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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2210777

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2210777

mercredi 7 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2210777
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantTHOUMINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 août 2022, M. F D, représenté par Me Thoumine, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 mai 2022 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation, en tout état de cause, de lui délivrer un récépissé valant autorisation provisoire de séjour, jusqu'à ce qu'il ait été statué sur sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 800 euros en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

- la compétence de sa signataire n'est pas établie ;

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation en ne lui accordant pas le bénéfice des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; il est parfaitement intégré, notamment par le travail ; il dispose d'une promesse d'embauche ; sa femme est présente sur le territoire français où elle suit un traitement médical qui ne lui permet pas de retourner au Nigéria ;

- le préfet a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; il est présent en France depuis neuf ans ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la compétence de sa signataire n'est pas établie ;

- il est fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

- le préfet a méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- la compétence de sa signataire n'est pas établie ;

- il est fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- le préfet a méconnu l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; il craint aujourd'hui encore pour sa vie en cas de retour au Nigéria.

Des pièces, enregistrées le 6 mars 2023, ont été produites par le préfet de la Loire-Atlantique.

M. D a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 juillet 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Martin, président-rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique du 15 novembre 2023.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant nigérian né le 28 septembre 1979, est entré régulièrement en France le 26 octobre 2012, sous couvert d'un visa de court séjour délivré par les autorités consulaires espagnoles. Sa demande de reconnaissance du statut de réfugié a été rejetée par une décision du 14 octobre 2013 du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Ce rejet a été confirmé par une décision du 7 novembre 2014 de la Cour nationale du droit d'asile. M. D a fait l'objet, en conséquence, le 23 décembre 2014, d'un arrêté du préfet de la Loire-Atlantique portant obligation de quitter le territoire français, qui n'a pas été exécuté. L'intéressé a ensuite demandé un titre de séjour au préfet de la Vendée, lequel a rejeté sa demande le 5 décembre 2016 et lui a fait obligation de quitter le territoire français. M. D n'a pas déféré à cette obligation et, ayant fixé sa résidence à Niort, a obtenu du préfet des Deux-Sèvres une carte de séjour en qualité d'étranger malade, valable du 20 mars 2017 au 19 mars 2018. Ne trouvant pas de travail à Niort, il est venu à Nantes et a demandé au préfet de la Loire-Atlantique, par courrier du 11 octobre 2018, à titre principal, l'octroi d'un titre de séjour salarié sur le fondement de l'article L. 313-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à titre subsidiaire, le renouvellement de son titre en qualité d'étranger malade. Par un arrêté du 13 mars 2019, le préfet a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. M. D s'est maintenu sur le territoire français et a demandé, le 16 août 2021, son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 16 mai 2022, le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a désigné le Nigeria comme pays de renvoi. Par la présente requête, M. D demande au tribunal d'annuler ce dernier arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué :

2. L'arrêté attaqué a été signé par Mme C E, cheffe du bureau du séjour au sein de la direction des migrations et de l'intégration, à la préfecture de la Loire-Atlantique. Par un arrêté du 11 avril 2022 régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de la Loire-Atlantique a donné délégation à Mme B, directrice des migrations et de l'intégration, ou, en l'absence de cette dernière, à son adjoint, M. A, à l'effet de signer, notamment, au titre du bureau du séjour, " les décisions portant refus de titre de séjour () assorties ou non d'une mesure d'obligation de quitter le territoire et d'une décision fixant le pays de renvoi () ". L'article 3 de ce même arrêté attribuait, en cas d'absence ou d'empêchement simultané de Mme B et de M. A, la délégation de signature, dans les limites des attributions de son bureau, notamment à Mme E, cheffe du bureau du séjour. Dès lors et dans la mesure où l'absence ou l'empêchement simultanés, le 16 mai 2022, de Mme B et de M. A ne sont même pas allégués, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

En ce qui concerne les autres moyens soulevés à l'encontre de la décision portant refus de séjour :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

4. En présence d'une demande de régularisation présentée, sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, par un étranger qui ne serait pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne présenterait pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette dernière hypothèse, un demandeur qui justifierait d'une promesse d'embauche ou d'un contrat lui permettant d'exercer une activité ne saurait être regardé, en principe, comme attestant, par là même, des motifs exceptionnels exigés par la loi.

5. M. D se prévaut de la durée de son séjour sur le territoire français, de neuf années à la date de la décision attaquée, de son intégration professionnelle ainsi que de sa relation avec son épouse, présente également sur le territoire français. Toutefois, la durée de sa présence en France s'explique notamment par la circonstance que l'intéressé n'a pas déféré aux trois mesures d'éloignement dont il a fait l'objet respectivement en 2014, 2016 et 2019. Après le rejet définitif de sa demande d'asile, en novembre 2014, il n'a obtenu qu'un titre de séjour d'une durée de validité d'un an pour raison de santé, dont le renouvellement lui a été refusé. Par ailleurs, si M. D justifie avoir travaillé pour la société Samsic, dans le secteur de la propreté, de juillet 2018 à novembre 2019 et comme employé toutes mains au sein de la société La Cantine du Curé d'août à octobre 2018, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il aurait poursuivi par la suite une activité professionnelle. De plus, s'il indique avoir joint une promesse d'embauche à sa demande de titre de séjour, il n'en justifie pas. Ainsi, ces éléments ne sauraient caractériser une intégration professionnelle particulièrement remarquable de l'intéressé. Enfin, s'agissant de la relation de M. D avec son épouse, le requérant se borne à indiquer que, du fait de l'extrême précarité de leur situation, ils ne vivent pas ensemble mais se voient régulièrement. Cette dernière affirmation n'est toutefois accompagnée d'aucun commencement de preuve. Le préfet produit un extrait du fichier national des étrangers, daté du 6 mars 2023, dont il ressort que l'épouse du requérant a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français prononcée par le préfet de la Sarthe le 9 mars 2022. Au vu de l'ensemble de ces circonstances, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Loire-Atlantique aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant à D le bénéfice des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, citées au point 3.

6. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, () ".

7. M. D se prévaut des mêmes éléments que ceux qu'il a fait valoir à l'appui de sa demande d'admission exceptionnelle au séjour. Toutefois, comme il vient d'être dit, il ne justifie pas avoir noué sur le territoire français des liens familiaux ou amicaux particulièrement anciens, intenses et stables. Son insertion professionnelle est limitée et ancienne. Dans ces conditions, le préfet, en refusant d'admettre l'intéressé au séjour, n'a pas porté au droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a pris cette décision. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, par suite, être écarté.

En ce qui concerne les autres moyens soulevés à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

8. En premier lieu, l'ensemble des moyens soulevés à l'appui des conclusions tendant à l'annulation de la décision portant refus de séjour, opposée à l'intéressé, ayant été écartés, le requérant n'est pas fondé à se prévaloir de l'illégalité de cette décision pour demander, par voie de conséquence, l'annulation de la décision l'obligeant à quitter le territoire français.

9. En second lieu, à l'appui de son moyen tiré de ce que le préfet aurait méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, M. D reprend les éléments dont il a fait état à l'appui de sa demande d'admission au séjour et ajoute que son épouse suit un traitement médical qui fait obstacle à son retour au Nigéria. Il ressort des pièces versées au dossier que cette dernière a bénéficié d'une prise en charge chirurgicale au centre hospitalier du Mans, le 28 avril 2022, et que le service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a accusé réception, le 27 juillet 2022, de son dossier complet, présenté à l'appui d'une demande de titre de séjour pour raison de santé. En l'absence d'indications plus précises, notamment sur la possession par l'intéressée, à la date de l'arrêté attaqué, d'un récépissé de demande de carte de séjour, et eu égard aux motifs exposés aux points 5 et 7, M. D n'est pas fondé à soutenir que la décision l'obligeant à quitter le territoire français méconnaitrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne les autres moyens soulevés à l'encontre de la décision fixant le pays de destination :

10. En premier lieu, l'ensemble des moyens soulevés à l'appui des conclusions tendant à l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français, opposée à l'intéressé, ayant été écartés, le requérant n'est pas fondé à se prévaloir de l'illégalité de cette décision pour demander, par voie de conséquence, l'annulation de la décision fixant le pays de destination.

11. En second lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Selon ce dernier : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

12. M. D soutient qu'un retour dans son pays d'origine l'exposerait encore aujourd'hui au risque de subir des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour au Nigeria. Toutefois, alors que la demande d'asile présentée par l'intéressé a été définitivement rejetée, celui-ci n'apporte aucun élément établissant le caractère actuel et personnel des risques qu'il encourrait en cas de retour dans ce pays. Par suite, en désignant ce pays comme pays de renvoi, le préfet de la Loire-Atlantique n'a méconnu ni les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

13. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué du 16 mai 2022.

Sur les conclusions à fin d'injonction et tendant à l'application de l'article L 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

14. D'une part, le rejet des conclusions à fin d'annulation présentées par M. D entraîne, par voie de conséquence, celui de ses conclusions à fin d'injonction.

15. D'autre part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique font obstacle à ce que la somme demandée au profit de son conseil par M. D au titre des frais exposés et non compris dans les dépens soit mise à la charge de l'Etat qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F D, au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Elen Thoumine.

Délibéré après l'audience du 15 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Luc Martin, président,

M. David Labouysse, premier conseiller,

Mme Justine-Kozue Kubota, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 février 2024.

Le président-rapporteur,

L. MARTINL'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

D. LABOUYSSELa greffière,

V. MALINGRE

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

V. MALINGRE

gf

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