LogoMeilleurAvocats.fr
AvocatsAssistant IABlogPrix
ConnexionDéposer ma demande

Vous avez un problème juridique ?

Décrivez votre situation en 2 minutes — un avocat spécialisé vous répond sous 24h.

Déposer ma demandeJe suis avocat
Logo MeilleurAvocats.frMeilleurAvocats.fr

Mise en relation avocat–client par l'IA. Gratuit pour les particuliers.

Particuliers

  • Déposer une demande
  • Trouver un avocat
  • Assistant IA gratuit
  • Bibliothèque juridique
  • Guides pratiques
  • Jurisprudence

Avocats

  • Pour les avocats
  • Espace avocat
  • Tarifs et formules
  • Recevoir des leads
  • Programme d'affiliation
  • Contact commercial

Spécialités

  • Droit général
  • Droit du travail
  • Droit de la sécurité sociale et de la protection sociale
  • Droit fiscal et droit douanier
  • Droit de la famille, des personnes et de leur patrimoine
  • Droit immobilier

Légal

  • Mentions légales
  • Confidentialité
  • CGU
  • Cookies
  • Contact

Newsletter juridique hebdomadaire

Décisions clés, évolutions législatives, conseils pratiques — chaque semaine.

© 2026 MeilleurAvocats.fr— KONSEIL SAS. Tous droits réservés.

Mentions légales|Confidentialité|Cookies

BOB★La messagerie française & cryptée pour des échanges confidentiels entre avocats et clients.

En savoir +TéléchargerBOB
AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2210709

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2210709

mercredi 24 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2210709
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation- 96h - Eloignement
Avocat requérantBEARNAIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 11 août 2022, M. D E, représenté par Me Béarnais, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 août 2022 par lequel le préfet de la Vendée lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office, lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an à compter de l'exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire, ainsi que l'arrêté du même jour par lequel le préfet de la Vendée l'a assigné à résidence sur la commune de Montaigu-Vendée pour une durée de 45 jours ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire :

- il n'est pas justifié de la compétence de l'auteur de l'acte ;

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les stipulations des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union Européenne dès lors qu'il n'a pas été mis en mesure de faire valoir ses observations avant que n'intervienne la décision portant obligation de quitter le territoire ;

S'agissant de la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

- il n'est pas justifié de la compétence de l'auteur de l'acte ;

- elle est dépourvue de base légale dès lors qu'il ne s'est jamais vu notifier la décision portant obligation de quitter le territoire visée dans la décision attaquée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les stipulations des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- il n'est pas justifié de la compétence de l'auteur de l'acte ;

- la décision attaquée est insufisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- il n'est pas justifié de la compétence de l'auteur de l'acte ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision portant assignation à résidence :

- il n'est pas justifié de la compétence de l'auteur de l'acte ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale à raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ;

- elle est manifestement disproportionnée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 aout 2022, le préfet de la Vendée conclut au rejet de la requête, et sollicite une substitution de base légale

Il soutient que :

- par une substitution de base légale la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire trouve son fondement dans le 5° de l'article L. 612-3, et non plus dans le 2° de ce même article ;

- les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 août 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Martel, première conseillère, pour statuer sur les litiges visés à l'article L. 614-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 17 août 2022 à 11 heures 30 :

- le rapport de Mme C,

- et les observations de Me Béarnais représentant M. B en sa présence.

Me Béarnais maintient les termes de la requête, et souligne que M. B est père d'un enfant français. Elle précise que s'il n'a reconnu celui-ci que tardivement, c'est que, dans un premier temps, la mère lui avait caché cette naissance. Elle expose que depuis qu'il a reconnu son fils, il pourvoit régulièrement à son entretien, et s'en occupe quotidiennement, notamment pour le mener à la crèche. Elle ajoute que si l'adresse postale de M. B est chez son frère en Vendée, il réside en réalité à Nanterre pour être à proximité de son fils ; qu'ainsi l'assignation à résidence en Vendée aurait pour effet de le priver de voir son fils.

La clôture de l'instruction a été fixée au 18 août 2022 à 12 heures.

Par des pièces complémentaires et des notes en délibéré enregistrés les 17 août 2022 et le 18 août 2022 à 8 heures 51, puis à 11 heures 22, M. B maintient ses conclusions.

Par une note en délibéré enregistrée le 18 août 2022 à 10 heures 48, le préfet de la Vendée maintient ses conclusions.

Une note en délibéré a été produite par M. B le 18 août 2022 à 16 h 29, postérieurement à la clôture et n'a pas été communiquée.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant ivoirien né le 10 décembre 1971, est entré régulièrement en France le 26 février 2010 sous couvert d'un visa de court séjour valable du 25 févier au 9 mars 2010. Le 1er mars 2016, il a formulé une demande de titre de séjour auprès du préfet des Hauts de Seine qui lui a été refusée par décision du 3 août 2016 assortie d'une obligation de quitter le territoire. Le 2 août 2019, il a de nouveau sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Une autorisation provisoire de séjour lui a été délivrée valable du 19 mai au 18 novembre 2020. Après avis défavorable de la commission du titre de séjour, il a fait l'objet d'un arrêté portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français en date du 11 janvier 2021 qui n'a pu lui être notifié. Par arrêté du 10 août 2022, le préfet de la Vendée lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit à l'issue de ce délai, et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, et l'a assigné à résidence sur la commune de Montaigu pour une durée de 45 jours. Par sa requête, M. B sollicite l'annulation de ces décisions.

Sur le moyen commun :

2. Les décisions attaquées ont été signées par Mme Anne Tagand, secrétaire générale de la préfecture de la Vendée. Par arrêté du 8 avril 2022, régulièrement publié le 11 avril suivant au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de la Vendée lui a donné délégation à l'effet de signer " tous les arrêtés, décisions, notamment ceux relatifs à l'éloignement des étrangers pris dans le cadre du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (livre V) () ". Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire des décisions attaquées doit être écarté comme manquant en fait.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, aux termes l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. () ".

4. En l'espèce, la décision attaquée vise notamment les articles L. 611-1 3°, L. 611-3, L. 612-1, L. 612-2, L 612-3, L 612-6, L. 612-10, L. 612-12, L. 613-1 à L. 613-5, L. 614-1 sur lesquelles elle se fonde. Elle fait en outre état de faits propres à la situation personnelle de M. B qui justifient la mesure prise. Elle est ainsi suffisamment motivée.

5. En deuxième lieu, la motivation de l'arrêté attaqué, en particulier en ce qui concerne les circonstances de faits propres à la situation personnelle de M. B révèle que le préfet a procédé à un examen particulier de sa situation avant de prendre à son encontre la décision attaquée. Par suite, le moyen doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ". Il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne s'adresse uniquement aux institutions et organes de l'Union. Il suit de là que le moyen tiré de sa violation par une autorité d'un Etat membre est inopérant. Toutefois, il résulte également de cette jurisprudence que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter son point de vue de manière utile et effective. En particulier, il n'implique pas l'obligation, pour le préfet, d'entendre l'étranger spécifiquement au sujet de l'obligation de quitter le territoire français qu'il envisage de prendre après avoir statué sur le droit au séjour à l'issue d'une procédure ayant respecté son droit d'être entendu.

7. En l'espèce, s'il est constant que M. B n'a pas été invité par l'administration à présenter, préalablement à l'édiction de la décision attaquée, ses observations écrites ou orales sur la perspective d'une mesure d'éloignement, il ne pouvait ignorer qu'il était susceptible de faire l'objet d'une telle mesure après le rejet de sa demande de titre de séjour. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B a été privé de la possibilité de présenter des observations écrites ou orales ou qu'il aurait demandé en vain un entretien avec les services préfectoraux. Il suit de là que le moyen tiré du non-respect du droit d'être entendu doit être écarté.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

9. Si le requérant fait valoir qu'il vit en France depuis plus de douze ans, c'est essentiellement en situation irrégulière dès lors qu'il s'est maintenu sur le territoire après l'expiration de son visa le 9 mars 2010, puis que les titres de séjour sollicités en 2016 puis en 2019 lui ont été refusés. Il se prévaut de la présence en France de son fils A né le 4 avril 2019, et qu'il a reconnu le 27 janvier 2021, toutefois alors qu'il est constant que celui-ci est pris en charge par sa mère, M. B ne justifie pas d'une contribution régulière à son entretien et à son éducation, les quelques photographies et tickets de caisse produits étant insuffisant pour attester d'une implication pérenne dans la vie de l'enfant. Par ailleurs, l'intéressé ne fait état d'aucune circonstance attestant de ses efforts d'intégration. S'il est établi que l'un de ses frères, de nationalité française, vit en France, il n'est pour autant pas dépourvu d'attache dans son pays d'origine où résident ses parents ainsi qu'un frère et une sœur. Dans ces conditions, la décision portant obligation de quitter le territoire ne porte pas au droit de M. B au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit par conséquent être écarté. Pour les mêmes motifs, le préfet n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle du requérant.

10. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. / () ".

11. La seule circonstance qu'une mesure d'éloignement prise à l'encontre d'un des parents puisse, de fait, affecter la situation d'un enfant ne saurait avoir pour conséquence de faire regarder cette mesure comme portant atteinte à l'intérêt supérieur de l'enfant. Ainsi qu'il résulte de ce qui a été dit au point 9, le requérant ne justifie pas contribuer à l'entretien et l'éducation de son fils, ni même entretenir des liens forts et stables avec celui-ci. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée porterait atteinte à l'intérêt supérieur de son fils, en méconnaissance des stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Sur la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

12. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. " Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants :/ () / 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ()/ 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement () ".

13. L'arrêté portant refus d'octroi d'un départ volontaire est motivé au visa des dispositions combinées des articles L. 612-2 et du 2° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, au motif que M. B se serait maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa, sans avoir sollicité de titre de séjour. Il est cependant constant que le requérant a, en mars 2016, sollicité un titre de séjour auprès du préfet des Hauts-de-Seine. Dans ces conditions, le préfet de la Vendée ne pouvait légalement fonder la décision portant refus d'un délai de départ volontaire en litige sur les dispositions du 2° de l'article L 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

14. Toutefois, lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée. Une telle substitution relevant de l'office du juge, celui-ci peut y procéder de sa propre initiative, au vu des pièces du dossier, mais sous réserve, dans ce cas, d'avoir au préalable mis les parties à même de présenter des observations sur ce point.

15. Il ressort des pièces du dossier que M. B, s'étant soustrait à la mesure d'éloignement prise à son encontre par le préfet des Hauts-de-Seine par arrêté du 3 août 2016, notifié le 5 août 2016, et validé par le tribunal administratif de Cergy-Pontoise, et en l'absence de circonstance particulière dont il pourrait faire état, il se trouvait dans une situation où le préfet de la Vendée, en application des dispositions du 5° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et du 3° de l'article L. 612-2 du même code, pouvait décider de prendre à son encontre une décision lui refusant un délai de départ volontaire. La substitution de base légale a été sollicitée par le préfet dans son mémoire en défense enregistré le 16 août 2022, et le requérant a été en mesure de présenter ses observations. Il y a donc lieu de substituer ces dispositions à celles ayant servi de base légale à la décision en litige, dès lors que cette substitution ne prive le requérant d'aucune garantie et que l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation pour appliquer l'une ou l'autre des dispositions en cause. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

16. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 9 et 11 les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés.

Sur la décision fixant le pays de destination :

17. En premier lieu, la décision fixant le pays de destination comporte l'énoncé suffisant des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle se réfère notamment aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et à l'absence de justification par l'intéressée de l'existence d'une menace personnelle en cas de retour dans son pays d'origine. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision doit être écarté comme manquant en fait.

18. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ". Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ".

19. Le requérant n'apporte aucun élément susceptible d'établir qu'il encourrait des risques pour sa vie ou pour sa liberté en cas de retour en Côte-d'Ivoire ou qu'il risquerait d'y être personnellement exposé à des traitements prohibés par l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

20. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Selon l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / () ".

21. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.

22. L'arrêté attaqué, qui vise notamment l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et rappelle que M. B est arrivé en France en 2010 et qu'il est célibataire, que s'il a un enfant sur le territoire français il n'apporte pas la preuve d'une relation avec celui-ci, qu'il ne peut se prévaloir de liens suffisamment forts et anciens sur le territoire français. Il mentionne également que M. B a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement en date du 3 août 2016 à laquelle il s'est soustrait, et que son comportement constitue un trouble à l'ordre public dès lors qu'il a pris part à une tentative d'escroquerie. Ce faisant, le préfet de la Vendée a régulièrement motivé l'interdiction de retour pendant une durée d'un an à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français.

23. En second lieu, contrairement à ce que soutient le requérant, la durée de l'interdiction de séjour n'apparaît pas disproportionnée dès lors qu'ainsi qu'il a été dit au point 9, il ne justifie pas de la stabilité de ses liens avec son fils.

Sur la décision portant assignation à résidence :

24. En premier lieu, Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; / () ". Aux termes de l'article L. 732-2 : " Les décisions d'assignation à résidence, y compris de renouvellement, sont motivées. ". Selon l'article L. 732-3 : " L'assignation à résidence prévue à l'article L. 731-1 ne peut excéder une durée de quarante-cinq jours. / Elle est renouvelable une fois dans la même limite de durée. ". Selon l'article L. 732-4 : " Lorsque l'assignation à résidence a été édictée en application des 1°, 2°, 3°, 4° ou 5° de l'article L. 731-3, elle ne peut excéder une durée de six mois. / Elle peut être renouvelée une fois, dans la même limite de durée. Toutefois, dans les cas prévus aux 2° et 5° du même article, elle ne peut être renouvelée que tant que l'interdiction de retour ou l'interdiction de circulation sur le territoire français demeure exécutoire. ".

25. L'arrêté attaqué du 10 août 2022 assignant M. B à résidence dans la commune de Montaigu - Vendée pendant une durée maximale de 45 jours comporte l'indication des raisons de fait et de droit pour lesquelles elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance motivation de la décision doit être écarté.

26. En deuxième lieu, il résulte de ce qui précède que M. B n'établissant pas l'illégalité de l'arrêté du 10 août 2022 par lequel le préfet de la Vendée l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, il n'est pas fondé à soutenir que la mesure d'assignation à résidence est illégale en raison de l'illégalité de cette obligation.

27. En troisième lieu, le requérant soutient que le préfet de la Vendée n'apporte pas d'autre preuve que l'existence d'une obligation de quitter le territoire français pour justifier la mesure d'assignation à résidence. Toutefois, il ressort de l'arrêté attaqué que l'intéressé est titulaire d'un passeport périmé qui ne permet pas l'exécution immédiate de l'obligation de quitter le territoire, qu'il fait l'objet d'une mesure d'éloignement et qu'il ne peut quitter le territoire immédiatement. Dans ces conditions, et dans la mesure ou l'intéressé ne conteste pas les motifs rappelés ci-dessus, il n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté portant assignation à résidence serait entaché d'erreur manifeste d'appréciation.

28. En dernier lieu, M. B fait valoir que la mesure d'assignation à résidence qui le contraint à se présenter deux fois par semaine à la gendarmerie de Montaigu-Vendée est disproportionnée dès lors notamment qu'il ne réside pas en Vendée mais en région parisienne. Pour justifier de sa résidence à Nanterre, M. B se contente de produire une attestation de Mme G qui certifie qu'elle héberge l'intéressé à son domicile. Toutefois, les termes très généraux de cette attestation sont insuffisants pour justifier d'une résidence permanente à Nanterre ainsi qu'il s'en prévaut. Au contraire, M. B a, lors de son audition par les gendarmes le 3 août 2022, indiqué qu'après avoir vécu à Nantes entre 2020 et 2022, il est arrivé en Vendée en début d'année 2022, sans faire état d'une résidence en région parisienne. Dans ces condition, M. B ne justifie pas du caractère disproportionné de l'assignation à résidence.

29. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. B à fin d'annulation, ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction et la demande présentée au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1911, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article : Le présent jugement sera notifié à M. D E, à Me Béarnais et au préfet de la Vendée.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 août 202La magistrate désignée,

C. CLe greffier,

J-F. MERCERON

La République mande et ordonne au préfet de la Vendée en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

Décisions similaires

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

← Retour aux décisions