mercredi 21 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2210860 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 7ème Chambre |
| Avocat requérant | LEJOSNE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 17 août 2022 et le 25 mars 2023, M. D C B, représenté par Me Lejosne, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 19 juillet 2022 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique, à titre principal, de lui délivrer le titre de séjour sollicité et à titre subsidiaire, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour, dans l'un et l'autre cas dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat, en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, la somme de 1 500 euros au profit de son conseil qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :
- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;
- elle est insuffisamment motivée au regard des dispositions des articles L. 211-2 et L.211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation et de sa demande compte tenu des différents fondements qui étaient avancés ;
- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation au regard de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation au regard de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile explicité par la circulaire du 26 mars 2002 ;
- elle méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation eu égard aux preuves de son intégration sociale et professionnelle en France ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;
- elle n'est pas suffisamment motivée au regard des dispositions de l'article L. 613-1 et du 3° de l'article L. 611-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour la prive de base légale ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen et d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
S'agissant de la décision fixant le pays de destination :
- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;
- l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français la prive de base légale.
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 mars 2023, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.
M. C B a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 29 août 2022.
La clôture de l'instruction est intervenue le 28 avril 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et son décret d'application n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Echasserieau, rapporteur ;
- et les observations de Me Lejosne représentant M. C B.
Considérant ce qui suit :
1. M. C B, ressortissant angolais se disant né le 15 avril 2002, déclare être entré irrégulièrement en France le 10 octobre 2018. N'ayant pas bénéficié d'une prise en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance, il s'est toutefois maintenu sur le territoire où il a suivi une scolarité en certificat d'aptitude professionnelle (CAP) " Commerce ". Il a sollicité au mois de juillet 2021 la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions des articles L. 423-23, L. 422-1 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 19 juillet 2022 dont M. C B demande l'annulation, le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté cette demande, assorti ce rejet d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré.
2. Aux termes des dispositions de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande :/1° Les documents justifiants de son état civil ; / () ". Et aux termes de l'article L. 811-2 du même code : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies à l'article 47 du code civil ". Par ailleurs, aux termes de l'article 47 du code civil : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité. Celle-ci est appréciée au regard de la loi française ".
3. Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis.
4. Pour refuser à M. C B la délivrance d'un titre de séjour, le préfet de la Loire-Atlantique s'est fondé sur la circonstance qu'il a présenté à l'appui de sa demande de titre de séjour un acte de naissance apocryphe ne lui permettant pas de justifier de son état civil.
5. En l'espèce, M. C B a produit, afin de justifier son état civil, la copie intégrale de son acte de naissance n° 9172 dressé le 23 août 2019 et une attestation datée du 11 septembre 2019, n° 23.134, signée par la cheffe du département des services intégrés de Comarca de Luanda, certifiant l'authenticité de la copie de l'acte de naissance de l'intéressé par le 6ème service d'état civil de la circonscription de Luanda, ainsi que leur traduction par une interprète assermentée. La copie intégrale de l'acte de naissance n° 9172 dressé le 23 août 2019 était revêtue d'une estampille signée par le directeur du service consulaire du ministère des affaires étrangères de la République d'Angola certifiant l'authenticité de l'acte de naissance de M. C B. Pour contester la valeur probante de ces documents le préfet de la Loire-Atlantique produit des rapports simplifiés d'analyse documentaire, datés du 22 juin 2022, relevant que l'acte de naissance a été établi plus de vingt ans après la naissance du requérant, ce qui constituerait un élément fort de fraude documentaire, notant l'absence de valeur probante de la carte d'identité consulaire, relevant l'incohérence du passeport présenté au nom de B et non de C B ainsi que la forte incohérence de l'identité de l'intéressé ayant fait l'objet d'analyses successives en 2018 sous un numéro de registre différent. Toutefois l'administration ne produit pas l'analyse effectuée en 2018 qui permettrait de démontrer l'enregistrement de l'acte de naissance dans des registres différents. Si le préfet soutient également que la demande d'assistance éducative de M. C B a été rejetée par jugement du tribunal pour enfants de A du 4 juillet 2019 en raison des doutes sur l'état civil de l'intéressé au regard du rapport du service en fraude documentaire de la police aux frontières du 20 novembre 2018 en raison de la présence d'un timbre sec ne correspondant pas à leur référence et l'absence d'apostille, le requérant produit à l'appui de son recours, un autre rapport d'analyse de ce même service, établi le 24 février 2020 sur commission rogatoire, relevant pour sa part la présence de l'apostille et l'authenticité du timbre sec et concluant à l'authenticité de l'acte de naissance produit. Enfin, si le préfet relève que la carte consulaire et le passeport sont affectés d'incohérences dans le dossier de l'intéressé présenté au nom de B et prénom C alors que sur les documents d'état civil l'intéressé est nommé " C B " et prénommé Francisco, cette seule circonstance au regard de documents de circulation, n'est pas de nature à elle seule à ôter toute valeur probante aux documents d'état civil présentés qui restent cohérents sur les autres mentions qu'ils contiennent et par suite à créer un doute sur l'identité du requérant. M. C B est dès lors, fondé à soutenir que le préfet a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en refusant de faire droit à sa demande au motif qu'il ne justifiait pas de son état civil.
6. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. C B est fondé à demander l'annulation de la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour, et par voie de conséquence, celle des décisions portant obligation de quitter dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
7. Le présent jugement implique seulement, compte tenu du motif d'annulation retenu, que le préfet de la Loire-Atlantique procède au réexamen de la demande de M. C B. Il y a lieu de lui enjoindre de procéder à ce réexamen, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit nécessaire d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
8. M. C B ayant obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que l'intéressé renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat de mettre à la charge de celui-ci, au bénéfice du conseil du requérant, la somme de 1 200 euros au titre des frais non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 19 juillet 2022 du préfet de la Loire-Atlantique est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Loire-Atlantique de procéder au réexamen de la demande de M. C B, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera au conseil de M. C B la somme de 1 200 euros (mille deux cents euros) en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. D C B, au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Lejosne.
Délibéré après l'audience du 7 juin 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Béria-Guillaumie, présidente,
M. Echasserieau, premier conseiller,
Mme Baufumé, première conseillère.
Rendue publique par mise à disposition au greffe le 21 juin 2023.
Le rapporteur,
B. ECHASSERIEAU
La présidente,
M. BÉRIA-GUILLAUMIE
La greffière,
B. GAUTIER
La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme.
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026