mercredi 7 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2210760 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | DE TROGOFF |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 12 août 2022, Mme F A et M. E D, représentés par Me de Trogoff, demandent au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 8 juillet 2022 par laquelle la directrice académique des services de l'éducation nationale de la Vendée a refusé d'autoriser l'instruction dans la famille des enfants B et C A ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la condition d'urgence est satisfaite dès lors que leurs deux enfants souffrent de pathologies invalidantes nécessitant des repères stables et des soins médicaux réguliers, la perspective d'une rentrée brutale, après six années d'instruction en famille, étant anxiogène pour elles et susceptible d'emporter des effets dévastateurs sur leur santé et médicalement contre-indiquée ;aucun des accompagnements que leur situation nécessite (auxiliaire de vie scolaire projet personnalisé de scolarisation ou l'intégration d'une classe ULIS) n'a été mis en place ni proposé par les services de l'académie de Vendée en perspective de cette re-scolarisation;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
*elle est entachée d'une erreur d'appréciation et méconnaît l'intérêt supérieur des enfants C et B, tel qu'il est garanti par les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
* les contrôles effectués les 31 mars et 29 juin 2022 sont illégaux :
¤ en ce qui concerne le contrôle du 31 mars : ce rendez-vous a été planifié par un simple mail du 18 mars 2022, sans aucune convocation, de sorte qu'il a été laissé un délai de moins d'un mois à la famille pour le préparer, en méconnaissance des dispositions de l'article R. 131-16-2 du code de l'éducation ; ce mail ne mentionnait pas l'identité et la qualité des personnes intervenantes ; les bilans ont été signés deux fois, les 26 mai 2021 et 6 mai 2022 concernant B, et les 4 et 6 mai 2022 concernant C, de sorte qu'il est impossible de les dater ; ces bilans ne répondent pas aux prescriptions de l'article R. 131-16-1 du code de l'éducation, notamment en ce qu'il ne précisent pas en quoi l'enseignement dispensé ne permet pas l'acquisition progressive par les enfants des connaissances et compétences nécessaires, et ne mentionnent aucune préconisation susceptible de permettre une progression dans l'acquisition par les jeunes B et C, des connaissances attendues, ni aucun délai, dans la perspective d'un second contrôle ;
¤ en ce qui concerne le contrôle du 29 juin 2022 : la convocation est datée du 10 juin 2022, de sorte que le contrôle du 29 juin a été effectué moins d'un mois après la notification de ladite convocation ; la mise en demeure consécutive à ce contrôle, du 7 juillet 2022, contient une erreur de fait concernant la date du premier contrôle ; les évaluations effectuées sur les deux enfants n'ont pas tenu compte de leur handicap ; la jeune B n'a pas été entendue dans le cadre d'un entretien individuel par les inspecteurs ; l'évaluation ne comporte aucune mention des outils pédagogiques employés par la famille ; l'ensemble du socle commun n'a pas été évalué et l'évolution des acquis n'a pas été comparée aux contrôles antérieurs, toujours positifs ;
* le délai qui s'est écoulé entre les deux contrôles apparaît trop court pour révéler une éventuelle progression de leurs deux enfants dans l'acquisition des connaissances attendues et pour leur permettre d'améliorer le niveau scolaire de celles-ci ;
* la décision litigieuse, en ce qu'elle se réfère à une demande d'autorisation présentée au titre du motif 4 et non 1B est entachée d'illégalité ;
* la décision litigieuse ne mentionne pas les voies et délais de recours.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 août 2022, la rectrice de l'académie de Nantes conclut au rejet de la requête.
A titre principal, elle oppose une fin de non-recevoir à la requête en ce que celle-ci tend à la suspension de l'exécution d'une décision provisoire à laquelle la décision de la commission académique est appelée à se substituer, dès lors que Mme A et M. D ont saisi cette instance d'un recours administratif contre le refus d'autorisation d'instruction dans la famille litigieux.
A titre subsidiaire, la rectrice de l'académie de Nantes fait valoir que :
- la condition d'urgence n'est pas remplie ;
- aucun des moyens soulevés par M. D et Mme A, n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 28 juillet 2022 sous le numéro 2210226 par laquelle M. D et Mme A, demandent l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code de l'éducation ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Robert Nutte, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 30 août 2022 à 9h 30 :
- le rapport de Mme Robert Nutte, juge des référés,
- les observations de Me de Trogoff, représentant M. D et Mme A ;
- et les observations du représentant de la rectrice de l'académie de Nantes.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. D et Mme A demandent au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision du 8 juillet 2022 par laquelle la directrice académique des services de l'éducation nationale de la Vendée a refusé d'autoriser l'instruction dans la famille de leurs enfants, B et C.
Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :
2. Aux termes de l'article D. 131-11-10 du code de l'éducation : " Toute décision de refus d'autorisation d'instruction dans la famille peut être contestée dans un délai de quinze jours à compter de sa notification écrite par les personnes responsables de l'enfant auprès d'une commission présidée par le recteur d'académie ". Aux termes de l'article D. 131-11-13 dudit code : " La juridiction administrative ne peut être saisie qu'après mise en œuvre des dispositions de l'article D. 131-11-10 ".
3. Il résulte de ces dispositions que la saisine de la commission présidée par le recteur d'académie constitue un recours administratif préalable obligatoire à la contestation devant le juge administratif du refus d'autorisation d'instruction dans la famille. L'existence d'un tel recours administratif préalable ne fait pas obstacle à ce qu'une demande de suspension soit présentée au juge des référés sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative sans attendre que la commission précitée ait statué sur le recours préalable, à la condition que le requérant justifie, en produisant une copie de ce recours, qu'il a saisi cette commission.
4. Il résulte de l'instruction que Mme A et M. D ont saisi la commission visée par les dispositions citées au point 2, de recours adressés le 22 juillet 2022 reçus les 25 et 27 juillet 2022 par les services académiques de Nantes, ce qu'admet la rectrice dans ses écritures. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense doit être écartée.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
En ce qui concerne la condition d'urgence :
5. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
6. L'objet du référé organisé par l'article L. 521-1 du code de justice administrative est de permettre, dans tous les cas où l'urgence le justifie, la suspension dans les meilleurs délais d'une décision administrative contestée par le demandeur. Une telle possibilité est ouverte y compris dans le cas où un texte impose l'exercice d'un recours administratif préalable avant de saisir le juge, sans donner un caractère suspensif à ce recours obligatoire. Dans une telle hypothèse, la suspension peut être demandée au juge des référés sans attendre que l'autorité administrative ait statué sur le recours préalable, dès lors que l'intéressé a justifié, en produisant une copie de ce recours, qu'il a engagé les démarches nécessaires auprès de cette autorité pour obtenir l'annulation ou la réformation de la décision contestée. Saisi d'une telle demande de suspension, le juge des référés peut y faire droit si l'urgence justifie la suspension avant même que cette autorité ait statué sur le recours préalable et s'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision.
7. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi de conclusions tendant à la suspension d'un acte administratif, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.
8. La décision contestée, en ce qu'elle fait obligation à Mme A et M. D de scolariser leurs enfants, B et C, âgées de 11 et 10 ans, dans un établissement d'enseignement scolaire public ou privé au titre de l'année scolaire 2022-2023, modifie profondément, à compter du 1er septembre 2022, les conditions d'instruction dont bénéficient ces deux enfants depuis 6 années. A cet égard, il n'est pas contesté qu'une scolarisation, dès le 1er septembre 2022, sans aucun aménagement adapté à la situation des jeunes C et B, dont les parents soutiennent qu'elles présentent des situations de handicap, serait préjudiciable à l'intérêt de ces enfants. De plus, il résulte des termes clairs des certificats médicaux établis le 26 juillet 2022 par le médecin psychiatre en charge du suivi des deux enfants que " les troubles présentés par C " et " l'état clinique " de la jeune B contre-indiquent une reprise brutale, à temps plein de la scolarité, à la rentrée 2022/2023. Dans ces conditions et au regard de la date de rentrée scolaire 2022, la condition d'urgence énoncée par les dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie.
En ce qui concerne la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée :
9. Le moyen invoqué par les requérants à l'appui de leur demande de suspension, tiré de ce que la décision contestée a été prise sur le fondement d'une procédure irrégulière, ceux-ci n'ayant pas été informés dans un délai d'au moins un mois de la date du premier contrôle prévu, en méconnaissance des dispositions de l'article R. 131-16-2 du code de l'éducation, paraît, propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux sur la légalité de la décision litigieuse.
10. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de suspendre l'exécution de la décision du 8 juillet 2022 par laquelle la directrice académique des services de l'éducation nationale de la Vendée a refusé d'autoriser l'instruction dans la famille des enfants B et C A.
Sur les conclusions présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, une somme de 800 euros au titre des frais exposés par Mme A et M. D et non compris dans les dépens.
O R D O N N E :
Article 1er : L'exécution de la décision du 8 juillet 2022 par laquelle la directrice académique des services de l'éducation nationale de la Vendée a refusé d'autoriser l'instruction dans la famille des enfants B et C A est suspendue.
Article 2 : L'Etat versera à Mme A et M. D la somme de 800 euros (huit cents euros) au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme F A, M. E D et au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.
Copie en sera adressée pour information à la rectrice de l'académie de Nantes.
Fait à Nantes, le 7 septembre 2022.
La/e juge des référés,
O. ROBERT NUTTE
La/e greffier/ère,
J-F. MERCERONLa République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026