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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2211690

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2211690

lundi 10 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2211690
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation10ème chambre
Avocat requérantREGENT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 7 septembre 2022 et 31 mai 2023, Mme C A et M. B D, représentés par Me Régent, doivent être regardés comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 18 mars 2022 par laquelle le président de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté comme manifestement irrecevable le recours dirigé contre la décision de l'autorité consulaire française à Addis-Abeba (Ethiopie) refusant de délivrer à M. D un visa d'entrée et de long séjour au titre de la réunification familiale ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer le visa sollicité dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à défaut, de faire procéder au réexamen de la demande dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à Me Régent en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Ils soutiennent que :

- le recours administratif préalable obligatoire formé à l'encontre de la décision consulaire implicite était recevable à défaut de notification et en l'absence de mention des voies et délais de recours ;

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation de l'identité et du lien de filiation allégués au regard des dispositions de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 6 juin 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que la requête est irrecevable.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 11 juillet 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendu au cours de l'audience publique du 12 juin 2023 :

- le rapport de Mme Louazel, rapporteuse,

- les conclusions de M. Barès, rapporteur public,

- les observations de Me Régent, avocate des requérants.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C A, ressortissante érythréenne, s'est vu reconnaître la qualité de réfugiée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 3 novembre 2014. Elle a sollicité auprès de l'autorité consulaire française à Addis-Abeba la délivrance d'un visa de long séjour au profit B D, qu'elle présente comme son fils, au titre de la réunification familiale le 13 décembre 2017. Cette autorité a implicitement rejeté sa demande. Mme A a saisi la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France d'un recours préalable formé à l'encontre de la décision consulaire, dont il a été accusé réception le 16 décembre 2021. Le président de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté ce recours comme étant manifestement irrecevable le 18 mars 2022. Les requérants demandent l'annulation de cette décision du 18 mars 2022.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes des dispositions de l'article D. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicable : " Une commission placée auprès du ministre des affaires étrangères et du ministre chargé de l'immigration est chargée d'examiner les recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France prises par les autorités diplomatiques ou consulaires. La saisine de cette commission est un préalable obligatoire à l'exercice d'un recours contentieux, à peine d'irrecevabilité de ce dernier. ". Aux termes des dispositions de l'article D. 312-4 du même code alors applicable : " Les recours devant la commission mentionnée à l'article D. 312-3 doivent être formés dans un délai de deux mois à compter de la notification de la décision de refus de visa. (). Ils sont seuls de nature à conserver le délai de recours contentieux jusqu'à l'intervention des décisions prévues à l'article D. 312-7. () ". Aux termes des dispositions de l'article D. 312-7 de ce code alors applicable : " La commission mentionnée à l'article D. 312-3 peut soit rejeter le recours, soit recommander au ministre des affaires étrangères et au ministre chargé de l'immigration d'accorder le visa demandé. / Le président de la commission peut rejeter, sans réunir la commission, les recours manifestement irrecevables ou mal fondés. ".

3. Si le ministre de l'intérieur et des outre-mer fait valoir qu'une décision consulaire expresse aurait été notifiée le 14 septembre 2020, il n'apporte aucun commencement de preuve à l'appui de cette allégation. Aucun élément ne permet de comprendre à quoi correspond cette date sur le support matériel de la décision versée à l'instance, alors que les requérants soutiennent qu'elle ne leur a jamais été notifiée et qu'ils n'en ont jamais eu connaissance, malgré un échange avec les services consulaires sur ce point le 26 octobre 2021. Dans ces conditions, et alors qu'au surplus, l'absence de mention du caractère obligatoire du recours devant la commission au sein de la décision consulaire empêche que sa notification fasse courir le délai de recours devant cette commission, le recours administratif préalable obligatoire ne saurait être considéré comme tardif.

4. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la partie requérante est fondée à demander l'annulation de la décision attaquée.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

5. Eu égard à l'illégalité dont est entachée la décision en litige, l'exécution du présent jugement implique seulement que la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France examine en formation collégiale le recours contre le refus de visa de long séjour opposé par l'autorité consulaire française à Addis-Abeba à M. D. Dans ces conditions, il y a lieu d'enjoindre à la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France d'examiner le recours initié par les requérants, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais d'instance :

6. Mme A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de ces dispositions, sous réserve que Me Régent renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

D É C I D E :

Article 1er : La décision du président de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France du 18 mars 2022 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire réunir la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France afin qu'elle se prononce sur le recours formé contre la décision implicite de l'autorité consulaire française à Addis-Abeba refusant de délivrer un visa d'entrée et de long séjour en France à M. D, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Régent la somme de 1 200 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A, à M. B D, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Régent.

Délibéré après l'audience du 12 juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Rimeu, présidente,

Mme Louazel, conseillère,

M. Tavernier, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 juillet 2023.

La rapporteuse,

M. LOUAZEL

La présidente,

S. RIMEU

La greffière,

S. JEGO

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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