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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2210727

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2210727

mercredi 24 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2210727
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation- 96h - Eloignement
Avocat requérantSELARL BENGONO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 août 2022, M. B A, représenté par Me Bengono, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 11 août 2022 par lequel le préfet de la Sarthe lui a fait obligation de quitter le territoire sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office, lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an à compter de la notification de la décision, et l'arrêté du même jour par lequel le préfet de la Sarthe l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Sarthe de réexaminer sa situation dans un délai de 15 jours à compter de la notification de la décision à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire :

- elle est insuffisamment motivée et n'a pas été précédée d'un examen de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'accord franco-tunisien dès lors qu'il remplissait les conditions légales pour se voir de plein droit accorder un titre de séjour temporaire avec la mention " salarié " ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît son droit au travail protégé par le préambule de la constitution de 1946, la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, la déclaration universelle des droits de l'Homme et le pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels ;

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an :

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation ;

S'agissant de la décision portant assignation à résidence :

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il présente des garanties de représentation et n'entend pas prendre la fuite ;

- se modalités d'exécution sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 août 2022, le préfet de la Sarthe conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 août 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le préambule de la Constitution du 27 octobre 1946 ;

- la déclaration universelle des droits de l'homme du 10 décembre 1948 ;

- le pacte international du 16 décembre 1966 relatif aux droits économiques, sociaux et culturels ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Martel, première conseillère, en application de l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Martel, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique du 17 août 2022 à 11 heures 30.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant tunisien né le 3 décembre 1985, déclare être entré irrégulièrement en France en 2017. Il a, le 9 mars 2021, sollicité la délivrance d'un titre de séjour auprès du préfet de la Somme, qui a fait l'objet d'une décision de refus par arrêté du 21 juin 2021 assorti d'une obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours, qu'il n'a pas exécuté. Par arrêté du 11 août 2022, le préfet de la Sarthe lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an à compter de la notification de la décision. En outre, par arrêté du même jour, le préfet de la Sarthe l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours. Par sa requête, M. A sollicite l'annulation de ces décisions.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire :

2. En premier lieu, aux termes l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. () ".

3. En l'espèce, la décision attaquée vise les articles L. 731-1, L. 732-3, L. 732-8 ; R. 732-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales sur lesquelles elle se fonde. Elle fait en outre état de faits propres à la situation personnelle de M. A qui justifient la mesure prise. Elle est ainsi suffisamment motivée.

4. En deuxième lieu, la motivation de l'arrêté attaquée, en particulier en ce qui concerne les circonstances de faits propres à la situation personnelle de M. A révèle que le préfet a procédé à un examen particulier de sa situation avant de prendre à son encontre la décision attaquée. Par suite, le moyen doit être écarté.

5. En troisième lieu, si M. A soutient qu'il pouvait, en application des stipulations de l'accord franco-tunisien, prétendre à un titre de séjour de plein droit, il n'assortit pas son moyen des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé.

6. En quatrième lieu, d'une part, le principe posé par les dispositions du cinquième alinéa du préambule de la Constitution du 27 octobre 1946, auquel se réfère la Constitution du 4 octobre 1958, aux termes desquelles : " Chacun a le devoir de travailler et le droit d'obtenir un emploi () " ne s'impose au pouvoir réglementaire, en l'absence de précision suffisante, que dans les conditions et les limites définies par les dispositions contenues dans les lois ou dans les conventions internationales applicables. Par suite, M. A ne saurait, pour critiquer la légalité de la décision attaquée, invoquer ce principe indépendamment de telles dispositions. D'autre part, aux termes de l'article 51 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Les dispositions de la présente Charte s'adressent aux institutions, organes et organismes de l'Union dans le respect du principe de subsidiarité, ainsi qu'aux Etats membres uniquement lorsqu'ils mettent en œuvre le droit de l'Union. () ". Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 15 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, relatif, notamment, au droit de toute personne à travailler et à exercer une profession librement, ne saurait utilement être invoqué à l'encontre de la décision attaquée, qui ne met pas en œuvre le droit de l'Union. Enfin, M. A ne peut utilement invoquer les stipulations de l'article 6 du pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels, qui sont dépourvues d'effet direct dans l'ordre juridique interne. Par suite le moyen doit être écarté.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

7. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. " Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. "

8. M. A faisant l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai, le préfet devait, sauf circonstance humanitaire, prendre à son encontre une décision d'interdiction de retour sur le territoire français, pouvant aller jusqu'à trois années. En l'espèce, il ressort des termes de la décision attaquée que le préfet de la Sarthe a pris en compte le fait que le requérant est entré en France récemment, qu'il s'est déjà soustrait à une précédente mesure d'éloignement, qu'il ne justifie pas de la nature et de l'ancienneté de ses liens en France. Dans ces conditions, le préfet a pris en compte les critères énoncés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, M. A, qui ne fait pas état de circonstance humanitaire particulière, et alors même qu'il ne constitue pas une menace à l'ordre public, n'est pas fondé à soutenir que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an serait entachée d'une erreur d'appréciation. Par suite, ce moyen doit être écarté.

Sur la décision portant assignation à résidence :

9. En premier lieu, selon l'article L. 731-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger assigné à résidence en application de l'article L. 731-1 peut être placé en rétention en application de l'article L. 741-1, lorsqu'il ne présente plus de garanties de représentation effectives propres à prévenir un risque de soustraction à l'exécution de la décision d'éloignement () ". En se bornant à faire état de la circonstance qu'il ne présente pas de risque de fuite, alors qu'il résulte de ces dernières dispositions qu'un risque de fuite justifierait une rétention administrative et non une simple mesure d'assignation, le requérant ne justifie pas que la décision portant assignation à résidence serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

10. En second lieu, en se bornant à affirmer que son assignation à résidence est excessive et disproportionnée, M. A n'assortit pas son moyen des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. A à fin d'annulation, ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction et la demande présentée au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Bengono et au préfet de la Sarthe.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 août 202La magistrate désignée,

C. MARTELLe greffier,

J-F. MERCERON

La République mande et ordonne au préfet de la Sarthe en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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