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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2211050

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2211050

mardi 16 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2211050
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantBOURGEOIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 août 2022, M. C B, représenté par Me Bourgeois, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 juin 2022 par le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque ce délai sera expiré ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 75 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- elle n'est pas suffisamment motivée et elle n'a pas été précédée de l'examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;

- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour la prive de base légale ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour la prive de base légale ;

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- elle n'a pas été précédée de l'examen de sa situation personnelle et est entachée d'erreur de droit au regard de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 février 2023, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 novembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention relative aux droits de l'enfant, signée à New York, le 26 janvier 1990 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Thomas, première conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B, ressortissant turc né le 15 novembre 1984, est entré en France le 20 juin 2016 selon ses déclarations. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 7 août 2017 devenue définitive. M. B, qui s'est ensuite maintenu en situation irrégulière sur le territoire français, a sollicité son admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 28 juin 2022 dont M. B demande l'annulation, le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque ce délai sera expiré.

2. En premier lieu, par un arrêté du 11 avril 2022 paru au recueil des actes administratifs de la préfecture le jour même, le préfet de la Loire-Atlantique a, en cas d'absence ou empêchement simultané de Mme E, directrice de l'immigration et de l'intégration de la préfecture de la Loire-Atlantique et de son adjoint, M. D, donné délégation à Mme F G, cheffe du bureau du séjour à la préfecture et signataire de la décision attaquée, à l'effet de signer notamment les décisions portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination. Le moyen tiré de l'incompétence de cette signataire manque, dès lors, en fait.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué comporte les éléments de fait et de droit fondant le refus d'admission au séjour. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision doit être écarté. Conformément aux dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la décision portant obligation de quitter le territoire français est, en conséquence, régulièrement motivée. Par ailleurs, l'arrêté attaqué, qui vise notamment l'article L. 721-3 de ce code, constate que le requérant est de nationalité turque et qu'il lui est fait obligation de quitter le territoire français, ce dont résulte que la décision fixant le pays de destination en cas d'éloignement d'office à l'issue du délai de départ volontaire est, de ce seul fait, régulièrement motivée. Il ressort en outre des pièces du dossier, notamment de la motivation circonstanciée de l'arrêté attaqué, que, contrairement à ce que soutient M. B, le préfet de la Loire-Atlantique a procédé à un examen particulier et sérieux de sa situation personnelle avant de prendre cet arrêté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ".

5. M. B se prévaut de sa présence en France depuis l'année 2016. Toutefois, il s'est maintenu en situation irrégulière sur le territoire français après le rejet de sa demande d'asile. En outre, s'il se prévaut de la présence de cousins et produit quelques attestations de proches ou amis, ces éléments sont insuffisants pour considérer que l'intéressé a fixé le centre de ses attaches privées sur le territoire français, alors qu'il ressort des pièces du dossier que célibataire et sans charge de famille en France, il a vécu jusqu'à l'âge de 32 ans dans le pays dont il est le ressortissant. Par ailleurs, si M. B produit un contrat de travail à durée indéterminée en qualité d'ouvrier qui a donné lieu au bout de dix mois à une rupture conventionnelle le 13 avril 2010 et un contrat à durée déterminée conclu le 21 avril 2021 en qualité d'ouvrier carreleur, ces éléments ne constituent pas, par eux-mêmes, des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels ouvrant droit à l'admission exceptionnelle au séjour. Ainsi, les éléments relatifs à la situation personnelle, familiale et professionnelle du requérant ne suffisent pas à caractériser des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels au sens des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, le préfet a pu, sans entacher sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation, refuser de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement de ces décisions.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". En vertu de l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée à l'étranger " qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ".

7. Pour les mêmes motifs que ceux exposés précédemment et eu égard à la circonstance que M. B est célibataire et sans charges de famille en France et ne justifie pas être dépourvu d'attaches familiales en Turquie, le requérant n'établit pas, en dépit des attestations qu'il verse au dossier, entretenir des liens personnels avec la France, intenses, anciens et durables, tels que le refus de l'autoriser à séjourner et l'obligation qui lui est faite de quitter le territoire français dans un délai de trente jours porteraient à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs pour lesquels ces décisions ont été prises. Dans ces conditions, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, soulevés à l'encontre des décisions attaquées et en tout état de cause des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont le requérant se prévaut à l'encontre du refus d'admission au séjour, doivent être écartés. Pour les mêmes motifs, le préfet n'a pas davantage commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de ses décisions sur la situation personnelle de M. B.

8. En cinquième lieu, il résulte de ce qui a été dit quant à la légalité du refus de séjour que M. B n'est pas fondé à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de ce refus. Il n'est pas davantage fondé à soutenir que la décision fixant le pays de destination est illégale en raison de l'illégalité de ce refus ou de celle de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

9. En sixième lieu, aux termes du deuxième alinéa de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ".

10. Si M. B soutient que la décision contestée est entachée d'un défaut d'examen au regard de l'article précité, il n'apporte aucun élément de nature à démontrer qu'il serait exposé, en cas de retour dans son pays d'origine, à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme. Ce moyen ne peut, par suite, qu'être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Bourgeois.

Délibéré après l'audience du 2 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. A de Baleine, président,

Mme Thomas, première conseillère,

Mme Milin, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mai 2023.

La rapporteure

S. THOMAS

Le président,

A. A DE BALEINELa greffière,

L. LÉCUYER

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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