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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2210886

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2210886

mercredi 21 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2210886
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantJEANNETEAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 18 août 2022 et le 1er mars 2023, Mme C A épouse E, représentée par Me Jeanneteau, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 juillet 2022 par lequel le préfet de Maine-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office lorsque ce délai sera expiré ;

2°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir ou à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour dans les mêmes conditions de délai ;

3°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- la compétence de l'auteur de l'acte n'est pas établie ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation au regard de l'article 6 2) et 5) de l'accord franco-algérien et des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en ce qu'elle est entrée régulièrement sur le territoire français au moyen d'un visa de court séjour en cours de validité, en ce qu'elle réside auprès de son époux de nationalité française qui présente des problèmes de santé, elle-même étant suivie pour une affection de longue durée, souffrant de troubles auditifs et eu égard à son âge ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité du refus de séjour ;

- elle est entachée d'erreur manifeste au regard des dispositions de L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile eu égard à la durée de vie commune avec son époux de nationalité française ;

- elle méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er février 2023, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.

Mme A a été admise à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 février 2023.

La clôture de l'instruction est intervenue le 4 avril 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention du 19 juin 1990 portant application de l'accord de Schengen du 14 juin 1985 relatif à la suppression graduelle des contrôles aux frontières ;

- l'accord du 27 décembre 1968 entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République algérienne démocratique et populaire relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et son décret d'application n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Echasserieau, rapporteur,

- et les observations de Me Jeanneteau représentant Mme A en sa présence.

Une note en délibéré, présentée pour Mme A, a été enregistrée le 13 juin 2023 et n'a pas été communiquée.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante algérienne née le 17 septembre 1952, est mariée depuis le 13 janvier 1993 à M. B E, ressortissant français né le 8 janvier 1939. Elle est entrée en France le 15 mars 2017, sous couvert d'un visa de court séjour délivré par les autorités espagnoles et valable du 10 mars au 8 avril 2017. Elle a sollicité, le 7 février 2018, du préfet de Maine-et-Loire l'octroi d'un certificat de résidence en qualité de conjointe d'un ressortissant français. Par une décision du 9 février 2018, le préfet de Maine-et-Loire a rejeté sa demande. Son recours contre cette décision a été rejeté par jugement du tribunal du 15 juillet 2021 confirmé par un arrêt de la cour administrative d'appel de Nantes du 15 avril 2022. Mme A a sollicité, le 10 novembre 2021, son admission au séjour sur le fondement des articles 6-5 de l'accord franco-algérien et de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 28 juillet 2022, le préfet de Maine-et-Loire a rejeté sa demande, prononcé à l'encontre de Mme A une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et désigné le pays à destination duquel elle pourrait être reconduite d'office. Par la présente requête, Mme A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Par une décision du 9 février 2023, le bureau d'aide juridictionnelle a accordé l'aide juridictionnelle totale à la requérante. Par suite les conclusions tendant à ce qu'elle soit admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire sont devenues sans objet et il n'y a plus lieu d'y statuer.

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, par un arrêté du 7 septembre 2021, régulièrement publié le 9 septembre suivant au recueil spécial des actes administratifs de la préfecture, le préfet de Maine-et-Loire a accordé à Mme Magali Daverton, secrétaire générale de la préfecture de Maine-et-Loire, signataire de l'arrêté attaqué, une délégation à l'effet de signer, notamment, tout acte ou décision relatifs aux attributions de l'Etat dans ce département, à certaines exceptions limitativement énumérées au rang desquelles ne figurent pas les décisions attaquées de refus de séjour et d'éloignement. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée doit, dès lors, être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () / 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs de refus () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. Par ailleurs, selon l'article 22 de la convention signée à Schengen le 19 juin 1990 : " Les étrangers entrés régulièrement sur le territoire d'une des Parties contractantes sont tenus de se déclarer, dans les conditions fixées par chaque Partie contractante, aux autorités compétentes de la Partie contractante sur le territoire de laquelle ils pénètrent. Cette déclaration peut être souscrite au choix de chaque Partie contractante, soit à l'entrée, soit, dans un délai de trois jours ouvrables à partir de l'entrée, à l'intérieur du territoire de la Partie contractante sur lequel ils pénètrent. () ". La souscription de la déclaration prévue par ces stipulations et dont l'obligation figure à l'article L. 531-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est une condition de la régularité de l'entrée en France de l'étranger soumis à l'obligation de visa et en provenance directe d'un Etat partie à cette convention qui l'a admis à entrer ou à séjourner sur son territoire.

6. D'une part, il est constant que Mme A n'a pas souscrit la déclaration prévue par l'article 22 de la convention signée à Schengen le 19 juin 1990. Dès lors, elle ne peut être regardée comme étant régulièrement entrée sur le territoire français. Par suite, le préfet de Maine-et-Loire a pu légalement, pour ce motif, lui refuser la délivrance du titre sollicité.

7. D'autre part, si Mme A est mariée à M. B E depuis vingt-cinq ans et qu'elle a eu avec lui deux filles nées en 1994 et 1995, les éléments qu'elle produit pour justifier des liens qui l'unissent à son époux, qui consistent dans la déclaration au nom des deux époux de revenus de 2016, alors que M. D était hébergé par son frère et que la requérante n'était pas encore en France, des avis d'imposition de 2019 et 2020 et des factures de fournisseurs d'énergie ou de bailleur social ne permettent pas d'établir, en dehors de l'attestation, non datée produite par les époux, en dehors de la réalité d'une domiciliation commune, ni la stabilité ni l'intensité de la vie familiale alléguée. En outre, si Mme A épouse E fait valoir que ses deux filles vivent en France, il est constant qu'elles sont également en situation irrégulière. Dans ces conditions, Mme A épouse E, qui est arrivée récemment en France et a vécu en Algérie jusqu'à l'âge de 65 ans, ne justifie pas qu'elle a fixé en France le centre de ses intérêts privés et familiaux. Dans ces conditions, Mme A, bien qu'elle soit l'épouse d'un ressortissant français, n'est pas fondée, nonobstant son âge et ses problèmes auditifs, à soutenir qu'en refusant de lui délivrer un titre de séjour, le préfet aurait méconnu le point 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

8. En troisième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant à l'encontre de la décision portant refus de titre de séjour, laquelle ne fixe pas le pays de destination.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de Mme A tendant à l'annulation de la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

10. Il résulte de ce qui a été dit aux points 3 à 8 ci-dessus que, l'illégalité du refus de titre de séjour n'étant pas établie, le moyen tiré de l'illégalité de cette décision, soulevé par voie d'exception à l'appui des conclusions tendant à l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français, doit être écarté.

11. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français : / () 6° L'étranger marié depuis au moins trois ans avec un conjoint de nationalité française, à condition que la communauté de vie n'ait pas cessé depuis le mariage et que le conjoint ait conservé la nationalité française () ".

12. Il ressort des pièces du dossier que la requérante était à la date de la décision attaquée mariée depuis plus de trois ans à un ressortissant français. Il ne ressort toutefois pas des pièces du dossier, ainsi qu'indiqué au point 7, que leur communauté de vie se soit maintenue sans discontinuité jusqu'à la date de la décision attaquée. Dès lors, que cette condition n'était pas remplie, le moyen tiré de la méconnaissance du 6° de l'article L. 611-3 précité ne peut qu'être écarté.

13. En troisième lieu, compte tenu de ce qui a été dit au point 7 ci-dessus, Mme A n'est pas fondée à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire méconnaitrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

14. En dernier lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire, laquelle ne fixe pas le pays de destination.

15. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme A doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire de Mme A.

Article 2 : La requête de Mme A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A épouse E, au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Jeanneteau.

Délibéré après l'audience du 7 juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Béria-Guillaumie, présidente,

M. Echasserieau, premier conseiller,

Mme Baufumé, première conseillère.

Rendue publique par mise à disposition au greffe le 21 juin 2023.

Le rapporteur,

B. ECHASSERIEAU

La présidente,

M. BÉRIA-GUILLAUMIE

La greffière,

B. GAUTIER

La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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