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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2211026

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2211026

mardi 27 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2211026
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantBON-JULIEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 22 et 25 août 2022, M. B D et Mme C E, doivent être regardés comme demandant au juge des référés d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) la suspension de l'exécution de la décision du 20 mai 2022 par laquelle la commune de la Montagne a refusé leur demande de dérogation en vue d'inscrire leur fils A, dans une école maternelle de la commune ;

2°) la suspension de l'exécution de l'avis défavorable de la commune de F quant à la scolarisation de leur fils A, dans une école maternelle de la commune de la Montagne.

Ils soutiennent que le refus de dérogation opposé par la commune de la Montagne et l'avis défavorable de la commune de F quant à l'inscription de leur fils dans une école de la commune de la Montagne, alors qu'ils demeurent à F, est illégal en ce qu'il ne tient pas compte de l'intérêt de leur fils et se fonde sur des considérations uniquement financières : ayant des activités professionnelles contraignantes (cadre et aide-soignante), ils sont légitimes à solliciter une inscription de leur fils à l'école de la Montagne, plus proche de leur domicile, et au sein de laquelle est déjà inscrit leur autre enfant, dans un collège depuis deux ans.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 septembre 2022, la commune de la Montagne conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge des requérants la somme de 300 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par les requérants n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 septembre 2022, la commune de F, représentée par Me Bon-Julien conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge des requérants la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la condition d'urgence n'est pas remplie : les requérants n'invoquent aucune circonstance au titre de l'urgence ; de plus, les écoles publiques situées sur la commune de F sont proches de leur domicile, et accessibles en voiture et en transports en commun dans des temps de trajets limités (7 minutes en voiture, 14 minutes en transport en commun pour la plus proche) ;

- aucun des moyens soulevés par les requérants n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 10 juin 2022 sous le numéro 2207593 par laquelle M. D et Mme E, demandent l'annulation de la décision attaquée.

Vu le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Robert Nutte, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 8 septembre 2022 à 10 heures :

- le rapport de Mme Robert Nutte, juge des référés,

- les observations M. D et Mme E. Ils soutiennent que, pour accéder aux écoles de la commune de F, ils sont contraints à des détours, ce qui génère des temps trajets plus importants, alors que la circulation est souvent saturée ; la scolarisation de leur fils dans une école de la commune de F ajoute des contraintes dans leur quotidien et méconnaît l'intérêt supérieur de leur enfant, alors que le refus de dérogation n'est fondé que sur des considérations financières ; la carte scolaire est incohérente ;

- les observations du représentant de la commune de la Montagne ;

- et les observations de Me Bon-Julien, représentant la commune de F.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. D et Mme E, parents du jeune A,, demandent au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution, d'une part, de la décision du 20 mai 2022 par laquelle la commune de la Montagne a refusé leur demande de dérogation en vue d'inscrire leur fils dans l'école maternelle de la commune, d'autre part, de l'avis défavorable de la commune de F quant à la scolarisation de leur fils A, dans une école maternelle de la commune de la Montagne.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi de conclusions tendant à la suspension d'un acte administratif, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.

4. Pour justifier l'urgence d'une suspension de l'exécution des actes en cause, les requérants se bornent à soutenir que la scolarisation de leur fils à F est à l'origine de difficultés d'organisation et implique des temps de trajet plus importants que s'il était scolarisé dans une école de la commune de La Montagne, alors qu'ils exercent des professions contraignantes en terme de temps de travail. Toutefois, d'une part, ces allégations ne sont pas étayées, et d''autre part, il n'est pas contesté que l'école de la commune de F où le jeune A est scolarisé est accessible en voiture et en transport en commun ou scolaire. Si les intéressés soutiennent que le temps de trajet de 7 minutes en voiture entre leur domicile et l'école où est scolarisé leur fils à F, tel qu'indiqué par cette commune dans ses écritures, ne tient pas compte des difficultés de circulation, celles-ci ne peuvent, en tout état de cause, majorer ce temps, au point de caractériser une atteinte importante à leur situation. Les circonstances ainsi invoquées ne sont donc pas de nature à justifier de l'urgence qui s'attacherait à la suspension des effets des actes en cause. Par suite, la condition d'urgence au sens et pour l'application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne peut être regardée comme remplie.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité des actes en cause, ni sur la recevabilité des conclusions de la requête dirigées contre la commune de F, que les conclusions présentées par M. D et Mme E sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

6. Il n'apparaît pas inéquitable, dans les circonstances de l'espèce, de laisser à la charge des communes de F et de la Montagne, les frais exposés par celles-ci à l'occasion de l'instance et non compris dans les dépens. Les conclusions de la commune de F et de la commune de la Montagne présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent donc être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. D et Mme E est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune de F présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Les conclusions de la commune de la Montagne présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D, Mme E, à la commune de F et la commune de la Montagne.

Fait à Nantes, le 27 septembre 2022.

La juge des référés,

O. ROBERT NUTTE

Le greffier

J-F MERCERONLa République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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