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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2211380

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2211380

jeudi 30 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2211380
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation12eme chambre
Avocat requérantSELARL R & P AVOCATS - OLIVIER RENARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 31 août 2022 et le 18 octobre 2023, M. A B, représenté par Me Renard, demande au tribunal :

1°) d'annuler en toutes ses décisions l'arrêté du 14 juin 2022 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de départ volontaire de trente jours, laquelle obligation fixe le pays de destination en cas de reconduite d'office à l'issue de ce délai ;

2°) à titre principal, d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le mois suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de réexaminer sa situation dans le mois suivant la notification du jugement à intervenir et de le munir dans cette attente d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 800 euros au profit de son conseil qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la compétence de la signataire de la décision de refus de séjour n'est pas établie ;

- la décision de refus de séjour est insuffisamment motivée ;

- la décision de refus de séjour est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- la décision de refus de séjour porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ;

- la décision de refus de séjour est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision de refus de séjour méconnaît le 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et est entachée d'un défaut d'examen à cet égard ;

- le signataire de l'obligation de quitter le territoire français ne justifie pas de sa compétence ;

- l'obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;

- l'obligation de quitter le territoire français est illégale à raison de l'illégalité de la décision de refus de séjour ;

- l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation et porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

- l'obligation de quitter le territoire français méconnaît le 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et est entachée d'un défaut d'examen à cet égard ;

- le signataire de la décision fixant le pays de renvoi ne justifie pas de sa compétence ;

- la décision fixant le pays de renvoi est insuffisamment motivée ;

- la décision fixant le pays de renvoi est illégale à raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire enregistré le 10 octobre 2023, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par une décision du 22 août 2022, M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Milin ;

- les observations de Me Lejosne, substituant Me Renard, avocat de M. B ;

- les observations de M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant camerounais né en 1994, est entré irrégulièrement en France au mois de novembre 2014 selon ses déclarations. A une date qui ne ressort pas des pièces du dossier, il a sollicité du préfet de la Loire-Atlantique un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 ou de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté attaqué du 14 juin 2022, le préfet a rejeté cette demande et assorti ce rejet d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de départ volontaire de trente jours, laquelle obligation fixe le pays de destination en cas de reconduite d'office à l'issue de ce délai.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. (). ".

3. Il ressort des pièces du dossier que M. B est entré en France au mois de novembre 2014. Le 20 janvier 2015, il a reconnu en mairie de Nantes un enfant né le 10 août 2014 à Orléans de sa relation avec une ressortissante gabonaise résidant régulièrement en France. Cet enfant ayant toutefois déjà été reconnu par un ressortissant français, le requérant a engagé une action en contestation de paternité. Le tribunal de grande instance d'Orléans, après avoir diligenté une expertise visant à déterminer le pourcentage de chances de paternité de chacun des deux déclarants, a, au vu de cette expertise, dit que M. B est le père de l'enfant. Il ressort des pièces du dossier, et notamment de l'attestation établie par la mère de l'enfant, qui est corroborée par d'autres pièces du dossier telles que les échanges numériques entre elle et M. B et les factures d'achats effectués au profit de l'enfant, que le requérant entretient des relations régulières avec son fils, plus spécifiquement depuis que sa paternité a été reconnue, en lui rendant visite le week-end et en l'accueillant durant les vacances, et participe sporadiquement à son entretien. Il n'est pas allégué par le préfet de la Loire-Atlantique que le séjour régulier en France de la mère de l'enfant, de nationalité gabonaise et qui travaille en France, présenterait un caractère précaire, ni d'ailleurs que M. B serait père d'autres enfants, dans son pays d'origine. Il ressort également des pièces du dossier que le frère et la sœur de M. B résident régulièrement en France avec leurs conjoints et enfants respectifs et que le requérant entretient également des relations suivies et étroites avec eux. Dans ces conditions, compte tenu de l'ancienneté, de l'intensité et de la stabilité des liens personnels et familiaux en France de M. B, le préfet de la Loire-Atlantique, en refusant de délivrer un titre de séjour à ce dernier, a, dans les circonstances de l'espèce, porté une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale et a méconnu, en conséquence, les dispositions et stipulations susmentionnées. Pour ce seul motif, le refus de titre de séjour attaqué doit être annulé. Il en va de même, par voie de conséquence, de l'obligation qui lui a été faite de quitter le territoire français et de la décision fixant le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

4. Le présent jugement implique nécessairement qu'un titre de séjour soit délivré à

M. B. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de munir l'intéressé d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois suivant la notification du présent jugement, et de lui délivrer dans l'intervalle une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

5. M. B ayant obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Renard renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 14 juin 2022 du préfet de la Loire-Atlantique est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Loire-Atlantique de délivrer à M. B une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, en lui délivrant dans l'intervalle une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.

Article 3 : L'Etat versera à Me Renard, la somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Renard renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Renard.

Délibéré après l'audience du 16 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Gourmelon, présidente,

Mme Milin, première conseillère,

M. Cordrie, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 novembre 2023.

La rapporteure,

C. MILINLa présidente,

V. GOURMELON

La greffière,

F. ARLAIS

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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