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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2210575

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2210575

lundi 29 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2210575
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSELARL CARADEUX CONSULTANT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et une pièce complémentaire enregistrées les 10 et 23 août 2022, 203 membres du " collectif pour la protection de l'environnement et du cadre de vie du Cellier " dont le représentant unique est M. C A, demandent au juge des référés d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la délibération du 12 avril 2022 par laquelle le conseil municipal de la commune du Cellier (Loire-Atlantique) a approuvé la déclaration de projet d'aménagement du parc de la Mothe portant mise en compatibilité du plan local d'urbanisme.

Ils soutiennent que :

- la requête, qui a été introduite dans le délai légal, est recevable, chacun des membres de leur collectif, tous résidents de la commune, justifiant d'un intérêt à agir ;

- l'avis défavorable du commissaire enquêteur n'a pas été pris en compte ;

- la demande de suspension, sur le fondement de l'article L. 554-12 du code de justice administrative, de la délibération litigieuse est justifiée, le commissaire enquêteur ayant rendu des conclusions défavorables au projet d'aménagement en cause et en présence de moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de cette décision ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

* elle est entachée d'une erreur de droit en tant que l'aménagement en cause prévoit la création d'un sous-secteur Np au sein d'une zone N et elle méconnaît les dispositions de l'article 2 de la section 1 de la partie 5 du plan local d'urbanisme (PLU) de la commune, dès lors que le projet de construction n'est pas un aménagement léger qui ne porte pas atteinte à la préservation des sols agricoles et forestiers mais un projet de parking de 53 places, en terrasse, nécessitant la création de murs de soutènement et de déblais importants ;

* elle est entachée d'une erreur de droit au regard de l'article L. 101-2 du code de l'urbanisme, en tant qu'elle détourne la règle urbaine dès lors que l'extension de la zone UA vise seulement à respecter le seuil de non-imperméabilisation réglementaire sur la zone Np et n'est pas indispensable pour permettre la réalisation des aménagements nécessaires à la réfection des toilettes publiques et à l'accessibilité du parc de la Mothe ;

* la condition d'intérêt général n'est pas remplie : aucune étude diagnostique du stationnement en centre bourg n'a été réalisée et le besoin d'un parking n'apparaît ni réel ni permanent ; le choix de la localisation du projet multiplie les contraintes et représente un coût excessif ; le projet comporte un risque pour l'environnement eu égard à l'artificialisation d'une prairie et au risque de rejet de polluants dans le milieu naturel ; le bilan coûts-avantages est négatif et le projet n'est pas accepté par les habitants de la commune ;

* elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation : le projet global dans lequel s'insère la délibération litigieuse apparaît incohérent et sa faisabilité n'est pas démontrée au stade de la phase 4, la garantie de la sécurité routière sur le territoire de la commune étant prioritaire par rapport à la construction d'un parking inutile, à l'aménagement d'un parc et au raccordement de ceux-ci à des voies qui ne sont pas encore aménagées.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 août 2022, la commune du Cellier conclut au rejet de la requête et demande que soit mise à la charge solidaire des requérants la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés par les requérants n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

- le projet litigieux, qui ne comporte ni terrasse ni local technique et constitue bien un aménagement léger, n'a pas d'impact notable sur l'environnement et ne rend pas impossible un retour à l'état naturel du site ;

- la commune dispose d'un pouvoir étendu d'appréciation pour déterminer le zonage de chaque parcelle, le contrôle du juge étant limité à l'erreur manifeste d'appréciation, qui n'est pas avérée en l'espèce ; elle a pu valablement estimer, d'une part, que la vocation de la parcelle en cause était davantage urbaine que naturelle, d'autre part, que le classement en zone Ua était nécessaire pour poursuivre les objectifs d'intérêt général correspondant à sa politique de réaménagement du centre-bourg, l'installation d'un module démontable pour les toilettes n'étant pas envisageable faute de satisfaire aux exigences architecturales du périmètre de protection des monuments historiques dans lequel s'insère le projet ;

- le parc de stationnement de la Mothe s'inscrit dans un projet plus large de réaménagement et de revitalisation du centre-bourg et l'intérêt général d'un projet s'apprécie au regard des objectifs économiques, sociaux et urbanistiques poursuivis par la commune tels qu'ils apparaissent dans le plan d'aménagement et de développement durable (PADD), objectifs au nombre desquels figure l'apaisement de la circulation dans le bourg, incluant le stationnement, la sécurisation de la voirie, le développement des déplacements doux que sont la marche et le vélo ; la création de voies cyclables et d'espaces dédiés aux piétons impose la suppression de places de stationnement en voirie, qui ne peut pas être compensée par les parkings existants sous peine de susciter un conflit d'usage entre les utilisateurs de ces équipements et la desserte du centre-bourg ; il n'existe pas d'emplacement alternatif possible, la desserte du centre-bourg exigeant une proximité immédiate des places de stationnement ;

- le coût de l'opération, qui ne se limite pas à la seule réalisation du parking, est raisonnable au regard de la situation financière de la commune et bénéficie par ailleurs d'une subvention de l'Etat au titre de la dotation d'équipement des territoires ruraux (DETR)

d'un montant de 125 000 euros ;

- le projet, dont le préfet, qui l'a dispensé d'étude d'impact, a expressément souligné qu'il ne porterait pas atteinte aux fonctionnalités écologiques du site vis-à-vis de la faune, est dépourvu d'impact sur l'environnement et n'aura en particulier pas pour effet d'imperméabiliser 1900 m² de prairie, mais de remplacer 1900 m² de prairie par un parc de stationnement, lequel ne sera pas imperméabilisé ;

- si la loi Climat-Résilience a instauré un objectif " zéro artificialisation nette " d'ici à 2050, aucune disposition légale ne vient interdire toute artificialisation ;

- la majeure partie de la population n'a pas estimé nécessaire d'émettre une observation sur le projet, qui ne suscite donc pas une opposition particulière ;

- l'inutilité du projet de parking n'est pas démontrée et l'erreur manifeste d'appréciation n'est donc pas établie.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 9 août 2022 sous le numéro 2210587, par laquelle M. A et 202 autres membres du collectif demandent l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme B, première conseiller, pour statuer sur les demandes de référé en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 24 août 2022 à 10 heures :

- le rapport de Mme Le Barbier, juge des référés ;

- les observations de M. A, représentant unique des membres du " collectif pour la protection de l'environnement et du cadre de vie du Cellier " ;

- et les observations de Me Dubos, substituant Me Caradeux, représentant la commune du Cellier.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Les membres du " collectif pour la protection de l'environnement et du cadre de vie du Cellier " demandent au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la délibération du 12 avril 2022 par laquelle le conseil municipal de la commune du Cellier (Loire-Atlantique) a approuvé la déclaration de projet d'aménagement du parc de la Mothe emportant mise en compatibilité du plan local d'urbanisme.

Sur les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 554-12 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 554-12 du code de justice administrative : " La décision de suspension d'une décision d'aménagement soumise à une enquête publique préalable obéit aux règles définie par l'article L. 123-16 du code de l'environnement ". Et aux termes de l'article L. 123-16 du code de l'environnement : " Le juge administratif des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision prise après des conclusions défavorables du commissaire-enquêteur ou de la commission d'enquête, fait droit à cette demande si elle comporte un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de celle-ci ". Il résulte de ces dispositions que les demandes de suspension de l'exécution d'une décision d'aménagement soumise à une enquête publique préalable présentées sur le fondement de l'article L. 554-12 du code de justice administrative doivent, sans qu'il y ait lieu de rechercher si la condition tenant à l'urgence est ou non remplie, être accueillies par le juge des référés lorsque la décision a été prise après conclusions défavorables du commissaire enquêteur et qu'est soulevé un moyen de nature à faire naître un doute sérieux quant à sa légalité.

3. En premier lieu, il est en l'espèce constant que le commissaire enquêteur a rendu, le 29 mars 2022, un avis défavorable au projet de révision du plan local d'urbanisme.

4. En second lieu, aucun des moyens soulevés par les requérants, tels qu'énoncés dans les visas de cette ordonnance, ne paraît, en l'état de l'instruction, de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la délibération du 12 avril 2022 par laquelle le conseil municipal de la commune du Cellier a approuvé la déclaration de projet d'aménagement du parc de la Mothe emportant mise en compatibilité du plan local d'urbanisme. Il y a lieu, en conséquence, de rejeter la requête des membres du " collectif pour la protection de l'environnement et du cadre de vie du Cellier ".

Sur les frais d'instance :

5. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge des requérants la somme dont la commune du Cellier demande le versement en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête présentées par les membres du " collectif pour la protection de l'environnement et du cadre de vie du Cellier " est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune du Cellier sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A, représentant unique du " collectif pour la protection de l'environnement et du cadre de vie du Cellier " et à la commune du Cellier.

Fait à Nantes, le 29 août 2022.

La juge des référés,

M. B

La greffière,

C. NEUILLYLa République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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