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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2211584

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2211584

lundi 12 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2211584
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationOQTF 6 semaines - 1ère chambre
Avocat requérantLAPLANE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés le 2 septembre 2022 et le 24 novembre 2022, M. C A, représenté par Me Laplane, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 août 2022 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination en cas de reconduite d'office à l'issue de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de lui délivrer un récépissé valant autorisation provisoire de séjour, jusqu'à ce qu'il ait statué sur sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve de la renonciation par son conseil à la part contributive de l'Etat dans le cadre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'incompétence de son auteur et n'est pas motivée ;

- elle est entachée d'une méconnaissance du 4° de l'article L.611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il bénéficie d'une protection en Italie ainsi qu'en atteste un document émanant du ministère de l'intérieur, qui n'a pas donné lieu à remise d'un titre de séjour ;

- elle est entachée d'une violation de son droit d'être entendu ;

- la décision fixant le pays de renvoi méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 octobre 2022, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

M. A a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. B, magistrat honoraire, pour statuer sur les litiges visés au I bis et au II de l'article L. 512-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile concernant les cas où l'étranger fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sur le fondement des 1°, 2°, 4° ou 6° du I de l'article L. 511-1 du même code.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Lesigne, magistrat désigné,

- les observations de Me Laplane, avocat de M. A, qui conclut aux mêmes fins que sa requête ; il soutient en outre que l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut de base légale.

- les observations de M. A.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Une note en délibéré communiquée par le requérant a été enregistrée le 24 novembre 2022.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, ressortissant érythréen, né le 15 octobre 1989, est arrivé en France de manière irrégulière le 25 janvier 2020 et a sollicité le statut de réfugié. Cette demande a été rejetée comme irrecevable par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides par une décision du 28 octobre 2021. Le requérant a interjeté appel de cette décision devant la Cour nationale du droit d'asile, qui a audiencé l'affaire le 23 août 2022. Par la décision attaquée du 12 août 2022, le préfet de la Loire-Atlantique lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé l'Italie comme pays de destination en cas de reconduite d'office à l'issue de ce délai, dès lors qu'il bénéficie d'un titre de séjour dans ce pays.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 621-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Peut faire l'objet d'une décision de remise aux autorités compétentes d'un Etat membre de l'Union européenne, de la République d'Islande, de la Principauté du Liechtenstein, du Royaume de Norvège ou de la Confédération suisse l'étranger qui, admis à entrer ou à séjourner sur le territoire de cet Etat, a pénétré ou séjourné en France sans se conformer aux dispositions des articles L. 311-1, L. 311-2 et L. 411-1, en application des dispositions des conventions internationales conclues à cet effet avec cet État, en vigueur au 13 janvier 2009 ". Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; ". Il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée a été prise sur le fondement de ces dernières dispositions, alors que le requérant a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire accordée par les autorités italiennes ainsi qu'en atteste le document produit par le préfet en cours d'instance, lequel mentionne qu'un permis de séjour lui a été délivré, valable jusqu'au 5 novembre 2023. Dans ces conditions, et s'agissant d'une protection accordée dans un pays de l'Union européenne, le préfet ne pouvait valablement édicter une obligation de quitter le territoire français sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 précité en fixant l'Italie comme pays de destination. Le préfet de la Loire-Atlantique a en conséquence entaché sa décision d'un défaut de base légale et la décision attaquée doit être annulée, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête.

3. L'annulation de la décision attaquée implique nécessairement qu'il soit enjoint au préfet de la Loire-Atlantique de réexaminer le cas de M. A et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente de ce réexamen.

Sur les frais liés au litige :

4. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de la Loire-Atlantique en date du 12 août 2022 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Loire-Atlantique de réexaminer le cas de M. A et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente de ce réexamen.

Article 3 : Le surplus des conclusions est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Laplane.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 décembre 2022.

Le magistrat désigné,

F. B La greffière,

L. LECUYER

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier

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