mercredi 21 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2211644 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | SELARL CORNET VINCENT SEGUREL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées les 5 et 7 septembre 2022, suivies d'un mémoire en réplique le 19 septembre 2022 à 09h19, M. C B et Mme D B, représentés par Me Lefèvre, demandent au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté n° PC 044 012 21 D1108 du 15 février 2022 par lequel la commune de la Bernerie-en-Retz (Loire-Atlantique) a délivré un permis de construire à M. et Mme A en vue de la construction d'une maison individuelle après la démolition de la maison existante et d'une dépendance, sur un terrain situé 5, Impasse Crève-cœur à la Bernerie-en-Retz, correspondant aux parcelles cadastrées section AD n° 197 et n° 198, ainsi que la décision du 20 avril 2022 portant rejet du recours gracieux formalisé le 13 avril et reçu en mairie le 15 suivant ;
2°) de mettre à la charge de la commune de la Bernerie-en-Retz la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- ils disposent d'un intérêt pour agir ; ils sont propriétaires d'une parcelle située à proximité immédiate du terrain d'assiette du projet sur laquelle est édifiée une résidence secondaire. Le projet de M. et Mme A va porter une atteinte considérable aux conditions de
jouissance et d'occupation de leur bien dans cette station balnéaire. En effet, à ce jour ils disposent depuis leur résidence secondaire d'une situation très privilégiée avec une proximité particulièrement appréciable avec le rivage, qui est accessible immédiatement depuis un chemin partant de l'Impasse crève-Cœur. Leur maison est en surplomb par rapport à la construction actuelle édifiée sur le terrain de M. et Mme A. De ce fait, et au regard de la faible hauteur du bâti existant, ils bénéficient d'une vue sur mer plus qu'agréable. Or, à l'occasion du projet de M. et Mme A, la hauteur de la future construction, sur 2 niveaux sera très nettement supérieure à celle de l'existant et va les priver de leur vue sur mer. La perte de cette qualité substantielle de leur bien, vue qui par ailleurs confère au bien une plus-value primordiale, vient perturber les conditions de jouissance et d'occupation de leur bien, leur causant de ce fait un préjudice indéniable et considérable. En outre, la conception résolument moderne en rupture manifeste avec les constructions alentours et le fait qu'elle sera située pour partie en bordure de la voie publique vont, là encore, modifier de manière considérable l'image des avoisinants et l'environnement dans lequel se situe leur propriété.
- ils ont formé leur recours dans le délai imparti ;
- ils ont notifié leur recours ;
- la condition d'urgence est satisfaite dès lors qu'elle est présumée et que le délai imparti pour introduire un référé suspension expire le 5 septembre 2022 ; le Conseil d'Etat a été amené à juger récemment que l'urgence pouvait être établie dès la préparation du chantier et avec un démarrage imminent des travaux :
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
* elle est prise en violation de l'article A. 424-2 du code de l'urbanisme dès lors que la justification et le sens des avis ne sont pas indiqués ; aucun avis n'a été renseigné dans les visas de l'arrêté, ce qui laisserait supposer qu'aucun avis n'a été sollicité. De plus, la dernière version du document d'urbanisme visée par l'arrêté de permis de construire est l'approbation de la révision du PLU le 26 octobre 2018. Pourtant, 3 mises à jour ont eu lieu postérieurement, la dernière mise à jour ayant été approuvée le 20 octobre 2021 et étant opposable à la demande de M. A déposée en mairie le 28 décembre 2021. Elle devait donc être mentionnée. Une telle omission a eu pour effet, à la fois, d'influencer sur l'appréciation portée par le service instructeur sur la demande de permis de construire, et de priver les tiers d'une garantie ;
* sur la contradiction entre le repérage de l'Aire de mise en valeur de l'architecture et du patrimoine (AVAP) de la commune et la protection réglementaire : En droit, le classement de la maison d'habitation existante sur le terrain d'assiette du projet appartenant à
M. et Mme A a été identifié en tant que " Habitat populaire de vacances, les Chalets ". Toutefois, le règlement de l'AVAP ne prescrit rien en guise de protection pour ce type de repérage. Les prescriptions réglementaires de l'AVAP rappellent que : " Ces prescriptions sont étroitement liées au plan réglementaire qui identifie le patrimoine bâti protégé, il convient de s'y reporter en premier ". En l'espèce, le zonage ne fait l'objet d'aucune protection particulière. Il existe donc, à ce stade, une anomalie flagrante et un déficit de protection dans le fait de repérer une maison et de ne pas, pour autant, y associer une protection même minimale, sans en expliquer les motifs et alors même que le secteur comporte d'autres constructions de type similaire qui, elles, bénéficient de ladite protection ;
* elle méconnait les dispositions de la loi littoral et en particulier l'article L. 121-3 du code de l'urbanisme dès lors que le projet ne peut pas être qualifié d'extension limitée de l'urbanisation en espace proche du rivage ; le projet est d'une ampleur conséquente pour ce secteur compte tenu de la densification à laquelle il mène, par l'artificialisation de 335 m² (emprise au sol envisagée, pour une surface de plancher de 352,64 m²) contre 138 m² jusqu'à présent (surface de plancher démolie). Alors que la densification des sols atteint actuellement 19% sur la parcelle en question (138 m² rapporté aux 706 m² constructibles), le projet aboutit à 48% d'occupation (335 m² rapportés aux 706 m² précités). Enfin, il convient de relever que le projet n'est ceint de parcelles bâties que sur deux côtés : à l'Est et au Sud. Or, le terrain d'assiette du projet s'inscrit en réalité dans une bande rétro-littorale continue, qui longe la plage de Crève-Cœur. Les parcelles limitrophes et cadastrées Section AD n° 197, n° 251 et n° 215 demeurent vierges de toute
construction. De plus, les parcelles plus au Nord et cadastrées Section AD n° 330, n° 329, n° 325, n° 230, n° 253, n° 420 et n° 422 permettent de maintenir le cordon dunaire dans son état naturel.
À ce jour, le bâti existant sur la propriété de M. et Mme A est d'un gabarit similaire à ce qui a été édifié aux alentours. Or, à l'occasion du projet, le passage d'une surface de plancher de 138 m² à 352,64 m² de surface de plancher soit une augmentation de près de 155% va générer une construction qui correspondra à un bâti futur de plus du double de la surface actuelle. Ce seul constat suffit en lui-même à caractériser l'absence totale d'extension limitée de l'urbanisation. Ce projet ne peut donc pas, raisonnablement, être qualifié d'extension limitée de l'urbanisation en espace proche du rivage ;
* elle méconnait l'article L. 121-16 du code de l'urbanisme dès lors que le projet ne s'insère pas dans un espace urbanisé au sens de ces dispositions ; il ressort nettement de la configuration des lieux que le terrain d'assiette du projet est situé sur le front de mer partiellement bâti, caractérisé par un tissu pavillonnaire diffus. Il est en outre implanté à plus de 1,40 km au Nord-Ouest du centre-ville de la commune. Il est, de surcroît, opposé au tissu urbain continental et isolé de celui-ci par la route départementale 97. Cette portion du littoral ne peut donc pas, raisonnablement, être considérée comme un espace urbanisé. Eu égard à la co-visibilité existante entre le projet et l'océan atlantique, au caractère essentiellement naturel de cette portion du front de mer classée en zone N proscrivant l'édification de nouvelles constructions et à la très courte distance séparant cette zone du rivage, il est établi que le terrain d'assiette du projet peut être qualifié d'espace proche du rivage ;
* elle méconnait l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme dès lors que le projet présente des risques pour l'environnement mais également pour les habitants exposés à un fort aléa de submersion marine et de fragilisation des fondations induit par l'érosion ; le projet des époux A contrevient aux dispositions du plan de prévention des risques littoraux ;
* elle méconnait l'article UB 11 dès lors que le projet est particulièrement différent de ce que le secteur propose tant du point de vue notamment des toitures, des menuiseries que de l'emprise au sol, et qu'aucune justification d'une intégration urbaine et paysagère harmonieuse n'est apportée par M. et Mme A.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 septembre 2022, M. et Mme A, représentés par Me Plateaux, concluent au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge des époux B la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- M. et Mme B ne justifient pas d'un intérêt pour agir, au sens de l'article L.600-1-2 du code de l'urbanisme, de telle sorte qu'ils n'ont pas qualité pour agir, contre la décision litigieuse : premièrement, les requérants ne disposent pas de la qualité de voisin immédiat, au regard du projet de construction, contrairement à la présentation faite par leurs écritures ; deuxièmement, les requérants ne démontrent l'existence d'aucun risque de troubles dans leurs conditions d'existence, en lien avec l'exécution des travaux projetés ; tout d'abord, la maison B, accessible par la rue du Châtelet, est quasiment invisible depuis l'impasse Crève-Cœur. De plus, elle est occultée par des arbres remarquables de grande envergure sur son unité foncière (parcelles 203, 204) ainsi que sur les parcelles voisines (parcelles 439, 202), qui lui interdisent toute vue mer. En plus des arbres remarquables situés sur leur terrain, de ceux du voisin (parcelle 439) et de la maison Petitfrère située au premier plan, il y a une haie (quasiment centenaire et dépassant les six mètres par endroits, ceinturant le terrain A et surplombant la rampe d'accès à la plage depuis des décennies), qui occulte la vue depuis la maison B. D'ailleurs, et comme l'admettent les époux B, leur maison est située " en surplomb " par rapport au terrain A, alors que la partie nord du projet A (censée causer un préjudice important aux époux B) est située en contrebas et dans la partie basse de l'impasse. Elle sera largement occultée par la muraille végétale (haie centenaire) qui ceinture leur terrain. De plus, il n'est prévu qu'un simple RDC à son extrémité nord. Enfin, et en s'abstenant de produire un reportage photographique circonstancié, à l'appui de leurs allégations, les époux B n'apportent pas la preuve de leurs propos, qui sont matériellement inexacts. Troisièmement, et en tout état de cause, les requérants n'apportent aucun élément probatoire, pour démontrer le bien-fondé de leurs allégations, au sujet de l'existence d'une lésion directe, entre l'exécution des travaux projetés, et le risque de troubles dans leurs conditions d'existence. Tout d'abord, les époux B n'occupent que très épisodiquement leur maison de La Bernerie-en-Retz, puisqu'ils habitent la commune du Pouliguen, qui constitue une station balnéaire plus réputée que celle de la Bernerie-en-Retz. Ensuite, la maison des époux B est inhabitable, d'autant plus qu'elle est constamment en travaux, depuis que ces derniers en ont hérité quelques années auparavant. Il s'agit d'une maison à simple rez-de-chaussée sur sous-sol (avec grenier). Or, le grenier ne bénéficie pas d'ouverture côté mer. Monsieur B serait le seul à s'y rendre très occasionnellement, pour faire ses propres travaux. Ainsi, le propriétaire du site est contraint de dormir dans la caravane
située sur son terrain, qui reste à demeure tout au long de l'année ;
- la condition d'urgence n'est pas remplie : en règle générale, la condition d'urgence est présumée remplie, sur le fondement de l'article L.521-1 du CJA, lorsque la requête est dirigée contre une autorisation d'urbanisme, compte tenu du risque imminent tenant à l'exécution des
travaux projetés. Ce cadre juridique s'étend, théoriquement, au cas où les travaux projetés n'auraient pas débuté, dans le prolongement d'une jurisprudence bien établie. Toutefois, ce cadre juridique comporte une exception, tenant à l'existence de circonstances particulières, de nature à écarter la présomption d'urgence, en fonction de chaque espèce, à l'instar de l'absence de l'imminence des travaux projetés, précision étant faite que le retard dans la saisine du juge des référés-suspensions ne caractérise pas, à lui-seul, un rejet de la présomption d'urgence. Au cas présent, l'autorisation d'urbanisme n'a fait l'objet d'aucun commencement de travaux, précision étant faite qu'aucun devis n'a été signé au profit d'un quelconque constructeur, et que le permis délivré permet l'exécution de travaux, pendant une durée minimale de trois années. Ainsi, la préparation du chantier est inexistante, de telle sorte que le début des travaux n'est pas imminent, d'autant plus que les travaux projetés ne pouvaient pas être exécutés en période estivale, compte tenu des contraintes inhérentes à l'exécution des travaux de construction, dans les stations balnéaires. De la sorte, une ouverture du chantier n'est pas prévue avant l'été 2023, précision
étant faite qu'aucune déclaration d'ouverture de chantier n'a été adressée à la commune. Manifestement, il existe des circonstances particulières, tenant à l'absence d'une condition d'urgence, en l'absence d'imminence des travaux projetés, qui restent à un stade parfaitement théorique en l'état, précision étant faite que le jugement de l'affaire au fond interviendra vraisemblablement dans les prochains mois.
- aucun des moyens soulevés par les époux B, n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
* au titre de la violation de l'article A.424-2 du code de l'urbanisme : le moyen est inopérant ;
* au titre de la violation des prescriptions de l'AVAP applicable, dans la mesure où ces dernières ne prévoiraient aucune protection particulière. Manifestement, et à la supposer opérant, le moyen n'est pas assorti des précisions suffisantes, pour permettre au juge des référés d'en apprécier le bien-fondé. Au demeurant, le zonage du site au sein de l'AVAP ne prévoit aucune mesure de protection particulière, de telle sorte que le moyen, tiré de la violation de l'AVAP,
manque en fait ;
* au titre de la violation de l'article L.121-13 du code de l'urbanisme, au motif que le projet ne constitue pas une extension limitée de l'urbanisation, s'inscrivant dans le cadre d'un espace proche du rivage. En règle générale, l'article L.121-13 du code de l'urbanisme autorise l'extension limitée de l'urbanisation des espaces proches du rivage, sur la base d'un faisceau d'indices concordants, dans le prolongement d'une jurisprudence bien établie. Au cas présent, le projet de construction constitue une extension limitée de l'urbanisation, au regard des circonstances de l'espèce : Tout d'abord, le terrain est d'une contenance de 1.991 m², et la surface de plancher porte sur 352,64 m², de telle sorte que la densité autorisée est de 0,17, ce qui est faible. Or, cette densité est analogue à celle des terrains voisins, précision étant faite qu'il convient de rappeler que le POS applicable jusqu'en 2008 fixait un COS, en zone UB de 0,3. Après 2008, ce COS a été supprimé, mais l'emprise a été limitée à 50%. Ensuite, la commune versera au dossier un document portant sur l'emprise des constructions présentes dans l'environnement du projet contesté. L'emprise au sol de ces constructions rapportée à la surface constructible des terrains est similaire ou supérieure à celle du projet de M. et Mme A (entre 46% et 71%, par rapport à 48% pour le projet litigieux). Enfin, il existe six habitations, dans un rayon de 50 mètres. Puis, elles sont au nombre de 30, dans un rayon de 100 mètres, et enfin au nombre de 61, dans un rayon de 200 mètres. Au demeurant, il sera relevé qu'il ne peut y avoir de construction à l'Ouest du projet, en raison de l'obstacle naturel crée par l'Océan, et qu'au Nord du projet, il existe un ouvrage substantiel, matérialisé par un escalier de plus de cent marches, chargé de desservir la plage. Par conséquent, et eu égard à l'urbanisation existante, le projet querellé ne créée pas une extension de l'urbanisation ;
* au titre de la violation de l'article L.121-16 du code de l'urbanisme, au motif que le projet constitue une construction prohibée sur la bande littorale des cent mètres, en l'absence de tout espace urbanisé ; au cas présent, l'assiette du projet de construction s'inscrit dans le cadre des " espaces urbanisés ", pour les motifs suivants : tout d'abord, le secteur de " Crève-Cœur " est classé dans un zonage constructible par le PLU en vigueur, soit en zone UB, précision étant faite que la fibre y a été installée. Ensuite, le terrain d'assiette du projet, déjà bâti d'une construction du début du XXème siècle, est entouré de terrains bâtis, à vocation d'habitat, sans la moindre controverse. Enfin, le secteur du projet relève de l'agglomération de La Bernerie-en-Retz, tout en disposant d'un tissu bâti continu, dont la RD 97 (rue de Pornic au plus proche du projet) constitue le principal axe de desserte ;
* au titre de la violation de l'article R.111-2 du code de l'urbanisme, au motif que le projet ne satisferait pas aux exigences élémentaires de sécurité, notamment au regard des prescriptions du PPRL en vigueur. Au cas présent, les pétitions de principe des requérants présentent une
dimension générale et abstraite, qui permettent d'écarter la critique, compte tenu
notamment de la nature de la prescription visée par la commune, lors de la délivrance de l'autorisation litigieuse ;
* au titre de la violation de l'article UB.11 du PLU applicable, au motif que le projet ne justifierait pas d'une intégration urbaine et paysagère. Le projet de construction litigieux s'inscrit parfaitement dans le tissu urbain existant, au regard des dispositions du PLU, pour les motifs suivants : tout d'abord, la maison Petitfrère - située au-devant de celle des B (parcelle 199), et juste en vis-à-vis du projet A -, a été construite quelques années auparavant, en présentant une architecture contemporaine, résolument éloignée des maisons anciennes du quartier. Ensuite, la maison implantée en vis-à-vis même de celle des B rue du Châtelet (parcelle 533) présente une architecture très contemporaine (toit plat). De surcroît, la maison implantée sur la parcelle 293 (2 Impasse Crève-Cœur) présente une architecture très atypique, avec bardage bois et zinc. Au demeurant, et sur les parcelles 570 et 562 (impasse de la Falaise), une maison très contemporaine est implantée, avec bardage bois ajouré et zinc, à l'issue d'une réhabilitation d'une maison ancienne.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 septembre 2022, la commune de la Bernerie-en-Retz, représentée par Me Marchand, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de M. et Mme B la somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- sur la violation de l'article A. 424-2 du code de l'urbanisme. Il est fait grief au permis de construire contesté de n'avoir pas indiqué le sens des avis émis. Tout d'abord, il appartient aux époux B d'établir que la délivrance de ce permis de construire aurait été précédée d'une procédure consultative, ce qu'ils ne font pas. En réalité, le sens des avis n'avait pas à être indiqué puisqu'aucun service n'a été saisi d'une demande d'avis et ce, sans que cela ne soit constitutif d'une illégalité. Sur la version du PLU applicable : l'arrêté contesté fait état du PLU révisé approuvé le 26 octobre 2018. Les époux B font valoir que depuis cette dernière date, 3 mises à jour sont intervenues. Aucun des périmètres attachés à ces actes ne concerne le terrain objet du permis de construire. Les requérants ne démontrent pas que cette omission aurait eu une incidence sur le sens de la décision attaqué, ni même qu'ils auraient été privés d'une garantie. A défaut, cette omission ne présente aucun caractère substantiel ;
- sur la contradiction entre le repérage de l'AVAP et la protection
règlementaire. Les requérants font valoir que la maison qui va être démolie a été identifiée au tant qu'habitat populaire de vacances sans que l'AVAP n'ait prévu de mesures de protection. L'AVAP a donc notamment, eu pour effet de recenser et classifier les différents types de constructions présentes sur la commune. La catégorie " habitat populaire de vacances " n'est pas associée à une
mesure de protection. Il est soutenu que la construction existante devait être repérée à l'instar
des constructions présentes rue du Professeur E. Les époux B ne peuvent utilement faire valoir le principe d'égalité de traitement dès lors que ces deux constructions ne sont pas dans des situations strictement identiques en termes de composition architecturale et de visibilité depuis l'espace public. La propriété des époux A a également été largement modifiée au cours du temps par l'adjonction de différentes extensions. Elle a ainsi perdu de sa cohérence et de son caractère. Ceci explique aussi pourquoi elle n'a pas été repérée dans le plan de recensement du patrimoine comme ayant un intérêt architectural particulier, et ce sans que cela ne soit constitutif d'une quelconque illégalité ;
- sur la méconnaissance de l'article L. 121-13 du code de l'urbanisme. Il est soutenu que le projet porte sur une emprise au sol de 335 m², ce qui serait excessif et ne saurait être regardé comme une extension limitée de l'urbanisation. Ces affirmations sont erronées. Le terrain ayant une contenance de 1.991 m² et la surface de plancher portant sur 352,64 m², la densité autorisée est de 0,17, ce qui est faible. Cette densité est sensiblement la même que celle existante sur les terrains voisins ;
- sur la méconnaissance de l'article L. 121-16 du Code de l'urbanisme. Il est indiqué que le terrain d'assiette serait situé à moins de 10 mètres de la limite haute du rivage. Ce qui compte ce n'est pas cette distance. L'article précité créée seulement, en dehors des espaces urbanisés une bande inconstructible de 100 mètres. Or, il n'est pas soutenu que la construction se situerait dans cette bande inconstructible. En outre, force est de constater que le terrain se situe dans un espace urbanisé avec la conséquence qu'il n'existe aucune bande inconstructible. Le quartier correspond à un espace urbanisé à vocation d'habitat. La zone UB du Plan Local d'Urbanisme (PLU) définit précisément dans son règlement graphique les contours de l'espace constructible conformément aux dispositions du code de l'urbanisme, notamment ses articles L. 121-13 et L. 121-16. Le secteur du projet appartient bien à l'agglomération de La Bernerie-en- Retz ;
- sur la méconnaissance de l'article R. 111-2 du Code de l'urbanisme. S'agissant du recul du trait de côte. Cet argument est trop général pour démontrer l'erreur grossière dont serait entaché le permis de construire. En réalité, il appartient aux requérants de démontrer la probabilité de la réalisation d'un tel risque, ce qu'ils ne font pas: au demeurant, ce risque a d'ores et déjà été pris en compte sur le territoire communal ;
- sur la méconnaissance de l'article UB 11 du règlement du PLU. Il est soutenu que le projet ne s'insèrerait pas dans son environnement. Il s'agit d'une affirmation qui n'est étayée par aucune pièce du dossier ; en l'occurrence, ce quartier ne présente pas d'unité de forme urbaine ou
d'intérêt architectural suffisamment avéré pour intégrer le périmètre de l'AVAP de la commune.
Certes, l'aspect extérieur de la construction projetée sera quelque peu différent de celui des maisons existantes. Toutefois, ce projet ne créée aucune rupture car il existe, dans l'environnement de ce projet, des maisons d'architecture contemporaine.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 13 juin 2022 sous le numéro 2207492 par laquelle M. et Mme B demandent l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Bouchardon, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 19 septembre 2022 à 10 heures 30 :
- le rapport de M. Bouchardon, juge des référés,
- les observations de Me Gallot, substituant Me Lefèvre, représentant M. et Mme B, en leur présence ;
- les observations de Me Léon, substituant Me Marchand, avocate de la commune de la Bernerie-en-Retz ;
- et celles de Me Plateaux, représentant M. et Mme A.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Par arrêté du 15 février 2022, le maire de la commune de la Bernerie-en-Retz a délivré à M. et Mme A un permis de construire en vue de la construction d'une maison individuelle après la démolition de la maison existante et d'une dépendance, sur un terrain situé 5, Impasse Crève-cœur. Sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, M. et Mme B demandent au juge des référés la suspension de cet arrêté, ainsi que du rejet de leur recours gracieux.
Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :
2. Aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager que si la construction, l'aménagement ou les travaux sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation ". Il résulte de ces dispositions qu'il appartient, en particulier, à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'un permis de construire, de démolir ou d'aménager, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Il appartient au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l'excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction.
3. En défense, M. et Mme A opposent une fin de non-recevoir tirée de ce que M. et Mme B sont dépourvus d'intérêt à agir. Pour justifier de leur intérêt à agir, les requérants soutiennent, qu'en tant que propriétaires d'une maison d'habitation, le projet litigieux affectera de manière anormale leur cadre de vie en raison notamment d'une atteinte disproportionnée portée à leur vue, en l'espèce sur mer. Au regard des caractéristiques et de la proximité de la construction projetée, le projet des pétitionnaires, même s'il est séparé du terrain d'assiette des requérants, notamment par l'impasse de Crève-cœur, est de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation et de jouissance de la propriété de ces derniers, en dépit du fait que leur habitation constituerait en l'état une simple résidence secondaire. En conséquence, les requérants justifient d'un intérêt à agir et la fin de non-recevoir doit être écartée.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
4. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
En ce qui concerne l'urgence :
5. Aux termes de l'article L. 600-3 du code de l'urbanisme : " Un recours dirigé contre une décision de non-opposition à déclaration préalable ou contre un permis de construire, d'aménager ou de démolir ne peut être assorti d'une requête en référé suspension que jusqu'à l'expiration du délai fixé pour la cristallisation des moyens soulevés devant le juge saisi en premier ressort. / La condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative est présumée satisfaite () ". Aux termes de l'article R. 600-5 du même code : " Par dérogation à l'article R. 611-7-1 du code de justice administrative, et sans préjudice de l'application de l'article R. 613-1 du même code, lorsque la juridiction est saisie d'une requête relative à une décision d'occupation ou d'utilisation du sol régie par le présent code, ou d'une demande tendant à l'annulation ou à la réformation d'une décision juridictionnelle concernant une telle décision, les parties ne peuvent plus invoquer de moyens nouveaux passé un délai de deux mois à compter de la communication aux parties du premier mémoire en défense () ".
6. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. La construction d'un bâtiment autorisée par un permis de construire présente un caractère difficilement réversible. Par suite, lorsque la suspension de l'exécution d'un permis de construire est demandée sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la condition d'urgence est en principe satisfaite ainsi que le prévoit l'article L. 600-3 du code de l'urbanisme. Il ne peut en aller autrement que dans le cas où le pétitionnaire ou l'autorité qui a délivré le permis justifie de circonstances particulières. Il appartient alors au juge des référés, pour apprécier si la condition d'urgence est remplie, de procéder à une appréciation globale de l'ensemble des circonstances de l'espèce qui lui est soumise.
7. Il est constant que le premier mémoire en défense présenté par la commune de la Bernerie-en-Retz, dans le cadre de l'instance n° 2207492 visée ci-dessus, a été enregistré au greffe du tribunal le 1er juillet 2022 et communiqué aux parties en application de l'application Télérecours le 5 suivant. La requête en référé a été présentée avant l'expiration du délai de deux mois suivant cette communication et les requérants peuvent donc se prévaloir de la présomption d'urgence prévue par les dispositions précitées de l'article L. 600-3 du code de l'urbanisme. Par conséquent, et contrairement à ce qui est soutenu en défense, il ne leur appartient pas de démontrer en outre que les travaux seraient sur le point de commencer. Il revient au contraire à la commune ou au pétitionnaire de faire valoir des circonstances particulières qui feraient obstacle à un démarrage des travaux, ce qui n'est pas le cas en l'espèce.
8. Il résulte de ce qui précède que la condition d'urgence doit donc être regardée comme satisfaite.
En ce qui concerne l'existence d'un moyen propre à créer un doute sérieux quant à la légalité des décisions :
9. Aux termes de l'article L. 121-13 du code de l'urbanisme : " L'extension limitée de l'urbanisation des espaces proches du rivage () est justifiée et motivée dans le plan local d'urbanisme, selon des critères liés à la configuration des lieux ou à l'accueil d'activités économiques exigeant la proximité immédiate de l'eau () ".
10. Il n'est pas contesté que le terrain d'assiette du projet est situé au sein d'un espace proche du rivage de la mer. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 121-13 du code de l'urbanisme est propre, en l'état de l'instruction, à créer un doute sérieux quant à la légalité du permis en litige, dès lors que le projet, en permettant une occupation de l'emprise au sol largement supérieure à l'existant à réhabiliter, modifie de manière substantielle les caractéristiques du quartier et ne présente dès lors pas, eu égard à son importance et à sa localisation dans un milieu particulièrement sensible, le caractère d'une extension limitée de l'urbanisation au sens de ces dispositions.
11. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, en l'état de l'instruction, aucun des autres moyens invoqués susvisés n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de cette décision.
12. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu d'ordonner la suspension de l'exécution de l'arrêté du 15 février 2022, ainsi que la décision du 20 avril 2022 portant rejet du recours gracieux.
Sur les frais liés au litige :
13. Il n'y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions d'aucune des parties à l'instance, tendant au versement à leur profit de sommes sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : L'exécution de l'arrêté n° PC 044 012 21 D1108 du 15 février 2022 par lequel la commune de la Bernerie-en-Retz a délivré un permis de construire à M. et Mme A en vue de la construction d'une maison individuelle après la démolition de la maison existante et d'une dépendance, sur un terrain situé 5, Impasse Crève-cœur à la Bernerie-en-Retz, correspondant aux parcelles cadastrées section AD n° 197 et n° 198, ainsi que la décision du 20 avril 2022 portant rejet du recours gracieux, est suspendue.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Les conclusions de la commune de La Bernerie-en-Retz et de M. et Mme A, présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sont rejetées.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. et Mme B, à la commune de la Bernerie-en-Retz et à M. et Mme A.
Copie en sera adressée au procureur de la République près du tribunal judiciaire de Saint-Nazaire.
Fait à Nantes, le 21 septembre 2022.
Le juge des référés,
L. BOUCHARDON
La greffière,
M-C. MINARDLa République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026