vendredi 16 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2211145 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | AH-FAH |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête enregistrée le 23 août 2022 sous le numéro 2211145 M. C B, représenté par Me Ah-Fah, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté le recours formé contre la décision de l'autorité consulaire française à Hô Chi Minh-Ville (Vietnam) refusant de lui délivrer un visa de long séjour en qualité de travailleur salarié ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de réexaminer sa demande de visa de long séjour mention salarié dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision implicite est illégale dès lors que ses motifs n'ont pas été communiqués en dépit d'une demande présentée en ce sens ;
- la décision est illégale dès lors qu'aucune demande de substitution de motif n'est légalement possible.
Par un mémoire en défense enregistré le 6 avril 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens de la requête sont dépourvus de fondement.
Par un mémoire enregistré le 10 avril 2023, non communiqué, M. C B, représenté par Me Ah-Fah, réitère ses conclusions et demande également au tribunal de surseoir à statuer dans l'attente de la communication de son diplôme de chef cuisinier en cuisine asiatique.
II. Par une requête enregistrée le 4 novembre 2022 sous le numéro 2214536, et un mémoire complémentaire enregistré le 1er mars 2023, M. C B et la SARL Kim Ha Long, représentés par Me Ah-Fah, doivent être regardés comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler la décision par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté le recours formé contre la décision de l'autorité consulaire française à Hô Chi Minh-Ville (Vietnam) refusant de lui délivrer un visa de long séjour en qualité de travailleur salarié ;
2°) d'annuler la décision du 31 août 2022 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a explicitement rejeté ce recours ;
3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de réexaminer sa demande de visa dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la décision implicite est illégale dès lors que ses motifs n'ont pas été communiqués dans le délai d'un mois, en dépit d'une demande présentée en ce sens ;
- la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France ne pouvait prendre une nouvelle décision après le délai d'un mois imparti pour la communication des motifs de sa décision implicite ;
- la décision est illégale dès lors qu'aucune demande de substitution de motif n'est légalement possible ;
- la décision est entachée d'erreur d'appréciation dès lors qu'il remplit les conditions d'obtention d'un visa de long séjour en qualité de travailleur salarié et qu'il n'existe aucun risque de détournement de l'objet du visa à des fins migratoires.
Par un mémoire en défense enregistré le 6 avril 2023 le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens de la requête sont dépourvus de fondement.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 14 avril 2023 :
- le rapport de Mme Chatal, rapporteure,
- et les observations de Me Ah-Fah, représentant le requérant.
Une note en délibéré présentée par M. B a été enregistrée le 1er mai 2023 dans l'affaire n° 2211145.
Considérant ce qui suit :
1. Par les requêtes n° 2211145 et 2214536, M. B, ressortissant vietnamien né en 1986, et la SARL Kim Ha Long, demandent au tribunal d'annuler les décisions implicite et explicite par lesquelles la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre la décision de l'autorité consulaire française à Hô Chi Minh-Ville refusant de délivrer à M. B un visa de long séjour en qualité de travailleur salarié.
2. Les requêtes n° 2211145 et 2214536 présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre pour y statuer par une même décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les décisions attaquées :
3. Lorsque le silence gardé par l'administration sur une demande dont elle a été saisie a fait naître une décision implicite de rejet, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement se substitue à la première décision. Dans ce cas, des conclusions à fin d'annulation de cette première décision doivent être regardées comme dirigées contre la seconde.
4. En l'espèce, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a accusé réception du recours du demandeur de visa le 28 avril 2022 de sorte qu'une décision implicite de rejet de ce recours est née à l'expiration d'un délai de deux mois suivant cette date. Si les requérants justifient avoir sollicité la communication des motifs de cette décision implicite, la lettre de la commission datée du 1er septembre 2022 ne procède pas à la communication des motifs de la décision implicite mais informe le demandeur que la commission s'est réunie le 31 août 2022 et qu'elle a explicitement rejeté son recours. Il y a donc lieu de considérer les conclusions des deux requêtes comme étant dirigées contre la seule décision explicite du 31 août 2022.
5. Par conséquent, d'une part, le moyen des requêtes tiré de l'absence de communication, dans le délai d'un mois prévu à l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration, des motifs de la décision implicite de la commission, à laquelle s'est automatiquement substituée la décision explicite du 31 août 2022, doit être écarté comme inopérant.
6. D'autre part, aucune disposition légale ou réglementaire n'interdisant à la commission de statuer par une décision explicite intervenant plus d'un mois après la présentation d'une demande de communication des motifs d'une décision implicite de rejet du recours formé en application de l'article D. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile contre une décision de refus de visa, le moyen de la requête tiré de l'illégalité pour ce motif de la décision explicite du 31 août 2022 doit être écarté comme manquant en fait.
En ce qui concerne l'adéquation entre le profil du demandeur et l'emploi envisagé en France, et l'existence d'un risque de détournement de l'objet du visa :
7. Aux termes de l'article L. 312-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Tout étranger souhaitant entrer en France en vue d'y séjourner pour une durée supérieure à trois mois doit solliciter auprès des autorités diplomatiques et consulaires françaises un visa de long séjour dont la durée de validité ne peut être supérieure à un an. / Ce visa peut autoriser un séjour de plus de trois mois à caractère familial, en qualité de visiteur, d'étudiant, de stagiaire ou au titre d'une activité professionnelle, et plus généralement tout type de séjour d'une durée supérieure à trois mois conférant à son titulaire les droits attachés à une carte de séjour temporaire ou à la carte de séjour pluriannuelle prévue aux articles L. 421-9 à L. 421-11 et L. 421-13 à L. 421-24. ".
8. La circonstance qu'un travailleur étranger dispose d'une autorisation de travail délivrée par les services du ministère de l'intérieur ne fait pas obstacle à ce que l'autorité compétente refuse de lui délivrer un visa d'entrée en France en se fondant, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, sur tout motif d'intérêt général. Constitue un tel motif l'inadéquation entre l'expérience professionnelle et l'emploi sollicité et, par suite, le détournement de l'objet du visa à des fins migratoires.
9. M. B justifie de ce qu'une autorisation de travail a été délivrée par la DDETS des Pyrénées Orientales le 7 juin 2021 à la SARL Kim Ha Long afin de permettre son recrutement par cette société en qualité de cuisinier en contrat à temps complet à durée indéterminée. Il soutient avoir exercé comme cuisinier auprès d'un traiteur au Vietnam depuis le début de l'année 2013 et avoir donné sa démission le 20 janvier 2022 dans la perspective de venir travailler en France. Le requérant verse à l'appui de ses déclarations une " demande d'attestation ", dont il a fait établir la traduction du vietnamien au français, par laquelle il sollicite une autorité locale au Vietnam le 1er août 2022 afin que celle-ci atteste de l'exactitude de ses déclarations concernant son activité professionnelle passée. Il produit également une attestation de même nature, établie le 27 juillet 2022 à destination de la même autorité locale, par M. A D, se présentant comme son employeur de 2013 à 2022, gérant une entreprise spécialisée dans l'activité de traiteur, qui précise son identité, sa date de naissance et son adresse, le numéro de sa licence d'exploitation, la nature de son activité, l'identité, la date de naissance et l'adresse de M. B. Le requérant verse également au dossier les traductions en français de plusieurs documents comprenant notamment la carte nationale d'identité de M. A D, précédent employeur du requérant, et la certification par l'autorité locale saisie de ce que celui-ci a bien fait enregistrer son activité de service de cuisine. Dans les circonstances de l'espèce, eu égard à la précision des informations communiquées et à la diversité des documents produits, le requérant doit être regardé comme justifiant de son expérience professionnelle passée comme cuisinier au Vietnam. M. B est donc bien fondé à soutenir qu'en rejetant son recours au motif que son profil ne serait pas en adéquation avec l'emploi de cuisinier en France, la commission a entaché sa décision d'erreur d'appréciation.
10. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier que M. B est marié avec une ressortissante vietnamienne avec laquelle il a deux enfants nés en 2012 et 2017 et qu'il justifie donc d'attaches personnelles importantes au Vietnam. Dès lors, et compte tenu de ce qui a été dit au point précédent, le requérant est bien fondé à soutenir qu'en rejetant son recours au motif que sa situation personnelle révélait l'existence d'un risque de détournement de l'objet du visa, la commission a entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation.
11. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens des requêtes, qu'il y a lieu d'annuler la décision du 31 août 2022 de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
12. Il y a lieu de faire droit aux conclusions de M. C B tendant au réexamen de sa demande de visa de long séjour en qualité de travailleur salarié. Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire procéder à ce réexamen dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
13. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser au requérant en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : La décision du 31 août 2022 de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire procéder au réexamen de la demande de isa de long séjour en qualité de travailleur salarié de M. C B, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à M. C B une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 14 avril 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Douet, présidente,
Mme Roncière, première conseillère,
Mme Chatal, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 juin 2023.
La rapporteure,
A. CHATALLa présidente,
H. DOUETLa greffière,
A.-L. LE GOUALLEC
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Nos 2211145,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026