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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2210689

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2210689

jeudi 22 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2210689
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantBOURGEOIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 août 2022, Mme B A, représentée par Me Bourgeois, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 avril 2022 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office lorsque le délai sera expiré ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique, à titre principal, de délivrer le titre de séjour sollicité, à titre subsidiaire, de réexaminer la situation, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, en la munissant dans l'attente d'une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique.

Elle soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- elle n'est pas suffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation de sa situation personnelle au regard des stipulations de l'article 6-2° de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et des dispositions de l'article L. 423-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle sollicite le bénéfice de l'ensemble des éléments précédemment soulevés au regard de l'illégalité externe du refus de titre de séjour ;

- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour la prive de base légale ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour la prive de base légale.

Par un mémoire en défense enregistré le 1er mars 2023, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.

Mme A a été admise à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 11 juillet 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien modifié du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Giraud, président-rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, ressortissante algérienne née en 1984, s'est mariée en Algérie le 28 août 2017 avec un ressortissant français né en 1982. Ce mariage a été transcrit le 9 octobre 2017 dans les registres de l'état civil français. Mme A est ensuite entrée régulièrement en France le 5 janvier 2018 munie d'un visa de court séjour valable jusqu'au 31 mai 2018. La communauté de vie entre les époux ayant pris fin, elle a sollicité du préfet de Seine-Saint-Denis la délivrance d'un titre de séjour en qualité de conjoint de français victime de violences conjugales. Par un arrêté du 17 avril 2019, elle a fait l'objet d'un refus de titre de séjour, assorti d'une obligation de quitter le territoire français. Puis, en 2021, elle a de nouveau sollicité la délivrance de ce titre de séjour. Sa demande a été rejetée par un arrêté du 21 avril 2022 portant en outre obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office lorsque le délai sera expiré. Mme A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, la décision attaquée vise la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'accord franco-algérien modifié du 27 décembre 1968, notamment son article 6-2° et les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont elle fait application, ainsi que les éléments concernant la situation personnelle de Mme A, notamment ceux concernant sa situation familiale. Dans ces conditions, elle comprend les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des termes de la décision attaquée ni des pièces du dossier que le préfet de la Loire-Atlantique n'aurait pas procédé à un examen sérieux et attentif de la situation personnelle de Mme A.

4. En troisième lieu, il ressort des termes même de la demande de titre de séjour de Mme A, produite en défense, qu'elle déclare être séparée physiquement de son époux depuis septembre 2018 et ne plus être en contact avec lui. Par suite, en mentionnant cette date dans la décision attaquée, le préfet de la Loire-Atlantique n'a pas entaché sa décision d'erreur de fait.

5. En quatrième lieu, d'une part, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968: " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () / 2) au ressortissant algérien, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que son entrée sur le territoire français ait été régulière, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ; () / Le premier renouvellement du certificat de résidence délivré au titre du 2) ci-dessus est subordonné à une communauté de vie effective entre les époux ". Ces stipulations régissent de manière complète les conditions dans lesquelles les ressortissants algériens peuvent être admis à séjourner en France et y exercer une activité professionnelle, les règles concernant la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés, ainsi que les conditions dans lesquelles leurs conjoints et leurs enfants mineurs peuvent s'installer en France. Si une ressortissante algérienne ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 423-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives à la délivrance d'un titre de séjour lorsque l'étranger a subi des violences conjugales et que la communauté de vie a été rompue, il appartient au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressée, et notamment des violences conjugales alléguées, l'opportunité d'une mesure de régularisation. Il appartient seulement au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation portée sur la situation personnelle de l'intéressée.

6. Mme A fait état de violences conjugales subies de la part de son époux dès son arrivée en France le 5 janvier 2018. Elle produit à ce titre un premier procès-verbal du 6 novembre 2018, une déclaration de main-courante du 8 novembre 2018 ainsi qu'un second procès-verbal du 15 novembre 2018, dans lesquels elle décrit être sous l'emprise de son époux et de sa belle-famille. L'intéressée produit également deux certificats médicaux dont le second, établi le 12 novembre 2018 par le docteur C, conclut à une Incapacité Totale de Travail (ITT) de trois jours. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que la requérante a quitté le domicile conjugal au mois de septembre ou de novembre 2018, soit plus de trois ans avant la date de la décision attaquée et qu'elle n'apporte pas la preuve qu'elle subirait encore des mauvais traitements de la part de son époux à la date de la décision attaquée. Dès lors, eu égard à l'ancienneté des faits de violences allégués, le préfet de la Loire-Atlantique n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle de Mme A en refusant de faire usage de son pouvoir discrétionnaire de régularisation pour lui délivrer un titre de séjour.

7. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

8. Ainsi qu'il a été dit précédemment, Mme A, entrée en France le 5 janvier 2018 afin d'y rejoindre son époux, est séparée de ce dernier depuis la fin de l'année 2018. Si elle produit plusieurs attestations faisant état notamment de son engagement associatif, ces témoignages succincts sont toutefois insuffisants à caractériser l'existence de liens particulièrement intenses, anciens et stables sur le territoire français. Elle a, par ailleurs, fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement le 17 avril 2019 à laquelle elle n'a pas déféré. En outre, elle ne justifie pas d'une intégration professionnelle suffisamment durable et stable par la seule production d'un contrat de travail à durée déterminée et de deux fiches de paie. Enfin, elle ne justifie pas davantage être dépourvue d'attaches familiales en Algérie, où elle a vécu jusqu'à l'âge de trente-huit ans et où résident ses parents et ses frères et sœurs. Dans ces conditions, la décision attaquée ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de Mme A au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, cette même décision n'est pas davantage entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, Mme A se borne à indiquer qu'elle " sollicite le bénéfice de l'ensemble des éléments précédemment soulevés au regard de la légalité externe du refus de séjour ". Eu égard aux motifs exposés aux points 2 et 3, ce moyen ne peut en tout état de cause qu'être écarté.

10. En deuxième lieu, l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour n'étant pas établie, eu égard à ce qui vient d'être dit, le moyen tiré par voie de conséquence de l'illégalité de cette décision, que Mme A invoque à l'encontre de la décision l'obligeant à quitter le territoire français, ne peut qu'être écarté.

11. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 8, le préfet de la Loire-Atlantique, en lui faisant obligation de quitter le territoire français, n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de la requérante une atteinte disproportionnée aux buts dans lesquels a été prise cette décision, qui ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Cette décision n'est pas davantage entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressée.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :

12. L'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français n'étant pas établie, eu égard à ce qui vient d'être dit, le moyen tiré par voie de conséquence de l'illégalité de ces décisions, que Mme A invoque à l'encontre de la décision fixant le pays de destination, ne peut qu'être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme A doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Bourgeois.

Délibéré après l'audience du 1er juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Giraud, président,

Mme Le Lay, première conseillère,

Mme Sainquain-Rigollé, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 juin 2023.

Le président-rapporteur,

T. GIRAUDL'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

Y. LE LAYLe greffier,

G. VIEL

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

vb

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