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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2210675

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2210675

vendredi 26 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2210675
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantRIOUAL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, un mémoire et une pièce complémentaires enregistrés les 11, 23 et 26 août 2022, Mme C, représentée par Me Rioual, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution, d'une part, de la décision du 15 décembre 2021 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté sa demande d'échange de permis de conduire et, d'autre part, de la décision par laquelle le même préfet a implicitement rejeté son recours gracieux formé à l'encontre de cette décision ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique d'échanger son permis de conduire dans un délai de 48 heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au profit de son conseil qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est satisfaite dès lors que la décision attaquée l'empêche de poursuivre son activité professionnelle, alors qu'elle exerce des fonctions d'agent de service et qu'elle est amenée à se déplacer régulièrement pour faire le ménage dans les locaux de différentes entreprises et doit transporter du matériel ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

* il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente pour le faire ;

* elle est insuffisamment motivée ;

* elle est entachée d'une erreur de fait dès lors que sa demande n'a pas été déposée le 23 mai 2021 mais le 6 septembre 2019, contrairement à ce qui est indiqué dans la décision attaquée ;

* elle méconnaît les dispositions de l'article R. 222-3 du code de la route et de l'arrêté du 12 janvier 2012 dès lors qu'elle remplissait les conditions pour bénéficier d'un échange de permis de conduire, étant titulaire d'un permis de conduire togolais en cours de validité et d'une carte de résident au moment de sa demande et ayant déposé sa demande dans le délai d'un an à compter de l'acquisition de sa résidence normale en France ;

- sa requête n'est pas dépourvue d'objet en dépit de la demande de pièces qui lui a été adressée, le 17 août seulement : la réouverture de l'instruction ne vaut pas échange de la décision de permis de conduire ; il ne saurait lui être imposé de déposer une nouvelle demande alors que ses précédentes démarches n'ont échoué que du fait des erreurs successives commises par l'administration.

Par des mémoires en défense enregistrés les 22 et 25 août 2022, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au non-lieu à statuer.

Il fait valoir que :

- au regard des éléments transmis dans le recours gracieux, l'instruction de la demande d'échange de la requérante a été rouverte et que des pièces lui ont été réclamées, puis qu'une relance de la demande de pièces a été effectuée par ses services le 17 août 2022 après réception des requêtes déposées par l'intéressée ; les services de la préfecture sont dans l'attente des pièces réclamées à l'intéressée afin de pouvoir instruire la demande et mettre en production son permis de conduire français et la demande est donc devenue sans objet ;

- le nouveau dépôt d'une téléprocédure est obligatoire pour pouvoir procéder à l'échange sollicité par la requérante et il lui a été indiqué de fournir les mêmes éléments que dans sa précédente demande dématérialisée ;

- le dossier de la requérante sera examiné dans les meilleurs délais ; plus la requérante tarde à effectuer le dépôt de sa nouvelle téléprocédure, moins les services de la préfecture peuvent accélérer et prioriser son dossier ;

- il n'entre pas dans les attributions du centre d'expertise et ressources titre de Nantes de délivrer des autorisations provisoires de conduite ;

- après réception du justificatif de dépôt de la nouvelle procédure et sa vérification rapide, les services de la préfecture devront réclamer le titre de conduire étranger original à la requérante qui devra le retourner par voie postale puis recevra par la suite un mail et/ou un sms lui indiquant que la demande de production de son titre a été effectuée auprès de l'ANTS, dont les services seront ultérieurement en charge de la fabrication et de la distribution du titre, de sorte qu'un délai de quarante-huit heures tel que l'intéressée le sollicite ne saurait quoi qu'il en soit être respecté.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 août 2022.

Vu :

- les pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 11 août 2022 sous le numéro 2210667, par laquelle Mme A demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de la route ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Le Barbier, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 26 août 2022 à 10 h :

- le rapport de Mme Le Barbier, juge des référés ;

- et les observations de Me Rioual, avocate de Mme A, qui insiste à la barre, d'une part, sur l'urgence caractérisée par les contraintes tant familiales que professionnelles auxquelles cette dernière est confrontée, eu égard à l'amplitude horaire de son activité et aux multiples déplacements qu'elle induit ainsi qu'à l'incommodité et à l'insuffisance des transports en commun pour y faire face et, d'autre part, sur le traitement réservé à sa demande, émaillé d'erreurs de l'administration qui lui réclame de déposer une nouvelle demande alors qu'elle a déjà produit toutes les pièces requises, cette nouvelle démarche s'avérant chronophage, et coûteuse dès lors que le recours à la téléprocédure, plus rapide, suppose de s'acquitter de frais de " e-photo ".

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution, d'une part, de la décision du 15 décembre 2021 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté sa demande de permis de conduire et, d'autre part, de la décision par laquelle le même préfet a implicitement rejeté son recours gracieux formé à l'encontre de cette décision.

Sur l'exception de non-lieu à statuer :

2. Si le préfet de la Loire-Atlantique fait valoir en défense que la demande de la requérante est devenue sans objet puisque les services de la préfecture sont dans l'attente des pièces réclamées, une telle circonstance, qui suppose que Mme A formule une nouvelle demande d'échange de permis alors que, dans le cadre de la présente instance, cette dernière conteste précisément avoir à s'acquitter de cette nouvelle démarche, ne saurait être regardée comme privant d'objet les conclusions présentées par Mme A sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

4. En premier lieu, la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre.

5. Pour justifier de l'urgence à suspendre l'exécution de la décision litigieuse, Mme A soutient notamment que cette décision l'empêche de poursuivre son activité professionnelle alors qu'elle exerce des fonctions d'agent de service qui l'amènent à se déplacer régulièrement en transportant parfois du matériel, ce qui rend incommode voire impossible le recours aux transports en commun. Eu égard aux éléments ainsi exposés et qui ne sont de surcroît pas contestés en défense, ainsi qu'aux pièces produites à l'appui de la requête, et compte tenu des contraintes de nature professionnelle auxquelles la requérante est confrontée, la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit, dans les circonstances très particulières de l'espèce, être regardée comme remplie.

6. En second lieu, le moyen soulevé par la requérante à l'encontre des décisions litigieuses, tiré de ce que celles-ci seraient entachées d'une erreur de fait quant à la date à laquelle celle-ci a déposé sa demande d'échange de permis de conduire pour la première fois, paraît, en l'état de l'instruction, de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité, tant de la décision du 15 décembre 2021 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté la demande d'échange de permis de conduire présentées par Mme A que de la décision par laquelle le même préfet a implicitement rejeté le recours gracieux formé par cette dernière à l'encontre de la décision du 15 décembre 2021.

7. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A est fondée à demander la suspension de l'exécution des décisions attaquées jusqu'à ce qu'il soit statué sur la requête en annulation par le juge du fond.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

8. Eu égard au motif qui la fonde, la présente ordonnance implique seulement que la demande de Mme A soit réexaminée, dans l'attente du jugement au fond. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique d'y procéder, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais d'instance :

9. Mme A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que cette dernière renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'OFII le versement à Me Rioual de la somme de 1 200 euros.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de la décision du 15 décembre 2021 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté la demande d'échange de permis de conduire présentées par Mme A et de la décision par laquelle le même préfet a implicitement rejeté le recours gracieux formé par cette dernière à l'encontre de la décision du 15 décembre 2021 est suspendue.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Loire-Atlantique de procéder au réexamen de la demande de Mme A dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : L'Etat versera à Me Rioual, avocate de Mme A, la somme de 1 200 euros (mille deux cents euros) euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Rioual.

Copie en sera adressée au préfet de la Loire-Atlantique.

Fait à Nantes, le 26 août 2022.

La juge des référés,

M. B

La greffière,

C. NEUILLYLa République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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