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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2211735

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2211735

mercredi 5 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2211735
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantMAUDET-CAMUS AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires complémentaires enregistrés les 7, 21 et 28 septembre 2022, la société civile immobilière (SCI) " CGVL ", prise en la personne de son représentant légal, représentée par Me Haudebert, demande au juge des référés :

1°) de suspendre, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de la délibération du conseil municipal de la commune des Herbiers (Vendée) du 27 juin 2022 exerçant le droit de préemption urbain à l'égard de l'ensemble immobilier situé 2 rue de l'industrie aux Herbiers sur la parcelle cadastrée section C n°s 3822,3823,3826,3828 et 4560, d'une superficie de 12 971 m2, au prix de 705 000 euros ;

2°) de mettre à la charge de la commune des Herbiers une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est satisfaite en ce que celle-ci est présumée au regard de sa qualité d'acquéreur évincé ; alors qu'elle bénéficie d'une promesse synallagmatiques de vente du terrain en cause et a formé un recours pour excès de pouvoir à l'encontre de la délibération litigieuse, l'exercice de ce recours n'est pas suspensif de sorte qu'elle pourrait voir la procédure de préemption se poursuivre en dépit de son caractère illégal et voir ainsi l'acte de vente entre la commune des Herbiers et la société par actions simplifiée (SAS) " Herbretaise Finances " être conclu et le compromis de vente qu'elle a signé devenir caduc ; les articles de presse dont se prévaut la commune pour démontrer l'urgence à réaliser le projet litigieux, constituent par définition des documents orientés, usant de titres à caractère sensationnaliste et manifestement insusceptibles d'attester d'une pénurie de logements de nature à caractériser l'urgence de la construction de logements collectifs ; les statistiques de l'INSEE et de l'étude de l'ADILE ne révèlent nullement une pénurie de logements dans la commune des Herbiers, qui se situe au contraire dans la moyenne en ce qui concerne la tension du marché, à proximité de zones dites " détendues " ; en tout état de cause, un projet de construction d'habitat répondant à un besoin de logements vacants ne revêt pas le caractère de l'urgence requis pour renverser la présomption d'urgence du référé-suspension exercé par l'acquéreur évincé ; son projet se trouvait à un stade d'élaboration suffisamment avancé pour que son abandon entraîne de lourdes conséquences financières, l'offre de prêt ayant été acceptée par la banque et l'acte authentique devant être signé, tandis que de nombreuses entreprises avaient d'ores et déjà été consultées et avaient adressé leur devis pour la réalisation des travaux d'électricité, de signalétique, d'aménagement extérieur, de pose d'un bardage et pour la mise en place d'un système de surveillance ; n'ayant pas la qualité de constructeur ni d'aménageur mais simplement d'acquéreur. et n'ayant pas pour projet de construire un autre bâtiment que les bâtiments déjà existants, qui étaient d'ores et déjà utilisés à des fins de stockage, plus particulièrement de véhicules, rien ne fait obstacle à la réalisation de box, sans qu'aucune autorisation d'urbanisme soit requise, aucun changement de destination du bien en cause n'étant caractérisé ; quoi qu'il en soit, ni l'ampleur des conséquences financières dues à l'abandon de ce projet ni la faisabilité d'un tel projet n'ont d'incidence sur la présomption d'urgence dont elle bénéficie ;

- les moyens qu'elle soulève sont de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

* elle est insuffisamment motivée, en méconnaissance des articles L. 21-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration : la description du projet s'apparente davantage à un vœu concernant la politique générale de l'habitat de la ville qu'à la description d'une opération concrète et identifiée sur le terrain préempté et ne satisfait donc pas aux exigences légales et jurisprudentielles en matière de motivation des décisions de préemption ;

* elle est entachée d'un vice de procédure : la commune ne démontre pas avoir affiché durant un mois et avoir publiée dans deux journaux diffusés dans le département la délibération n° 82 du conseil municipal du 15 mai 2006, relative à l'institution du droit de préemption urbain, en méconnaissance de l'article R. 211-2 du code de l'urbanisme ; contrairement à ce qu'affirme la commune, l'erreur qu'elle reconnaît dans les visas de la délibération affecte la légalité de cette dernière en ce qu'elle prive les intéressés d'une garantie, celle de pouvoir prendre connaissance des fondements juridiques de la décision afin de pouvoir la contester le cas échéant ; la commune ne démontre nullement avoir respecté les formalités de publicités de la délibération imposées par l'article R. 211-2 du code de l'urbanisme puisqu'il n'est pas fait mention expresse de la délibération du conseil communautaire de la communauté de communes du Pays des Herbiers du 18 octobre 2017 dans les extraits de publication des journaux Ouest-France et Pays Yonnais versés au débat, mais seulement de l'instauration du droit de préemption de la commune ;

* elle est entachée d'une erreur de droit au regard du premier alinéa de l'article L. 210-1 du code de l'urbanisme : la délibération litigieuse se borne à faire mention très floue de ce que la préemption serait réalisée en vue de permettre la réalisation d'un projet d'habitat collectif afin de répondre à la politique municipale de densification urbaine, ce qui ne suffit pas pour identifier l'objet poursuivi, parmi les objets cités limitativement à l'article L. 300-1 du code de l'urbanisme ; il semble que l'exercice du droit de préemption vise plutôt à constituer une réserve foncière dans le cadre d'une politique de densification urbaine, objet qui ne satisfait pas aux dispositions légales précitées, qui exigent qu'un projet d'urbanisme identifié ait été entrepris à la date où intervient la décision de préemption ; le classement de la rue de l'industrie en zone U est insuffisant à démontrer l'existence d'un projet au sens des articles L. 300-1, L. 221-1 et L. 210-1 du code de l'urbanisme et les documents élaborés par le bureau municipal et datés des 23 et 30 mai 2022 ne constituent pas des décisions mais de simples infographies, qui pourraient parfaitement avoir été réalisées pour les besoins de la cause ;

* la délibération du 7 février 2022 qui autorise le maire à signer la convention d'action foncière en vue de la réalisation d'un projet de requalification du secteur de la gare avec l'établissement public foncier de Vendée et la communauté de commune du Pays des Herbiers porte sur un secteur largement plus étendu que celui visé par la délibération litigieuse et ne vise pas la lutte contre une pénurie de logements mais une " opération de renouvellement urbain " visant à " redynamiser le site par l'accueil de nouvelles activités économiques et par la création de nouveaux logements ", ce qui ne permet pas d'établir la réalité du projet allégué de réalisation d'habitat collectif répondant à une politique municipale de ; bien au contraire, cette délibération démontre que l'accueil de nouvelles activités économiques demeure une priorité dans le secteur de la gare.

Par des mémoires en défense enregistrés les 19 et 28 septembre 2022 la commune des Herbiers, représentée par Me Maudet, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de la société " CGVL " le versement de la somme de 2 000 au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la présomption d'urgence est ici une présomption simple et peut être renversée en présence d'un projet urgent : en l'espèce, la délibération contestée permet la mise en œuvre d'un projet de développement de l'habitat, le plan local d'urbanisme (PLU) identifiant parmi les objectifs de la commune la proposition de nouvelles offres de logements à proximité des zones d'emploi, de commerces et de service et visant à répondre à une pénurie de logements Pays des Herbiers, pénurie dénoncée et dont la presse se fait l'écho ; des éléments notamment issus du " diagnostic habitat " réalisé dans le cadre de l'élaboration du PLUiH, démontrent l'urgence à intervenir en faveur de l'habitat ; la promesse de vente produite par la société requérante, au demeurant incomplète, est caduque en ce que la date de réitération par acte authentique, fixée au 15 juin 2022 et donc antérieure à la délibération en litige, est dépassée et n'a pas été suivie d'effet ; la SCI requérante n'établit ni l'état d'avancement de son projet ni les lourdes conséquences financières découlant pour elle de la décision litigieuse en produisant une simple simulation de prêt, un courriel du notaire qui ne fixe pas de date de signature mais se borne à accuser réception du dossier et de la promesse de vente ainsi que des propositions commerciales qui expiraient toutes avant la date de la délibération litigieuse d'autant qu'aucune autorisation d'urbanisme permettant le changement de destination de la parcelle n'a été sollicitée, les règles applicables actuellement sur la zone 2AUh telles qu'issues du PLU de 2014 ne permettant au demeurant pas la réalisation d'un projet de box, une telle activité n'étant pas non plus autorisée par les règles d'urbanisme qui seront appliquées sur la zone U du futur PLUi ;

- aucun des moyens soulevés n'est propre à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

* la délibération litigieuse est suffisamment motivée et il n'est pas besoin de faire état d'une opération concrète et identifiée sur le terrain préempté pour justifier une décision de préemption ; le projet tendant à améliorer l'offre de logements sur la commune est un objectif affiché par la commune depuis de nombreuses années afin de tenter de mettre un terme à la pénurie de logements existante en étendant les zones où le développement de l'habitat est envisageable, la rue de l'industrie étant une zone spécialement désignée à cet effet dans le PLU où elle est classée en zone 2AUh, tandis qu'elle sera classée en zone U dans le futur PLUi ;

* le visa de la délibération en litige est erroné : ce n'est pas la délibération n° 82 du Conseil municipal du 15 mai 2006 relative à l'institution du droit de préemption urbain qui aurait dû être visée mais la délibération du conseil communautaire de la communauté de Communes du Pays des Herbiers du 18 octobre 2017 instaurant le droit de préemption urbain conformément aux dispositions des articles L. 211-1 et suivants du code de l'urbanisme ; quoi qu'il en soit, une telle erreur de visa n'est pas de nature à affecter la légalité de la délibération en litige ;

* la délibération litigieuse n'est pas entachée d'une erreur de droit : la rue de l'industrie est expressément visée par les différents documents d'urbanisme de la commune comme zone permettant l'extension de l'habitat afin de répondre à une pénurie de logements avérée sur le territoire de la commune et ce, bien avant que la délibération en litige ne soit adoptée à l'unanimité du conseil municipal ; le classement dans la zone U du futur PLUi - procédure actuellement parvenue au stade de l'enquête publique - de la rue de l'industrie et des parcelles visée par la délibération en litige confirme expressément ce projet, qui doit être réalisé prochainement ; les esquisses d'aménagement produites à ce titre ont été établies le 17 mai 2022, soit en amont de la délibération en litige et du recours contentieux introduit le 5 août 2022.

La requête a été communiquée à la société par actions simplifiée (SAS) " Herbretaise Finances ", qui n'a pas produit.

Vu :

- les pièces du dossier ;

- la requête au fond enregistrée le 5 août 2022 sous le numéro 2210393, par laquelle la SCI " CGVL " demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Le Barbier, premier conseiller, pour statuer sur les demandes en référés, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 29 septembre 2022 à 10 heures :

- le rapport de Mme Le Barbier, juge des référés,

- les observations de Me Dupont, substituant Me Haudebert, représentant la SCI " CGVL ",

- et les observations de Me Maudet, représentant la commune des Herbiers, ainsi que celle de M. A, premier adjoint au maire de la commune des Herbiers.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. La société " CGVL " a signé un compromis de vente avec la société par actions simplifiée " Herbretaise Finances " en vue d'acquérir, au prix de 705 000 euros, un ensemble immobilier situé 2 rue de l'industrie aux Herbiers (Vendée) sur la parcelle cadastrée section C n°s 3822,3823,3826,3828 et 4560, d'une superficie de 12 971 m2. La déclaration d'intention d'aliéner a été notifiée à la commune des Herbiers le 21 avril 2022. Par une délibération du 27 juin 2022, le conseil municipal de la commune des Herbiers a décidé d'exercer le droit de préemption urbain à l'égard du bien concerné. Par la présente requête, la société " CGVL " demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cette délibération.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".

3. Aucun des moyens soulevés par la SCI " CGVL ", tels qu'énoncés dans les visas de la présente ordonnance, ne paraît, en l'état de l'instruction, de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la délibération du 27 juin 2022 par laquelle le conseil municipal de la commune des Herbiers a exercé le droit de préemption urbain à l'égard de l'ensemble immobilier situé 2 rue de l'industrie aux Herbiers sur la parcelle cadastrée section C n°s 3822,3823,3826,3828 et 4560, d'une superficie de 12 971 m2, au prix de 705 000 euros.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'apprécier la condition d'urgence, que les conclusions présentées par la SCI " CGVL " sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

Sur les frais d'instance :

5. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune des Herbiers, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la SCI " CGVL " demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

6. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la SCI " CGVL " une somme de 1 000 euros à verser à la commune des Herbiers sur le fondement des mêmes dispositions.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de la SCI " CGVL " est rejetée.

Article 2 : La SCI " CGVL " versera à la commune des Herbiers la somme de 1 000 (mille) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la société civile immobilière " CGVL ", à la commune des Herbiers et à la société par actions simplifiée Herbretaise finances.

Fait à Nantes, le 5 octobre 2022.

La juge des référés,

M. B Le greffier,

J-F. Merceron

La République mande et ordonne au préfet de la Vendée en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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