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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2210818

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2210818

vendredi 23 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2210818
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantCHERIFF

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 août 2022, Mme H B, représentée par Me Cheriff, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 avril 2022 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office à l'expiration de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de réexaminer sa situation, dans l'un et l'autre cas dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 700 euros au profit de son conseil qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- il n'est pas établi que la décision a été signée par l'autorité compétente ;

- la décision est intervenue à l'issue d'une procédure irrégulière, dans la mesure où la commission du titre de séjour n'a pas été saisie, en méconnaissance de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- il n'est pas établi que la décision a été signée par l'autorité compétente ;

- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour prive de base légale la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation au regard du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- il n'est pas établi que la décision a été signée par l'autorité compétente ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision l'informant de ce qu'elle s'expose à faire l'objet d'une mesure d'interdiction du territoire français :

- il n'est pas établi que la décision a été signée par l'autorité compétente ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 27 avril 2023, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 5 juillet 2022.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et son décret d'application n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Rosemberg a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme H B, ressortissante mauricienne née le 24 mai 1979, a épousé le 6 août 2018 M. F B, de nationalité française. Elle est entrée en France le 12 septembre 2019 sous couvert d'un visa de long séjour afin de rejoindre son époux sur le territoire, mais le couple s'est séparé le 15 avril 2020. Mme B a sollicité auprès du préfet de la Loire-Atlantique la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 28 avril 2022, le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office à l'expiration de ce délai. Par sa requête, Mme B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la compétence l'auteure de l'arrêté attaqué :

2. L'arrêté attaqué a été signé par Mme G, cheffe du bureau du séjour de la préfecture de la Loire-Atlantique. Par arrêté du 31 août 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du 1er septembre 2021, le préfet de la Loire-Atlantique lui a donné délégation à l'effet de signer notamment les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français, en cas d'absence ou d'empêchement simultanés de Mme C et M. A, dont il n'est pas soutenu qu'ils n'auraient pas été absents ou empêchés, à l'effet de signer notamment les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteure de l'arrêté attaqué, en tant qu'il porte refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français, manque en fait et doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; () ". L'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine () ". Pour l'application de ces dispositions et stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

4. Il ressort des pièces du dossier que Mme B résidait en France depuis environ deux ans et demi à la date de la décision attaquée. Si elle est mariée avec un ressortissant français depuis le 6 août 2018, il est constant que le couple est séparé depuis le 15 avril 2020, la requérante ne se prévalant, par ailleurs, d'aucune autre attache familiale sur le territoire. Les attestations peu circonstanciées qu'elle produit ne permettent pas, en outre, de justifier de la réalité de sa vie commune avec M. E D, ressortissant français né le 5 novembre 1968 depuis le 27 mai 2020, une telle relation étant au demeurant encore récente à la date de la décision attaquée. Par ailleurs, l'emploi occupé par Mme B pour une durée de trois jours au cours des mois de mars et avril 2022, son souhait d'intégrer une formation d'assistante de vie familiale et le suivi médical dont elle a bénéficié en France ne permettent pas de justifier de l'intensité de son intégration et de ses attaches personnelles sur le territoire. Mme B ne justifie pas, enfin, qu'elle serait dépourvue d'attaches privées et familiales à l'Ile Maurice, où elle a vécu jusqu'à l'âge de 40 ans et où résident ses parents et ses deux sœurs. Dans ces conditions, la requérante n'établit pas que la décision portant refus de titre de séjour en litige porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni qu'elle méconnaîtrait les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. En second lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance () ".

6. Il résulte de ces dispositions que le préfet est tenu de saisir la commission du titre de séjour du cas des seuls étrangers qui remplissent effectivement les conditions relatives à la délivrance de plein droit des cartes de séjour citées audit articles, auxquels il envisage de refuser la délivrance d'un titre de séjour et non de celui des tous les étrangers qui se prévalent de ces dispositions. Mme B ne remplissant pas, ainsi qu'il vient d'être dit, les conditions pour bénéficier d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet n'était ainsi pas tenu de soumettre son cas à la commission du titre de séjour avant de rejeter la demande de titre de séjour.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour n'est pas établie. Par suite, le moyen tiré de cette illégalité, invoqué par Mme B à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, ne peut qu'être écarté.

8. En second lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour () ".

9. Il y a lieu d'écarter, pour les mêmes motifs de fait que ceux mentionnés au point 4, le moyen tiré de ce que le préfet de la Loire-Atlantique aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en décidant de faire usage de son pouvoir discrétionnaire, prévu par les dispositions précitées du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, d'assortir la décision de refus de titre de séjour prise à l'encontre de Mme B d'une obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

10. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que le moyen tiré de ce qu'en fixant le pays à destination duquel Mme B pourra être reconduite à l'issue du délai de départ volontaire, le préfet de la Loire-Atlantique aurait commis une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de l'intéressée doit être écarté pour les mêmes motifs de fait que ceux mentionnés au point 4.

En ce qui concerne l'article 5 de l'arrêté du 28 avril 2022 :

11. L'article 5 de l'arrêté litigieux du 28 avril 2022 se borne à informer Mme B que, si elle se maintient irrégulièrement sur le territoire au-delà de l'expiration du délai de départ volontaire, il édictera une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français à son encontre. Il n'emporte pas, ainsi, interdiction de retour sur le territoire. Mme B ne peut, par suite, utilement soutenir que le préfet aurait entaché son arrêté d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences de sa décision sur la situation personnelle en lui interdisant le retour sur le territoire français.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté du préfet de la Loire-Atlantique du 28 avril 2022 doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

13. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation de Mme B, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par Mme B au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme H B, au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Cheriff.

Délibéré après l'audience du 2 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Livenais, président,

Mme Rosemberg, première conseillère,

Mme Thierry, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 23 juin 2023.

La rapporteure,

V. ROSEMBERG

Le président,

Y. LIVENAIS

Le greffier,

E. LE LUDEC

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

5

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