de se maintenir sur le territoire français à un titre autre que celui de réfugié ou de bénéficiaire de la protection subsidiaire, doit être écarté.

8. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".

9. M. B A est entré en France deux ans avant la décision attaquée, afin d'y solliciter l'asile, qui lui a été définitivement refusé. Il n'établit pas avoir noué en France des liens d'une particulière intensité ni être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, où il a vécu durant dix-neuf ans. La seule présence de sa mère, qui a obtenu un titre de séjour " vie privée et familiale " et de sa sœur jumelle, qui a obtenu la protection subsidiaire, mais qui résident à des adresses différentes du requérant, ne permet pas de regarder la décision attaquée comme portant à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée et ne méconnaît donc pas l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. En outre la circonstance que le requérant a présenté le 31 août 2022, soit postérieurement à l'arrêté attaqué une demande de titre de séjour au titre de ses liens personnels et familiaux (article L. 423-23 du code) ne peut être utilement invoquée au soutien de ses conclusions. Ladite demande a du reste été rejetée comme étant irrecevable par une décision du 19 septembre 2022 qui n'a pas été contestée. Le moyen doit être écarté.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :

10. En premier lieu, la décision fixant le pays de destination comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle se réfère notamment aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et à l'absence de justification par l'intéressé de l'existence d'une menace personnelle en cas de retour dans son pays d'origine. Elle est, dès lors, suffisamment motivée.

11. En deuxième lieu, contrairement à ce que soutient M. A, il ressort des termes mêmes de la décision attaquée que le préfet de Maine-et-Loire a procédé à un examen particulier de sa situation personnelle et familiale avant de fixer le pays de destination.

12. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ". Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ".

13. M. A craint, en cas de retour en Guinée, d'être persécuté à raison de ses opinions politiques dès lors qu'il aurait accueilli des manifestants dans son magasin. Toutefois, sa demande d'asile a été rejetée tant par l'OFPRA que par la CNDA qui ont estimé que ses propos n'étaient pas convaincants. Il n'apporte aucun élément nouveau. Dans ces conditions, le préfet n'a pas méconnu les stipulations et dispositions précitées en fixant le pays de destination.

14. En quatrième et dernier lieu, le moyen tiré d'une atteinte disproportionnée au respect de la vie privée de M. A doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point n° 11 ci-dessus.

15. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A ne peut qu'être rejetée.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet de Maine-et-Loire et à Me Néraudau.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 décembre 2022.

Le magistrat désigné,

F. D La greffière,

L. LECUYER

La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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