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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2210941

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2210941

mercredi 21 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2210941
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantLARGY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 19 août 2022 et 23 avril 2023, M. A D B C, représenté par Me Largy, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 juin 2022 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique, de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- cette décision est insuffisamment motivée au regard des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle est entachée d'un vice de procédure en se fondant sur un avis du collège des médecins de l'OFII qui date de deux ans ;

- cette décision méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce que son état de santé ne lui permet pas d'être soigné dans son pays d'origine ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation eu égard à la présence de son épouse à ses côtés qui suit actuellement une formation d'aide-soignante et ses liens personnels et familiaux en France ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité dont est entachée la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 22 mars et 11 mai 2023, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

M. C a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 juillet 2022.

La clôture de l'instruction est intervenue le 31 mai 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Echasserieau, rapporteur,

- les observations de Me Largy représentant M. B C.

Considérant ce qui suit :

1. M. A D B C, ressortissant comorien né le 23 mars 1971, est entré en France le 7 juillet 2019 sous couvert d'un visa de court séjour valable du 30 juin 2019 au 22 juillet 2019. Il a sollicité du préfet de la Loire-Atlantique la délivrance d'un titre de séjour en raison de son état de santé, sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 16 juin 2022, dont M. C demande l'annulation, le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté cette demande, assorti ce rejet d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré.

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué, en tant qu'il porte refus de délivrer un titre de séjour, vise les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il fait application et fait également état d'éléments concernant la biographie et le parcours de M. C depuis son arrivée en France. Par suite, l'arrêté attaqué, en tant qu'il porte refus de séjour, est suffisamment motivé en droit et en fait.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé ".

4. Il ressort des pièces du dossier que l'état de santé de M. C nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Il en ressort également, et notamment des termes de la décision attaquée, que le préfet a considéré, en se fondant sur l'avis du collège des médecins de l'OFII du 10 juillet 2020, que le traitement suivi par M. C est disponible aux Comores. Le requérant, soutient qu'il ne pourrait effectivement y avoir accès, en se fondant sur un certificat médical du 17 septembre 2022 d'un médecin l'ayant examiné depuis les Comores dont il ressort qu'il souffrirait d'un syndrome du canal carpien et sur un courrier d'un médecin généraliste nantais du 10 mai 2022 qui atteste qu'il est atteint d'une hypertension essentielle primitive (I10) dont le préfet démontre, par la production de la liste nationale des médicaments essentiels disponibles aux Comores de 2014 que la molécule équivalente, l'amlodipine, peut être prescrite dont l'intéressé ne soutient pas qu'elle ne serait devenue indisponible depuis lors. Si les documents médicaux précités évoquent aussi une hypertrophie bénigne de la prostate soignée par Urorec(r) dont la molécule, la silodosine, n'apparaît pas disponible aux Comores, cette pathologie, dont il est admis par les données médicales publiques qu'elle n'entraîne pas des conséquences d'une exceptionnelle gravité pour la personne qui en est atteinte, n'est pas à elle seule de nature à établir que le refus d'admettre le requérant au séjour pour un tel motif est susceptible d'entraîner les conséquences précitées pour sa santé. Si le requérant fait valoir qu'un délai de deux ans s'est écoulé entre l'émission de l'avis et la date de la décision, il n'établit pas, par les pièces qu'il produit, que son état de santé a évolué de manière significativement péjorative pendant cette période. Il s'ensuit que M. C n'est fondé à soutenir ni que la décision attaquée a été prise au terme d'une procédure irrégulière, ni que le préfet de la Loire-Atlantique a méconnu les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ou entaché sa décision d'erreur d'appréciation en refusant de lui délivrer un titre de séjour sur ce fondement.

5. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. C est entré en France, en compagnie de son épouse, le 7 juillet 2019, soit moins de trois ans avant la décision attaquée. En outre, il n'établit pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de quarante-huit ans. Si M. C se prévaut de la présence en France d'un beau-frère et de cousins, cette circonstance n'est pas suffisante pour établir qu'il a noué en France des liens personnels d'une particulière intensité, stabilité et ancienneté. Si enfin, son épouse suit une formation d'aide soignante en France, cette dernière fait également l'objet d'une obligation de quitter le territoire, devenue définitive et ainsi, rien ne fait obstacle à ce que le couple poursuive sa vie familiale aux Comores. Dans ces conditions, le préfet de la Loire- Atlantique n'a pas porté une atteinte disproportionnée au respect de son droit à une vie privée et familiale normale ni entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur la situation personnelle de M. C.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

6. Il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 5 ci-dessus que, l'illégalité du refus de titre de séjour n'étant pas établie, le moyen tiré de l'illégalité de cette décision, soulevé par voie d'exception à l'appui des conclusions tendant à l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français, doit être écarté.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D B C, au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Largy.

Délibéré après l'audience du 7 juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Béria-Guillaumie, présidente,

M. Echasserieau, premier conseiller,

Mme Baufumé, première conseillère.

Rendue publique par mise à disposition au greffe le 21 juin 2023.

Le rapporteur,

B. ECHASSERIEAU

La présidente,

M. BÉRIA-GUILLAUMIE

La greffière,

B. GAUTIER

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme.

La greffière,

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