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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2211627

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2211627

lundi 6 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2211627
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation- 96h - Eloignement
Avocat requérantAH-FAH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I) Par une requête, enregistrée le 3 septembre 2022, M. D B C, représenté par Me Ah-Fah, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 juin 2022 par lequel le préfet de la Vendée a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet de réexaminer sa demande de titre de séjour, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, et de lui restituer son passeport, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil de la somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le caractère incomplet de sa demande de titre de séjour ne pouvait pas lui être opposé en l'absence de demande par les services de la préfecture de pièces complémentaires

- le préfet a méconnu son droit d'être entendu ;

- si sa demande de carte de séjour " recherche d'emploi ou création d'entreprise " avait été sérieusement instruite, elle n'aurait pas nécessairement abouti à un refus de titre et à une décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- il s'est heurté à une absence d'écoute lors de sa demande de renouvellement de sa carte de séjour temporaire " étudiant " ;

- la prolongation du délai d'instruction de sa demande de renouvellement de son titre de séjour " étudiant ", au-delà du délai de 90 jours prévu par l'article R. 422-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a nécessairement diminué ses chances de trouver un emploi et la réussite de ses études ;

- il pouvait demander la carte de séjour " recherche d'emploi ou création d'entreprise ", même deux ans après l'obtention de son master ;

- ses études en France sont assidues, réussies et cohérentes ;

- par voie de conséquence de l'annulation de l'arrêté du 22 juin 2022, son passeport devra lui être restitué.

La procédure a été communiquée au préfet de la Vendée qui n'a pas produit d'observations.

II) Par une requête et un mémoire, enregistrés les 23 février et 2 mars 2023, M. D B C, représenté par Me Ah-Fah, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 juin 2022 par lequel le préfet de la Vendée a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office ;

2°) d'annuler la décision du 20 janvier 2023 par laquelle le préfet de la Vendée a refusé de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " recherche d'emploi ou création d'entreprise " ;

3°) d'annuler l'arrêté du 31 janvier 2023 par lequel le préfet de la Vendée l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;

4°) d'enjoindre au préfet de réexaminer sa demande de titre de séjour, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, et de lui restituer son passeport, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il n'a pas pu faire inscrire sa demande de carte de séjour " recherche d'emploi ou création d'entreprise ", ce qui entache d'illégalité l'arrêté du 22 juin 2022, qui doit être annulé, ainsi que par voie de conséquence l'arrêté portant assignation à résidence ;

- la décision du 20 janvier 2023 est entachée d'erreur de droit, dès lors que son diplôme de master est enregistré au répertoire national des certifications professionnelles ;

- en ce qui concerne l'assignation à résidence, il n'a pas été interrogé sur l'impossibilité de quitter immédiatement le territoire ; il n'existe aucun risque de fuite ; les sujétions qui lui sont imposées, en particulier la présentation muni de ses effets personnels, sont excessives.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 février 2023, le préfet de de la Vendée conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Gauthier, premier conseiller, pour exercer les pouvoirs que lui confère l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 28 février 2023 à 10h35 :

- le rapport de M. Gauthier, magistrat désigné ;

- et les observations de Me Ah-Fah, représentant M. B C, en présence de celui-ci.

La clôture de l'instruction a été reportée au 3 mars 2023 à 10h00.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C, ressortissant congolais né le 22 décembre 1992 à Brazzaville, déclare être entré régulièrement en France le 21 janvier 2014 muni d'un visa de long séjour " étudiant ", valable du 18 janvier 2014 au 18 janvier 2015 et a bénéficié d'un titre de séjour en cette qualité renouvelé tous les ans jusqu'au 25 mars 2022. Il a sollicité le renouvellement de son titre " étudiant ". Par sa requête n° 2211627, M. B C demande l'annulation de l'arrêté du 22 juin 2022 par lequel le préfet de la Vendée a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office. Le 7 novembre 2022, M. B C a sollicité la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " recherche d'emploi ou création d'entreprise ". Par sa requête n° 23027427, M. B C demande l'annulation de l'arrêté du 22 juin 2022, de la décision du 20 janvier 2023 par laquelle le préfet de la Vendée a refusé de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " recherche d'emploi ou création d'entreprise ", et de l'arrêté du 31 janvier 2023 par lequel le préfet de la Vendée l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.

2. Les requêtes n° 2211627 et 2302742 ont fait l'objet d'une instruction commune, il y a lieu de les joindre pour statuer par un même jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les refus de titre de séjour :

3. Il résulte des dispositions des articles L. 614-1 et L. 614-7 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le législateur a entendu organiser une procédure spéciale afin que le juge administratif statue rapidement sur la légalité des mesures relatives à l'éloignement des étrangers, hors la décision refusant le séjour, lorsque ces derniers sont assignés à résidence. Dès lors, il n'appartient pas au magistrat désigné par le président du tribunal administratif de se prononcer sur les conclusions tendant à l'annulation d'une décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour dont il pourrait être saisi. Par suite, les conclusions à fin d'annulation et d'injonction dirigées contre les décisions de refus de séjour des 22 juin 2022 et 20 janvier 2023 doivent être renvoyées devant une formation collégiale du présent tribunal.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire :

4. En premier lieu, si M. B C soutient que le caractère incomplet de sa demande de titre de séjour ne pouvait pas lui être opposé en l'absence de demande par les services de la préfecture de pièces complémentaires, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision attaquée aurait été prise en raison du caractère incomplet de la demande de titre.

5. En deuxième lieu, M. B C n'établit, ni même n'allègue avoir sollicité en vain un entretien avec les services préfectoraux, ni avoir été empêché de s'exprimer avant que ne soit prise l'obligation de quitter le territoire en litige. En tout état de cause, il ne fait état à la présente instance d'aucune circonstance qui, si elle avait pu être portée plus tôt à la connaissance du préfet de la Vendée, aurait pu faire obstacle à l'édiction de la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de son droit d'être entendu doit être écarté.

6. En troisième lieu, M. B C soutient que si sa demande de carte de séjour " recherche d'emploi ou création d'entreprise " avait été sérieusement instruite, elle n'aurait pas nécessairement abouti à un refus de titre et à une décision portant obligation de quitter le territoire français. Toutefois, par les pièces qu'il produit, le requérant n'établit pas avoir demandé une carte de séjour " recherche d'emploi ou création d'entreprise " avant l'édiction de l'arrêté du 22 juin 2022 attaqué. Par suite, le moyen doit être écarté.

7. En quatrième lieu, M. B C n'établit pas s'être heurté à une absence d'écoute lors de sa demande de renouvellement de sa carte de séjour temporaire " étudiant ".

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article R. 422-5 du même code : " La décision du préfet sur la demande de délivrance de la carte de séjour temporaire portant la mention "étudiant " prévue aux articles L. 422-1 ou L. 422-2, ou de la carte de séjour temporaire ou pluriannuelle portant la mention " étudiant-programme de mobilité " prévue aux articles L. 422-5 ou L. 422-6 est notifiée par écrit à l'étranger dans les meilleurs délais et au plus tard dans les quatre-vingt-dix jours à compter de la date d'introduction de la demande complète. Par dérogation à l'article R. 432-2, le silence gardé par l'autorité administrative sur la demande fait naître une décision implicite de rejet au terme d'un délai de quatre-vingt-dix jours ".

9. La circonstance que la prolongation du délai d'instruction de la demande de renouvellement de titre de séjour " étudiant ", au-delà du délai de 90 jours prévu par l'article R. 422-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, aurait diminué les chances du requérant de trouver un emploi et la réussite de ses études demeure sans incidence sur la légalité de la décision attaquée.

10. La circonstance que M. B C pouvait demander la carte de séjour " recherche d'emploi ou création d'entreprise ", même deux ans après l'obtention de son master, demeure sans incidence sur la légalité de la décision attaquée.

11. Il ressort des pièces du dossier qu'après l'obtention d'un mastère européen en management des ressources humaines-spécialité recrutement en juin 2020, M. B C a produit une attestation d'inscription auprès de l'ESC, école de langues et communication pour les années scolaires 2020-2021 et 2021-2022 sans justifier de la cohérence du parcours suivi ni l'obtention d'aucun diplôme. Dans ces conditions, M. B C, qui ne justifie pas de la réalité et du sérieux des études poursuivies, n'est pas fondé à soutenir que ses dernières études en France seraient assidues, réussies et cohérentes.

12. Il résulte de ce qui précède que M. B C n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision du 22 juin 2022 lui refusant le séjour à l'encontre de la décision attaquée portant obligation de quitter le territoire.

13. Il résulte de tout ce qui précède que M. B C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne l'arrêté portant assignation à résidence :

14. Si M. B C soutient qu'il n'a pas pu faire inscrire sa demande de carte de séjour " recherche d'emploi ou création d'entreprise ", cette circonstance, au demeurant non établi par les pièces du dossier, demeure sans incidence sur la légalité de l'arrêté du 22 juin 2022. Par suite, le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation, par voie de conséquence, de l'arrêté portant assignation à résidence.

15. Aux termes de l'article L. 421-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ayant obtenu un diplôme équivalent au grade de master ou pouvant attester d'une expérience professionnelle d'au moins cinq ans d'un niveau comparable et qui, justifiant d'un projet économique réel et sérieux, crée une entreprise en France, se voit délivrer une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " passeport talent " d'une durée maximale de quatre ans. / Cette carte permet l'exercice d'une activité commerciale en lien avec la création de l'entreprise ayant justifié sa délivrance ".

16. Si M. B C soutient que la décision du 20 janvier 2023 est entachée d'erreur de droit, dès lors que son diplôme de master est enregistré au répertoire national des certifications professionnelles, il n'établit pas, par cette seule circonstance, justifier d'un droit au séjour sur le fondement des articles L. 421-16 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

17. Il résulte du point précédent que M. B C n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision du 20 janvier 2023 lui refusant le séjour à l'encontre de l'arrêté attaquée portant assignation à résidence.

18. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé () ".

19. M. B C fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré et est, par suite, au nombre des étrangers susceptibles de faire l'objet d'une assignation à résidence.

20. Le requérant, par les documents qu'il verse aux débats, ne démontre pas que l'exécution du transfert ne demeurerait pas une perspective raisonnable. Le préfet a pu légalement assortir sa décision d'assignation à résidence de l'obligation pour l'intéressé de se présenter à l'unité de gendarmerie des Herbiers tous les mardis et jeudis sauf les jours fériés, compte tenu de la nécessité de mettre en œuvre aussi rapidement que possible l'éloignement de l'étranger.

21. Toutefois, l'obligation faite à l'intéressé de se présenter " avec ses effets personnels ", excède dans cette dernière mesure ce qui est nécessaire et adapté à la nature et à l'objet de cette présentation, dont l'objectif est uniquement de s'assurer que l'intéressé n'a pas quitté le périmètre dans lequel il est assigné. Le requérant est par suite fondé à soutenir que le préfet de la Vendée, en lui imposant, par l'arrêté attaqué, de se munir de ses effets personnels lors de sa présentation à la permanence de la gendarmerie, a pris une mesure qui n'est ni nécessaire ni adaptée à l'objectif poursuivi. Il y a lieu en conséquence d'annuler la décision contestée dans cette seule mesure.

22. Il résulte de tout ce qui précède que M. B C est seulement fonder à demander l'annulation de l'arrêté du 31 janvier 2023 l'assignant à résidence en tant qu'il lui fait obligation de se munir de ses effets personnels pour se présenter à l'unité de gendarmerie des Herbiers.

Sur les frais liés au litige :

23. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions de M. B C présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Les conclusions de M. B C tendant à l'annulation des décisions des 22 juin 2022 et 20 janvier 2023 lui refusant la délivrance d'un titre de séjour et celles à fin d'injonction y afférentes sont renvoyées devant une formation collégiale du tribunal.

Article 2 : L'arrêté du 31 janvier 2023 assignant à résidence M. B C est annulé en tant qu'il lui fait obligation de se munir de ses effets personnels pour se présenter à l'unité de gendarmerie des Herbiers.

Article 3 : Le surplus des conclusions des requêtes n° 2211627 et 2302742 est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. D B C et au préfet de la Vendée.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 mars 2023.

Le magistrat désigné,

E. GAUTHIER

La greffière,

M. ALa République mande et ordonne au préfet de la Vendée, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier, 230274

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