dimanche 30 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2211765 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | PHILIPPON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 8 septembre 2022 et 6 septembre 2023, M. A E, représenté par Me Philippon, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 23 juin 2022 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique, à titre principal, de lui délivrer le titre de séjour sollicité, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation au regard de son droit au séjour et ce, dans un délai de cinq jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 25 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1400 euros en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
Sur le moyen commun à l'ensemble des décisions attaquées :
- la compétence de la signataire de l'arrêté attaqué n'est pas établie ;
Sur la décision portant refus de titre de séjour :
- le préfet a commis un vice de procédure au regard des dispositions de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en s'abstenant de saisir la commission du titre de séjour ; il remplit en effet toutes les conditions posées par l'article
L. 423-23 du même code, permettant de bénéficier d'un titre de séjour de plein droit ; en outre, il justifie d'une présence continue sur le territoire français depuis plus de dix ans ; ainsi, le préfet était tenu, en vertu du deuxième alinéa de l'article L. 435-1 de ce code, de saisir pour avis la commission du titre de séjour ;
- le préfet a méconnu les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision ;
- il réside de manière ininterrompue sur le territoire français depuis au plus tard le 7 août 2003 ; sa conjointe et leurs quatre enfants, ainsi que sa mère, sa sœur et un neveu résident régulièrement sur ce territoire ; il n'a plus troublé l'ordre public depuis 2014 à l'exception d'une conduite sans permis en 2022 pour conduire sa fille à l'hôpital ;
- le préfet a commis une erreur de fait en considérant qu'il a vécu en Macédoine jusqu'à l'âge de 24 ans ; il a en effet quitté la Macédoine en 1992 pour s'établir en Italie de 1992 à 2003 puis en Espagne ;
- le préfet a méconnu les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; il a travaillé pendant 36 mois lors de son incarcération ; il s'occupe régulièrement de sa mère gravement malade ; il se trouve en grande précarité alors qu'il n'est susceptible d'être renvoyé dans aucun autre pays ;
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle sera annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour ;
- le préfet a méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; il ne peut être éloigné dès lors qu'il remplit les conditions pour bénéficier de plein droit d'un titre de séjour ;
- le préfet a méconnu l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ; la décision attaquée a pour effet de le séparer de ses enfants mineurs ;
Sur la décision fixant le pays de destination :
- elle sera annulée par voie de conséquence de l'annulation des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français ;
- le préfet a méconnu les articles L. 612-12, L. 721-3 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
-la décision attaquée est insuffisamment motivée dès lors qu'il ne possède la nationalité d'aucun pays.
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 avril 2023, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.
M. E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 1er décembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 22 mai 2024 :
- le rapport de M. Martin, président-rapporteur,
- les conclusions de M. Labouysse, rapporteur public,
- et les observations de Me Philippon, représentant M. E.
Considérant ce qui suit :
1. M. E, né le 16 juin 1979 à Skopje, en ex-Yougoslavie, et se déclarant sans nationalité, déclare être entré en France le 1er juillet 2003 avec sa compagne et leur enfant. Le 26 novembre 2021, il a demandé au préfet de la Loire-Atlantique de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou sur celui de l'article L. 435-1 de ce même code. Par un arrêté du 23 juin 2022, le préfet a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé comme pays de renvoi le pays dont il a la nationalité ou tout autre pays qui accepterait de l'admettre sur son territoire. Par la présente requête, M. E demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué :
2. L'arrêté attaqué a été signé par Mme D F, cheffe du bureau du séjour au sein de la direction des migrations et de l'intégration, à la préfecture de la Loire-Atlantique. Par un arrêté du 11 avril 2022, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de la Loire-Atlantique a donné délégation à Mme C, directrice des migrations et de l'intégration, ou, en l'absence de cette dernière, à son adjoint, M. B, à l'effet de signer, notamment, au titre du bureau du séjour, " les décisions portant refus de titre de séjour () assorties ou non d'une mesure d'obligation de quitter le territoire et d'une décision fixant le pays de renvoi () ". L'article 3 de ce même arrêté attribuait notamment à Mme F, cheffe du bureau du séjour, en cas d'absence ou d'empêchement simultané de Mme C et de M. B, la délégation de signature dans les limites des attributions de son bureau. Dès lors et en l'absence de contestation de l'absence ou de l'empêchement simultanés, le 23 juin 2022, de Mme C et de M. B, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.
En ce qui concerne les autres moyens soulevés à l'encontre de la décision portant refus de séjour :
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L.423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".
4. M. E se prévaut de sa présence sur le territoire français depuis dix-neuf ans à la date de la décision attaquée ainsi que de la résidence régulière sur ce territoire de nombreux membres de sa famille, dont sa compagne, ses deux enfants majeurs, ses deux enfants mineurs, qui y sont scolarisés, et sa mère. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le requérant, arrivé en France le 1er juillet 2003, n'y a séjourné régulièrement, sous couvert d'une autorisation provisoire de séjour, que du 2 décembre 2013 au 6 avril 2014, en tant qu'accompagnant d'un enfant malade. Le tribunal correctionnel d'Agen l'a condamné à quatre ans d'emprisonnement le 15 septembre 2004 pour vol aggravé par trois circonstances commis le 31 juillet 2003, vol aggravé par deux circonstances du 25 juillet au 2 novembre 2003, vol en réunion les 25 juillet, 25 septembre et 10 octobre 2003, vol aggravé par deux circonstances les 21 octobre et 2 novembre 2003 et filouterie de carburant le 21 octobre 2003. Le 27 avril 2005, le tribunal correctionnel de Besançon l'a condamné à six ans de prison et dix ans d'interdiction du territoire pour des faits, commis toujours en 2003, de participation à une association de malfaiteurs en vue de la préparation d'un délit puni d'au moins cinq ans de prison, vol avec violence ayant entrainé une incapacité totale de travail de plus de 8 jours, vol aggravé par deux circonstances et vol. Le requérant a été relevé de sa peine d'interdiction du territoire par le même tribunal le 27 mai 2011. Le 23 septembre 2010, le tribunal correctionnel de Toulouse a condamné l'intéressé à cinq ans de prison pour des faits de vols aggravés, à l'aide d'une effraction ou avec violence commis également en 2003. Cette peine a été confondue avec celle prononcée par le tribunal correctionnel de Besançon. M. E a ainsi été incarcéré du 6 novembre 2003 au 19 juin 2009. A sa sortie de prison, l'administration n'est pas parvenue à le renvoyer en Macédoine, les autorités macédoniennes ayant refusé de lui délivrer un laissez-passer. Le 12 décembre 2014, M. E a fait l'objet d'un mandat de dépôt pour des faits de vol par ruse, effraction ou escalade commis du 22 janvier au 6 décembre 2014, participation, du 1er janvier 2013 au 8 décembre 2014, à une association de malfaiteurs en vue de la préparation d'un délit puni de dix ans d'emprisonnement, blanchiment aggravé du 1er janvier 2013 au 8 décembre 2014, usage de faux dans un document administratif commis de manière habituelle du 1er janvier 2010 au 8 décembre 2014 et détention frauduleuse de faux document administratif du 1er janvier 2010 au 8 décembre 2014. Pour l'ensemble de ces faits, l'intéressé a été condamné par la cour d'appel de Rennes, le 5 septembre 2017, à six ans de prison avec interdiction de détenir ou de porter une arme soumise à autorisation pendant cinq ans. Il a été incarcéré du 12 décembre 2014 au 10 décembre 2019. Enfin, le 11 mars 2021, l'intéressé a été l'auteur d'une conduite de véhicule sans assurance et sans permis de conduire. Il a été condamné en conséquence, le 5 janvier 2022, par le président du tribunal judiciaire de Nantes, à une peine de trois mois de prison avec sursis, avec obligation d'accomplir un travail d'intérêt général.
5. M. E fait valoir que, durant sa seconde incarcération, il a travaillé et transmis de petites sommes à sa compagne. Il produit des attestations dont il ressort qu'il accompagne ses deux plus jeunes enfants à l'école et initie ses fils aînés à la mécanique. L'intéressé déclare également s'occuper de sa mère âgée et malade, laquelle a d'ailleurs obtenu un titre de séjour en raison de son état de santé. Mais en se bornant à citer la liste de médicaments prescrits à cette dernière, il ne justifie pas l'assister au quotidien, alors qu'il a également une sœur présente en France. Le requérant produit également une promesse d'embauche datée du 2 avril 2021, émanant d'une société de Machecoul se disant prête à le recruter comme préparateur de voitures dès que sa situation administrative l'autoriserait à travailler. Toutefois, eu égard aux multiples délits que M. E a commis de 2003 à 2021 et pour lesquels il a été condamné, ni cette promesse d'embauche, ni le fait que l'intéressé continue à entretenir des liens avec les membres de sa famille résidant régulièrement sur le territoire français ne permettent de considérer qu'il justifiait, à la date de l'arrêté attaqué, d'une insertion suffisante dans la société française, respectueuse des valeurs de la République. Dès lors, c'est par une exacte application de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le préfet de la Loire-Atlantique lui a refusé la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ". La circonstance que le préfet aurait commis une erreur de fait en indiquant, dans les motifs de l'arrêté attaqué, que M. E a vécu en Macédoine jusqu'à son âge de 24 ans, alors que l'intéressé soutient avoir quitté ce pays en 1992, à l'âge de 13 ans, pour vivre en Italie, à la supposer établie, est sans incidence à cet égard.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / () ". Ces dispositions, qui ne prévoient pas la délivrance d'un titre de plein droit ni que l'étranger justifiant de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels se voit délivrer un titre de séjour, laisse à l'administration un large pouvoir pour apprécier si l'admission au séjour d'un étranger répond à des considérations humanitaires ou si elle se justifie au regard des motifs exceptionnels dont l'intéressé se prévaut.
7. Comme il a été dit au point 5, M. E, en dépit de l'ancienneté de sa présence en France, ne justifie pas d'une insertion sociale et professionnelle accomplie. En se bornant à se prévaloir de ses liens familiaux sur le territoire français, l'intéressé ne démontre pas l'existence de considérations humanitaires ou de circonstances exceptionnelles au sens des dispositions citées au point précédent. Dès lors, le préfet de la Loire-Atlantique n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni commis d'erreur manifeste d'appréciation ou d'erreur de fait en refusant l'admission exceptionnelle de M. E au séjour.
8. En troisième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative: / 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; / () / 4° Dans le cas prévu à l'article L. 435-1. ". Par ailleurs, aux termes du deuxième alinéa de l'article L. 435-1 du même code : " Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 ".
9. Comme il a été dit au point 5, M. E ne remplit pas les conditions de la délivrance du titre de séjour prévu à l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En outre, les périodes de détention accomplies à la suite d'une condamnation à des peines privatives de liberté ne peuvent être prises en compte dans le calcul de la durée de la résidence en France. Dès lors, le requérant, qui a été incarcéré pendant plus de dix ans, ne justifiait pas, à la date de la décision attaquée, résider habituellement en France depuis plus de dix ans. La circonstance qu'il a travaillé pendant une partie de sa détention est sans incidence à cet égard. Ainsi, le préfet de la Loire-Atlantique n'était pas tenu de saisir la commission du titre de séjour. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure que constituerait l'absence de saisine de cette commission du titre de séjour doit être écarté.
10. En quatrième lieu, compte tenu des conditions du séjour de M. E en France et pour les raisons mentionnées au point 5, le préfet de la Loire-Atlantique n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en refusant de délivrer à l'intéressé un titre de séjour.
En ce qui concerne les autres moyens soulevés à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
11. En premier lieu, en l'absence d'annulation de la décision portant refus de titre de séjour, le moyen tiré de l'annulation par voie de conséquence de la décision portant obligation de quitter le territoire ne peut qu'être écarté.
12. En deuxième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 5 et 10.
13. En troisième lieu, M. E soutient que la décision attaquée, dès lors qu'elle le sépare de ses enfants mineurs, est contraire à l'intérêt supérieur de ces derniers, garanti par l'article 3.1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Toutefois, les photographies non légendées et les attestations versées au dossier ne permettent pas d'établir l'intensité, la stabilité et l'ancienneté des liens tissés par le requérant avec ses deux enfants mineurs. Dès lors, compte tenu des conditions du séjour de M. E en France, comme des effets d'une obligation de quitter le territoire français, le préfet de la Loire-Atlantique n'a pas, en prononçant une telle obligation à l'encontre de l'intéressé, méconnu les stipulations de l'article 3.1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
En ce qui concerne les autres moyens soulevés à l'encontre de la décision portant fixation du pays de renvoi :
14. En premier lieu, en l'absence d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de l'annulation par voie de conséquence de la décision portant fixation du pays de destination ne peut qu'être écarté.
15. En second lieu, aux termes de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office d'une décision portant obligation de quitter le territoire français () ". L'article L. 612-12 de ce code dispose que : " La décision portant obligation de quitter le territoire français mentionne le pays, fixé en application de l'article L. 721-3, à destination duquel l'étranger est renvoyé en cas d'exécution d'office ". Aux termes de l'article L. 721-4 du même code : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité () ".
16. Pour motiver la décision fixant le pays de destination, le préfet a visé notamment les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, les dispositions de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a précisé que M. E n'établit pas que sa vie ou sa liberté soient menacées dans son pays d'origine ou qu'il y soit exposé à des peines ou des traitements contraires à l'article 3 de ladite convention. L'article 4 de l'arrêté attaqué prévoit quant à lui que si le requérant n'a pas quitté le territoire français à l'expiration du délai de départ volontaire de trente jours qui lui est accordé, la décision d'éloignement sera mise à exécution à destination du pays dont l'intéressé possède la nationalité, ou de tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. M. E soutient que la décision attaquée est, ce faisant, insuffisamment motivée dès lors qu'il ne possède la nationalité d'aucun pays. Toutefois, les deux demandes présentées par l'intéressé en vue d'accéder au statut d'apatride ont été rejetées par deux décisions du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides des 29 juillet 2020 et 10 août 2021. Les requêtes à fin d'annulation de ces décisions, introduites par le requérant, ont été rejetées par deux jugements du tribunal, l'un du 19 juillet 2023 devenu définitif et l'autre rendu à la même date que le présent jugement. Dans ces conditions, il n'est pas établi que M. E ne possède aucune nationalité. La décision attaquée fixant le pays de destination doit, par suite, être regardée comme suffisamment motivée en droit et en fait et conforme aux dispositions, citées au point précédent, de l'article L. 612-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
17. Il résulte de tout ce qui précède que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
18. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par M. E, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées par le requérant doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
19. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, combinées avec celles de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement d'une somme au conseil de M. E au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. E est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A E, au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Thibaut Philippon.
Délibéré après l'audience du 22 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Luc Martin, président,
M. Xavier Catroux, premier conseiller,
Mme Justine-Kozue Kubota, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 juillet 2024.
Le président-rapporteur,
L. MARTINL'assesseur le plus ancien
X. CATROUX
La greffière,
V. MALINGRE
La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
V. Malingre
em
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026