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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2211357

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2211357

jeudi 29 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2211357
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantPRUDHON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 30 août 2022, 13 et 14 septembre 2022, M. A D B, et M. C B représentés par Me Prudhon, demandent au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 17 août 2022 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement refusé de leur délivrer un visa de court séjour pour raisons médicales ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de procéder à un nouvel examen de leur demande de visa dans un délai de 15 jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 400 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la condition d'urgence est satisfaite dès lors que la décision attaquée fait obstacle à ce que le jeune C bénéficie de soins indispensables à son état de santé, en France, qui ont déjà dû être reportés, et dont les frais ont été réglés ; l'urgence médicale et la nécessité d'un suivi en France sont attestées, notamment, par le médecin mandaté par le consulat ; il ne saurait leur être reproché un défaut de diligence

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

* elle est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen de leur situation ;

* elle est entachée d'erreurs de fait ;

* elle méconnaît les dispositions de l'article R. 313-1 3° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ; l'objet du visa est justifié ;

* elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de la fiabilité de l'objet et des conditions de séjour ; le temps de trajet entre l'hôtel et le lieu des soins, invoqué par le ministre de l'intérieur, ne saurait suffire à démontrer l'absence de fiabilité de leurs conditions de séjour ;

* elle est entachée d'une erreur de qualification juridique des faits et d'une erreur de droit, au regard des dispositions de l'article R. 313-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; M. D B dispose de moyens de subsistance suffisants pour prendre en charge les frais liés à son séjour et celui de son fils ;

* elle est entachée d'erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation ; M. D B justifie pour lui-même et son fils d'une assurance voyage conformément aux dispositions des articles R. 313-3 à R. 313-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile :

* les examens médicaux ont déjà été reportés ;

* ils présentent des garanties de retour suffisantes : M. D B justifie d'une situation professionnelle stable et de biens immobiliers au Congo ; il a toujours respecté les termes des précédents visas qui lui ont été délivrés ; il n'a aucune perspective professionnelle en France, compte tenu du caractère réglementé de sa profession ;

* elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 septembre 2022, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la condition d'urgence n'est pas remplie : les requérants ont manqué de diligence dans la contestation des refus de visa qui leur ont été opposés, ce qui est contradictoire avec l'urgence vitale pour M. B de bénéficier de soins en France ; aucune aggravation de l'état de santé de M. B n'est établie ;

- aucun des moyens soulevés par les requérants, n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 30 août 2022 sous le numéro 2211369 par laquelle MM. B et B D, demandent l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Robert Nutte, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 14 septembre 2022 à 10h30 heures :

- le rapport de Mme Robert-Nutte, juge des référés,

- les observations de Me Leudet, substituant Me Prudhon, représentant MM. B et B D. Me Leudet conteste le manque de diligence des requérants et soutient que M. B D justifie de fortes attaches au Congo, où il exerce les fonctions d'huissier de justice et où résident son épouse et leurs huit enfants. Elle précise que M. B souffre de crises convulsives depuis l'âge de 8 ans et que compte tenu de son handicap, n'est pas scolarisé.

- et les observations du représentant du ministre de l'intérieur. Il conteste le caractère urgent de la requête, dès lors que le médecin de l'ambassade ne fait pas état d'une urgence vitale et que M. B souffre de crises depuis l'âge de 3 mois ; les requérants ne justifient pas d'une assurance couvrant leurs frais de santé durant toute la durée de leur séjour, celle-ci prenant fin le 6 juin 2022 alors que le retour était fixé au 7 juin 2022.

La clôture de l'instruction a été fixée au 14 septembre 2022 à 14 heures.

Des mémoires présentés pour les requérants ont été enregistrés les 20 et 22 septembre 2022, postérieurement à la clôture de l'instruction, et n'ont pas été communiquées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B D et M. B, son fils, ressortissants congolais (République du Congo), nés respectivement les 3 avril 1973 et 6 mai 2004, demandent au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision du 17 août 2022 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement refusé de leur délivrer un visa de court séjour pour raisons médicales.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

En ce qui concerne la condition d'urgence :

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le demandeur, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence s'apprécie objectivement compte tenu de l'ensemble des circonstances de chaque espèce.

4. Il résulte de l'instruction que M. B souffre de crises convulsives et est atteint d'épilepsie depuis l'âge de huit ans. Par un certificat médical du 14 avril 2022, le médecin conseil auprès du consulat général de France à Pointe-Noire a attesté qu'une prise en charge spécialisée en épileptologie de M. B est indispensable et que " devant l'insuffisance du plateau technique congolais, l'évacuation sanitaire dans une structure de soins hautement spécialisée est recommandée ". En mai 2022, l'intéressé a été admis en urgence dans les services de neurologie de l'hôpital de Pointe-Noire, pour une altération de la conscience suite à des crises convulsives généralisées dans un contexte fébrile. Compte tenu de l'état de santé ainsi médicalement attesté et de la prise en charge qu'il nécessite, M. B a été orienté vers l'hôpital fondation Adolphe de Rothschild, à Paris, où des examens et soins en neurologie et génétique, dont les frais ont été réglés, ont été fixés en mai 2022, puis reportés en septembre 2022. Compte tenu du caractère nécessaire de cette prise en charge qui ne peut être assurée dans le pays d'origine des requérants, la décision attaquée porte atteinte de manière suffisamment grave et immédiate à leur situation. Par suite, alors que ceux-ci n'ont pas manqué de diligence particulière dans leurs démarches en vue d'obtenir les visas litigieux, la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie.

En ce qui concerne la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée :

5. Les moyens invoqués par les requérants à l'appui de leur demande de suspension et tirés de ce que la décision contestée est entachée d'erreurs manifestes d'appréciation, de la fiabilité de l'objet et des conditions de leur séjour, et en ce qu'ils présentent des garanties de retour suffisantes, sont, en l'état de l'instruction, de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée.

6. Il résulte de tout ce qui précède que les deux conditions prévues par les dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code justice administratives étant remplies, il y a lieu de suspendre l'exécution de la décision du 17 août 2022 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement refusé de délivrer aux requérants, un visa de court séjour pour raisons médicales.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

7. L'exécution de la présente ordonnance implique nécessairement, dans les circonstances de l'espèce, d'enjoindre au ministre de l'intérieur de procéder à un nouvel examen des demandes de visa de court séjour de M. B et M. B D, dans un délai de quinze jours, à compter de la notification de la présente ordonnance. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés à l'instance :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, une somme de 800 euros au titre des frais exposés par MM. B et B D et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de la décision du 17 août 2022 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement refusé de délivrer un visa de court séjour pour raisons médicales, à MM. B et D B est suspendue.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de procéder à un nouvel examen des demandes de visa de court séjour pour raisons médicales de MM. B et D B, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de cette ordonnance.

Article 3 : L'Etat versera à MM. B D et B la somme de 800 euros (huit cents euros) au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B D, M. B, au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Fait à Nantes, le 29 septembre 2022.

La juge des référés,

O. ROBERT-NUTTE

La greffière,

G. PEIGNÉLa République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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