jeudi 12 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2210695 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 7ème Chambre |
| Avocat requérant | CLOAREC |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 11 août 2022 et le 13 avril 2023, M. A B, représenté en dernier lieu par Me Cloarec, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions du 23 mai 2022 par lesquelles le préfet de la Sarthe a rejeté sa demande de titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Sarthe à titre principal de lui délivrer un titre de séjour et à titre subsidiaire de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois, en lui délivrant une autorisation provisoire de séjour dans le délai ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son avocate en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
En ce qui concerne le refus de séjour :
- la décision est insuffisamment motivée en méconnaissance des dispositions de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;
- le préfet a commis une erreur d'appréciation dans l'application de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en remettant en cause la présomption d'authenticité de ses actes d'état civil découlant de l'article 47 du code civil ; en outre, le préfet ne remet aucunement en cause la validité du jugement supplétif qui est le support de son acte de naissance ; il s'est vu délivrer un passeport biométrique et un numéro NINA ; les éléments apportés par la police aux frontières ne remettent pas en question la force probante de ses documents d'état civil ; les autorités maliennes n'ont pas été saisies pour contre-expertise, alors qu'elles ont délivré un acte de naissance, un jugement supplétif, une fiche NINA, un passeport biométrique et une carte d'identité consulaire ;
- la décision méconnait les dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision méconnait les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; il est intégré dans la société française et a développé des attaches personnelles en France ; il n'a plus aucun lien avec les membres de sa famille au Mali ; il est titulaire d'un contrat jeune majeur renouvelé ;
- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- devant se voir délivrer un titre de séjour, il ne pouvait faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français ;
- la décision méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays d'éloignement :
- la décision doit être annulée en raison de l'illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 février 2023, le préfet de la Sarthe conclut au rejet de la requête de M. B.
Il soutient que :
- les actes produits par le requérant, le certificat de nationalité et le passeport biométrique, ne peuvent être considérés comme des actes d'état civil ; les deux documents ont été considérés comme illégaux et irrecevables par deux rapports simplifiés d'analyse documentaire du 23 mars 2022 ; l'identité de l'intéressé a fait l'objet d'une analyse en mars 2019 au cours de laquelle le caractère illégal et irrecevable des actes d'état civil a été souligné ;
- les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 19 juillet 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention sur la circulation et le séjour des personnes (ensemble deux échanges de lettres), signée à Bamako le 26 septembre 1994, approuvée par la loi n° 95-1403 du 30 décembre 1995 et publiée par le décret n° 96-1088 du 9 décembre 1996 ;
- la convention d'établissement, signée à Bamako le 26 septembre 1994, approuvée par la loi n° 95-1402 du 30 décembre 1995 et publiée par le décret n° 97-66 du 22 janvier 1997 ;
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.
Le rapport de Mme Béria-Guillaumie, présidente-rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant malien né en mars 2000, est entré en France en novembre 2016. Il a été placé auprès du service de l'aide sociale à l'enfance du département de la Sarthe au mois de décembre 2016. Devenu majeur, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Par une décision du 24 juin 2019, le préfet de la Sarthe a rejeté cette demande. Ce refus de séjour a été annulé par un jugement n° 2004036 du tribunal administratif de Nantes du 7 février 2023. Entretemps, M. B avait déposé une nouvelle demande de titre de séjour. Par des décisions du 23 mai 2022, le préfet de la Sarthe a rejeté cette nouvelle demande, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office. M. B demande l'annulation des décisions du 23 mai 2022.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. L'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande : / 1° Les documents justifiants de son état civil ; / 2° Les documents justifiants de sa nationalité () ".
3. Aux termes de l'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil " et aux termes de l'article 47 du code civil : " Tout acte de l'état civil () des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité ". Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis. Par ailleurs, il n'appartient pas aux autorités administratives françaises de mettre en doute le bien-fondé d'une décision rendue par une autorité juridictionnelle étrangère, hormis le cas où le jugement produit aurait un caractère frauduleux.
4. Pour refuser de délivrer à M. B les titres de séjour demandés portant la mention à titre principal " vie privée et familiale " et à titre subsidiaire " salarié ", le préfet de la Sarthe s'est fondé, principalement, sur la circonstance que l'identité de l'intéressé ne pouvait être tenue pour établie au regard des documents produits.
5. Afin de justifier de son identité, M. B avait produit, en 2019, un jugement supplétif n° 3184 du 16 mai 2017 établi par le tribunal de grande instance de la commune II du district de Bamako, l'acte de naissance n° 1694/34/Rg/SP établi le 26 mai 2017 dans le centre secondaire de Médina-Coura, dans la commune II du district de Bamako, portant transcription du jugement supplétif du 16 mai 2017, un certificat de nationalité et une carte consulaire. Postérieurement, en 2021, M. B a produit en outre un certificat de nationalité et un passeport biométrique. Si ces deux derniers actes ont été estimés falsifiés par deux rapports de la police aux frontières du 23 mars 2022, ces actes ne constituent pas, comme l'indique au demeurant le préfet défendeur, des actes d'état civil. En outre, il ressort de la lecture des deux rapports d'analyse de la cellule " fraude documentaire et identité " de la police aux frontières que la force probante du passeport biométrique est remise en cause au motif que le rapport de 2019 avait déjà conclu à la production d'un faux document concernant l'identité de M. B et non sur une analyse même du passeport produit en 2021. Le certificat de nationalité dont le caractère authentique est remis en cause par le rapport du 23 mars 2022 n'est aucunement produit. Par ailleurs, en ce qui concerne le jugement supplétif du 16 mai 2017 et l'acte de naissance du 26 mai suivant portant transcription de ce jugement supplétif, l'avis défavorable du service de la police aux frontières du 20 mars 2019 auquel la décision contestée fait référence et selon lequel les actes d'état-civil sont entachés d'irrégularités au regard du code malien des personnes et de la famille et du code malien de procédure civile, commerciale et sociale et les références faites à ces codes par le préfet dans ses écritures ne permettent pas de remettre en cause l'identité de M. B. Ni la circonstance que l'un des timbres humides apposé sur le jugement supplétif du 16 mai 2017 comporte une faute d'orthographe ni la surcharge d'écriture sur un nombre figurant sur l'acte de naissance du 26 mai 2017 ne suffisent à donner à l'ensemble des documents d'état civil produits un caractère apocryphe ou à les priver de caractère probant. Par ailleurs, les dispositions des articles 554 et 555 du code de procédure civil malien, évoquées par le rapport de la police aux frontières du 20 mars 2019, concernant le jugement supplétif qui fixent les délais d'appel contre les jugements, ne subordonnent pas la transcription d'un jugement supplétif d'acte de naissance à l'expiration du délai d'appel, et l'article 151 du code des personnes et de la famille prévoit que la transcription d'un tel jugement supplétif est demandée " dans les plus brefs délais " par le procureur de la République. Il résulte de tout ce qui précède que le préfet de la Sarthe n'établit pas le caractère inauthentique des documents produits par M. B pour établir son identité, ainsi au demeurant que sa nationalité.
6. Il s'ensuit que doit être accueilli le moyen tiré de ce que le préfet de la Sarthe a fait une appréciation erronée des faits de l'espèce en estimant que M. B ne justifiait pas de son identité en méconnaissance des dispositions de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il ne résulte pas de l'instruction que le préfet de la Sarthe aurait pris la même décision s'il s'était fondé sur les seuls autres éléments relatifs à la situation de l'intéressé qu'il a mis en avant dans l'arrêté litigieux.
7. Il résulte de tout ce qui précède et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête que M. B est fondé à demander l'annulation du refus de séjour du 23 mai 2022. L'annulation de cette décision entraine par voie de conséquence l'annulation des décisions du même jour portant obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de renvoi en cas d'éloignement d'office.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
8. Eu égard au motif d'annulation retenu, et compte tenu de l'ensemble des pièces du dossier, l'exécution du présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint au préfet de la Sarthe de délivrer à M. B une carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale ". Il y a lieu, par conséquent, d'enjoindre au préfet de la Sarthe de procéder à cette délivrance dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement.
Sur les frais liés au litige :
9. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Cloarec de la somme de 1 200 euros dans les conditions fixées à l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D É C I D E :
Article 1er : Les décisions du 23 mai 2022 par lesquelles le préfet de la Sarthe a refusé de délivrer à M. B un titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office sont annulées.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Sarthe de délivrer à M. B une carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale " dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à Me Cloarec, avocate de M. B, la somme de 1 200 euros dans les conditions fixées à l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Cloarec et au préfet de la Sarthe.
Délibéré après l'audience du 28 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Béria-Guillaumie, présidente,
M. Hannoyer, premier conseiller,
Mme Baufumé, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 octobre 2023.
La présidente-rapporteure,
M. BÉRIA-GUILLAUMIE
L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,
R. HANNOYER
La greffière,
Y. BOUBEKEUR
La République mande et ordonne au préfet de la Sarthe en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026