mardi 11 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2210956 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | SELARL CORNET VINCENT SEGUREL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrées le 21 août 2022, le 16 mai 2023 et le 6 février 2024, M. C B, représenté par Me Prévôt-Leygonie, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 21 juin 2022 par laquelle le maire de l'Ile d'Yeu lui a refusé la délivrance d'un permis de construire valant permis de démolir, pour la démolition et la reconstruction d'un garage, sur la parcelle cadastrée section 113 AC n°242, située route des Petits Fradets à l'Ile d'Yeu ;
2°) d'enjoindre au maire de l'Ile d'Yeu de lui accorder le permis sollicité, sous astreinte de 500 euros par jour de retard suivant la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Ile d'Yeu la somme de 15 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;
- il méconnaît le principe d'égalité compte tenu de la délivrance d'autorisations d'urbanisme pour des projets d'ampleur à proximité ;
- le motif selon lequel la construction serait interdite par les article N 1.2.1 et N 1.2.2 du plan local d'urbanisme est entaché d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation, dès lors que le projet tient à la reconstruction à l'identique d'un bâtiment régulièrement construit au titre de l'article L. 111-15 du code de l'urbanisme, reconstruction que n'interdisent pas expressément les dispositions du plan local d'urbanisme, et qu'à supposer même que ce bâtiment ait été irrégulièrement construit, sa reconstruction doit être regardée comme autorisée par application de l'article L. 421-9 du code de l'urbanisme ;
- le motif selon lequel le projet méconnaît l'article L. 121-16 du code de l'urbanisme est entaché d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation, dès lors que le terrain d'assiette du projet est en zone urbanisée et dès lors que le projet ne porte pas sur une construction nouvelle mais sur la reconstruction à l'identique d'un bâtiment existant que n'interdit pas les dispositions de cet article L. 121-16 de ce code.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 13 octobre 2022 et le 14 juin 2023, la commune de l'Ile d'Yeu, représentée par Me Marchand, conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Thomas, première conseillère,
- les conclusions de M. Marowski, rapporteur public,
- les observations de Me Prévôt-Leygonie, avocate de M. B,
- les observations de Me Angibaud, substituant Me Marchand, avocat de la commune de l'Ile d'Yeu.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 20 juillet 2020, le maire de l'Ile d'Yeu a délivré à M. B une décision de non-opposition pour la modification de façade et des toitures d'une dépendance implantée, sur la parcelle cadastrée section 113 AC n°242, dans la bande littorale des cent mètres et classée en zone naturelle du plan local d'urbanisme de la commune. Lors des travaux, ont été démolis la toiture et les murs de la dépendance, dont n'ont été conservés que les fondations et le plancher. Le maire de l'Ile d'Yeu a fait dresser un procès-verbal d'infraction au motif que les travaux réalisés n'avaient pas fait l'objet d'une autorisation d'urbanisme. En vue de leur régularisation, M. B a présenté le 25 janvier 2022 une demande de permis de construire valant permis de démolir, pour la démolition et la reconstruction à l'identique du garage démoli, d'une surface de 47,60 m2 déclarée. Par un arrêté du 21 juin 2022, le maire de l'Ile d'Yeu a refusé de délivrer le permis sollicité. M. B demande au tribunal l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Il ressort des pièces du dossier que par arrêté du maire de l'Ile d'Yeu du 5 juin 2020, dont les mentions, qui font foi jusqu'à preuve du contraire, attestent du caractère exécutoire, régulièrement affiché et reçu en préfecture le 9 juin 2020, Mme D A, adjointe en charge de l'urbanisme, a reçu une délégation de fonctions portant notamment sur " la délivrance des décisions relatives à l'occupation des sols ". Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision attaquée manque en fait et doit être écarté.
3. Une décision rejetant une demande d'autorisation d'urbanisme pour plusieurs motifs ne peut être annulée par le juge de l'excès de pouvoir à raison de son illégalité interne, réserve faite du détournement de pouvoir, que si chacun des motifs qui pourraient suffire à la justifier sont entachés d'illégalité. En outre, en application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, le tribunal administratif saisi doit, lorsqu'il annule une telle décision de refus, se prononcer sur l'ensemble des moyens de la demande qu'il estime susceptibles de fonder cette annulation, qu'ils portent d'ailleurs sur la légalité externe ou sur la légalité interne de la décision. En revanche, lorsqu'il juge que l'un ou certains seulement des motifs de la décision de refus en litige sont de nature à la justifier légalement, le tribunal administratif peut rejeter la demande tendant à son annulation sans être tenu de se prononcer sur les moyens de cette demande qui ne se rapportent pas à la légalité de ces motifs de refus.
4. D'une part, aux termes de l'article L. 121-16 du code de l'urbanisme : " En dehors des espaces urbanisés, les constructions ou installations sont interdites sur une bande littorale de cent mètres à compter de la limite haute du rivage () ".
5. D'autre part, aux termes de l'article L. 111-15 du code de l'urbanisme dans sa version applicable au présent litige : " Lorsqu'un bâtiment régulièrement édifié vient à être détruit ou démoli, sa reconstruction à l'identique est autorisée dans un délai de dix ans nonobstant toute disposition d'urbanisme contraire, sauf si la carte communale, le plan local d'urbanisme ou le plan de prévention des risques naturels prévisibles en dispose autrement ". Il résulte de ces dispositions que, dès lors qu'un bâtiment a été régulièrement construit, seules des dispositions expresses de la réglementation locale d'urbanisme ou de prévention des risques naturels, prévoyant l'interdiction de la reconstruction à l'identique de bâtiments détruits par sinistre ou démolis peuvent faire légalement obstacle à sa reconstruction.
6. Enfin, aux termes de l'article L. 421-9 du code de l'urbanisme : " Lorsqu'une construction est achevée depuis plus de dix ans, le refus de permis de construire () ne peut être fondé sur l'irrégularité de la construction initiale au regard du droit de l'urbanisme. / Les dispositions du premier alinéa ne sont pas applicables : / 5° Lorsque la construction a été réalisée sans permis de construire ; () ".
7. Par ailleurs, aux termes de l'article N 1.2.1 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de l'Ile d'Yeu : " Toute construction ou installation nouvelle non mentionnée à l'article N 2 est interdite et ce, dans le respect de l'article R. 123-8 du code de l'urbanisme " et en vertu des dispositions de l'article N 2.1.2 de ce règlement, sont admises " à condition de ne pas porter atteinte à la qualité des sites, des monuments historiques et des paysages, ni à la préservation des milieux naturels remarquables ", " la reconstruction à l'identique d'un bâtiment détruit par sinistre, dès lors qu'il était régulièrement édifié et qu'il ne soit pas à l'état de ruine depuis plus de dix ans à la date d'approbation du plan local d'urbanisme ". En outre, aux termes de l'article N 1.2.2 de ce règlement : " toute construction, installation ou extension de construction existante dans la bande des 100 mètres par rapport à la limite haute du rivage est interdite. Cette interdiction ne s'applique pas aux constructions ou installations nécessaires à des services publics ou à des activités économiques exigeant la proximité immédiate de l'eau ".
8. Pour refuser à M. B la délivrance du permis de construire valant permis de démolir que celui-ci avait sollicité, le maire de la commune de l'Ile d'Yeu s'est fondé sur deux motifs tirés, d'une part, de ce que le projet est interdit par les dispositions des articles N 1.2.1, N 2.1.2 et N 1.2.2 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune, et d'autre part, de ce que ce projet est également interdit par les dispositions de l'article L. 121-16 du code de l'urbanisme.
9. S'agissant du premier motif de refus tiré de la méconnaissance par le projet des dispositions du plan local d'urbanisme, il ressort des dispositions de l'article N 1.2.2 du règlement du plan local d'urbanisme, qui s'appliquent de façon spéciale sur le territoire de la commune de l'Ile d'Yeu, plus restrictives en l'espèce que celles des dispositions de l'article L. 121-16 du code de l'urbanisme, que nonobstant les dispositions de cet article, toute construction nouvelle, à l'exception des constructions ou installations nécessaires à des services publics ou à des activités économiques exigeant la proximité immédiate de l'eau, est interdite en zone naturelle dans la bande littorale des cent mètres, et ce y compris lorsqu'elle s'inscrit dans les espaces urbanisés de cette bande. Il est constant que le bâtiment en cause n'est pas au nombre des constructions que ces dispositions autorisent en zone naturelle dans la bande des cent mètres. Compte tenu de ce qui précède, le requérant ne peut utilement se prévaloir de ce que son projet serait implanté dans un secteur urbanisé de cette bande des cent mètres, pour faire obstacle à l'application de ces dispositions.
10. Pour contester ce motif de refus sur lequel se fonde de l'arrêté attaqué, et faire obstacle à ce que soit opposé à sa demande les dispositions de l'article N 1.2.2 du règlement du plan local d'urbanisme, le requérant se prévaut dans ses écritures de ce que son projet ne tiendrait qu'à la reconstruction à l'identique d'un bâtiment existant, reconstruction à l'identique autorisée par les articles L. 111-15 et L. 421-9 du code de l'urbanisme.
11. Toutefois, le droit à la reconstruction à l'identique que prévoit l'article L. 111-15 du code de l'urbanisme ne s'applique qu'aux constructions ayant été régulièrement édifiées. Alors que la construction du bâtiment faisant l'objet de la demande de M. B nécessitait l'obtention d'un permis de construire, il ne ressort pas des pièces du dossier que cette construction aurait fait l'objet d'une telle autorisation d'urbanisme. Ni l'acte authentique de cession d'un lot du 9 juillet 1959, qui se borne à mentionner que les constructions à édifier sur ce lot devaient faire l'objet de permis de construire, ni les actes d'acquisition de la propriété en 2013 et 2019, ni la délivrance d'une décision de non-opposition du 20 juillet 2020 n'apportent la preuve de la régularité de l'édification ni du bâtiment en cause ni même celle de la maison d'habitation implantée sur ce terrain, dont le permis de construire n'est pas produit. Or, il ne ressort pas des pièces du dossier que la preuve de la régularité de l'édification de ces constructions serait impossible. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier que le bâtiment dont le requérant fait valoir que son projet ne tiendrait qu'à la reconstruction à l'identique aurait été effectivement régulièrement édifié conformément aux prescriptions légales alors applicables. Par ailleurs, si M. B, pour soutenir que ne pourrait lui être opposée l'absence de preuve de la régularité de l'édification du bâtiment en cause, entend se prévaloir de la prescription administrative prévue à l'article L. 421-9 du code de l'urbanisme, ce régime de prescription n'est pas applicable lorsqu'une construction a été réalisée sans qu'aucun permis de construire n'ait été obtenu alors que celui-ci était requis. Il s'ensuit que le requérant n'est pas fondé à se prévaloir des dispositions des articles L. 111-15 et L. 421-9 du code de l'urbanisme pour contester l'application à sa demande des dispositions des articles N 2.1.2 et N 1.2.2 du règlement du plan local d'urbanisme.
12. Il résulte de ce qui précède qu'en refusant de délivrer le permis de construire sollicité, au motif que le projet était interdit par les articles N 2.1.2 et N 1.2.2 du règlement du plan local d'urbanisme, le maire de la commune de l'Ile d'Yeu n'a entaché sa décision ni d'une erreur de droit ni d'une erreur d'appréciation. Il résulte de l'instruction que le maire de l'Ile d'Yeu aurait pris la même décision en se fondant sur ce seul motif. Par suite, le requérant ne peut utilement se prévaloir de ce que l'arrêté attaqué serait entaché d'une erreur de droit ou d'une erreur d'appréciation au regard de l'article L. 121-16 du code de l'urbanisme.
13. Enfin, dès lors que la décision attaquée peut être légalement fondée sur le motif précédemment analysé, le requérant n'est pas fondé, en faisant état de la situation d'autres propriétés que la sienne sur la commune, à prétendre qu'il aurait été porté une atteinte illégale au principe d'égalité devant la loi.
14. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres motifs de la décision attaquée et sur la demande de substitution de motifs soulevée par la commune en défense, que la requête de M. B doit être rejetée, en toutes ses conclusions. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge du requérant une somme à verser à la commune de l'Ile d'Yeu au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de l'Ile d'Yeu au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et à la commune de l'Ile d'Yeu.
Délibéré après l'audience du 14 janvier 2025, à laquelle siégeaient :
Mme Douet, présidente,
Mme Thomas, première conseillère,
M. Brémond, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 février 2025.
La rapporteure,
S. THOMAS
La présidente,
H. DOUETLa greffière,
L. LÉCUYER
La République mande et ordonne au préfet de la Vendée en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026