jeudi 6 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2211804 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | GIROUD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 9 septembre 2022, M. F C et Mme D B épouse C, représentés par Me Jean-Meire, demandent au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté du 17 novembre 2021 par lequel le maire du Croisic (Loire-Atlantique) a accordé à M. et Mme A E un permis de construire en vue de la démolition d'un immeuble et de la construction d'une maison individuelle sur le terrain cadastré section AR n° 99 situé 21 avenue de la Pierre Longue au Croisic ;
2°) de mettre à la charge de la commune du Croisic une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- leur requête est recevable dès lors, d'une part, que leur recours au fond n'était pas tardif en application des dispositions de l'article R. 600-2 du code de l'urbanisme et, d'autre part, qu'ils justifient d'un intérêt à agir en leur qualité de voisins immédiats du projet litigieux visible depuis leur propriété et beaucoup plus volumineux que l'immeuble existant, et dans la mesure où ils seront amenés à subir des troubles dans les conditions d'occupation, d'utilisation et de jouissance de leur maison d'habitation du fait notamment de la construction à venir d'une piscine et des multiples ouvertures prévues qui donneront directement sur leur terrain ;
- la condition d'urgence est satisfaite dès lors qu'en application des dispositions de l'article L. 600-3 du code de l'urbanisme, elle est présumée ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
* elle méconnaît l'article UR 13 du règlement de l'aire de mise en valeur de l'architecture et du patrimoine (AVAP) en ce qui concerne les règles d'implantation en cas de percées visuelles, applicable au projet litigieux qui constitue une nouvelle construction dès lors qu'il s'agit de démolir intégralement une habitation existante pour en édifier une toute nouvelle, le fait qu'un pan de mur soit conservé, pour des raisons exclusivement esthétiques, n'étant pas de nature à remettre en cause cette circonstance ; l'implantation de la construction principale aurait dû se faire à une distance minimale de 5 mètres par rapport à la limite séparative ouest de la parcelle de M. et Mme A E ; la percée visuelle n'est aucunement située sur la limite séparative mais figure bien intégralement dans la parcelle des intéressés et prend naissance dans l'angle nord-ouest de leur parcelle pour se poursuivre ensuite en intégralité dans leur terrain ;
* elle méconnaît les dispositions de l'article L. 121-16 du code de l'urbanisme : quand bien même un terrain serait situé en continuité avec une zone déjà urbanisée au sens de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme, si le compartiment en cause est insuffisamment urbanisé au regard des exigences de l'article L. 121-16 du même code, il est inconstructible en vertu de ces dispositions ; la commune n'est donc pas fondée à s'appuyer sur l'identification par le schéma de cohérence territoriale (SCoT) de " Cap Atlantique " de l'enveloppe urbaine, laquelle concerne uniquement l'indicateur de consommation d'espace et n'est en rien liée à l'application de la " loi Littoral " ; le terrain des pétitionnaires s'insère dans un petit compartiment qui ne comprend que sept maisons d'habitation entourées d'espaces non construits et inconstructibles dont la partie sud s'ouvre sur le domaine public maritime, et la construction située sur le terrain des pétitionnaires est située à environ 70 mètres de distance des constructions plus densément implantées sur la partie nord et est dès lors manifestement détachée, notamment du fait de la parcelle n° 185, caractérisant une rupture d'urbanisation ; à l'ouest, le bâtiment du centre de loisirs et son vaste terrain de plus de 4 000 m2 créent une rupture dans le tissu urbanisé à la fois s'agissant du rythme parcellaire et de l'orientation de l'urbanisation environnante, ce bâtiment réorientant sans ambiguïté le front bâti sur le secteur nord et détachant le petit groupe des sept habitations dans un compartiment isolé ; à l'est, un vaste parking d'environ 2 000 m2 déconnecte le compartiment précité du reste de l'urbanisation environnante ; en définitive, ce petit compartiment est situé en dehors du front bâti urbanisé du secteur environnant et forme un îlot dont le nombre et la densité des constructions sont insuffisants pour faire regarder le terrain des pétitionnaires comme situé dans un espace urbanisé au sens de l'article L. 121-16 du code de l'urbanisme ;
* elle méconnaît les dispositions de l'article R. 431-9 du code de l'urbanisme, la demande de permis de construire, notamment le plan de masse, ne comportant aucun élément relatif au traitement des eaux pluviales, alors que la notion d'assainissement recouvre pourtant à la fois l'évacuation des eaux usées et celle des eaux pluviales et que le b) de l'article UR 4 du plan local d'urbanisme (PLU) impose un traitement " à la parcelle " des eaux de ruissellement ; le projet litigieux comprend une piscine, qui nécessite des aménagements spécifiques en matière de gestion des eaux pluviales ; l'insuffisance du dossier de demande de permis de construire de a bien été de nature à fausser l'appréciation des services instructeurs quant à la régularité du projet en cause s'agissant de la gestion des eaux pluviales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 septembre 2022 la commune du Croisic, représentée par Me Giroud, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de M. et Mme C le versement de la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- les requérant ne justifient pas de leur intérêt à agir en se bornant à développer une argumentation abstraite, les troubles allégués dans les conditions d'occupation, d'utilisation et de jouissance de leur maison d'habitation qui résulteraient de la seule édification d'une piscine n'apparaissant pas avec " évidence " ; la propriété des requérants n'a strictement aucune vue ni même visibilité sur celle des pétitionnaires et ne sera donc pas visible depuis leur propriété ; rien ne permet d'établir que le projet d'une piscine serait, par sa seule existence, susceptible de troubler les conditions d'occupation, d'utilisation et de jouissance de la maison des requérants, dont la propriété se trouve bordée par une route au sud et par un parking public à l'est ;
- la condition d'urgence n'est pas satisfaite dès lors que l'absence d'empressement à saisir le juge des référés suffit à établir que la décision litigieuse ne préjudicie pas de manière suffisamment grave et immédiate aux intérêts des requérants, qui ont introduit leur requête en annulation le 11 février 2022 ;
- le permis de construire ayant été délivré le 17 novembre 2021 et la requête en annulation n'ayant été enregistrée au greffe de la juridiction de céans que le 11 février 2022, soit près de trois mois après sa délivrance, la preuve d'un affichage sur le terrain antérieur au 11 décembre 2021 rendrait la requête en annulation irrecevable comme tardive et, par conséquent, le présent recours infondé ; le bénéficiaire du permis de construire établira le cas échéant qu'il pourrait avoir affiché le permis de construire sur le terrain d'assiette avant le 11 décembre 2021 ;
- aucun des moyens soulevés par M. et Mme C n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
* L'AVAP règlemente donc de façon différente les règles d'implantation des constructions par rapport aux limites séparatives, selon que la " percée visuelle " identifiée sur le plan règlementaire est située sur la limite séparative (implantation en retrait de 2,50 mètres de part et d'autre) ou en marge de cette limite séparative (implantation en retrait de 5 mètres par rapport à la limite séparative) ; en l'espèce, ainsi que l'a considéré l'ABF, la double flèche matérialisant la percée visuelle est implantée sur la limite séparative, de sorte que seul un retrait de 2,50 mètres par rapport à cette limite s'imposait pour l'implantation de la construction en façade ouest ; les écarts par rapport à la limite séparative que croient déceler les requérants au moyen d'un important grossissement ne sont que des écarts liés à l'utilisation de l'outil informatique ;
* le terrain d'assiette du projet est bien intégré aux espaces urbanisés de la commune et le " compartiment qui ne comprend que sept maisons d'habitation entourées d'espaces non construits et inconstructibles " dans lequel les requérants situent artificiellement ce terrain ne vise qu'à scinder artificiellement l'espace urbanisé ; le " front bâti " évoqué par les requérants est représenté de façon erronée puisqu'il contourne les maisons individuelles situées en front de mer, au nombre desquelles la maison occupant actuellement le terrain d'assiette du projet et celles l'entourant ; enfin, le terrain d'assiette du projet figure bien à l'intérieur de l'enveloppe urbaine à la date d'approbation du SCoT de " Cap Atlantique " le 29 mars 2018 ;
* la gestion des eaux pluviales est distincte de celle de l'assainissement et en tout état de cause, la parcelle terrain d'assiette du projet est desservie par un réseau public d'assainissement des eaux usées auquel la construction future sera raccordée, ainsi qu'il résulte de l'avis favorable émis par " Cap Atlantique " en tant que gestionnaire des services de l'eau et de l'assainissement, avis joint à l'arrêté de permis de construire.
Par un mémoire en défense enregistré le 3 octobre 2022 M. G A E et Mme H A E concluent au rejet de la requête.
Ils font valoir que :
- le terrain d'assiette du projet litigieux est constructible ;
- le projet litigieux est très similaire au bâti existant ;
- la piscine a été insérée entre la maison et le garage afin d'assurer une continuité, et elle ne sera pas plus source de nuisance que lorsque des enfants jouent dans un jardin, ce que leurs petites-filles font d'ores-et-déjà régulièrement sans que personne ne se soit plaint ;
- il n'y a pas création d'un étage puisque la maison actuelle en comporte déjà un, doté de fenêtres côté nord et côté sud, de sorte qu'aucune perte d'ensoleillement ne saurait être invoquée ;
- les propriétaires précédents utilisaient déjà la voie d'accès située à l'arrière de la parcelle pour garer les véhicules à l'arrière de la maison sans qu'aucune plainte ou action particulière ne soit à déplorer ;
- leur projet ne comporte pas de front bâti et respecte donc " l'échappée " vers ou depuis la mer et le document produit par les requérants à ce sujet n'est pas probant.
Vu :
- les pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 11 février 2022 sous le numéro 2201846, par laquelle M. et Mme C demandent l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Le Barbier, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 4 octobre 2022 à 10 heures :
- le rapport de Mme Le Barbier, juge des référés,
- les observations de Me Jean-Meire avocat de M. et Mme C ;
- les observations de Me Giroud, représentant la commune du Croisic ;
- et les observations de M. A E et de Mme A E.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
2. M. et Mme C demandent au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de l'arrêté du 17 novembre 2021 par lequel le maire du Croisic (Loire-Atlantique) a accordé à M. et Mme A E un permis de construire en vue de la démolition d'un immeuble et de la construction d'une maison individuelle sur le terrain cadastré section AR n° 99 situé 21 avenue de la Pierre Longue au Croisic.
3. Aucun des moyens soulevés par M. et Mme C, tels qu'énoncés dans les visas de la présente ordonnance, ne paraît, en l'état de l'instruction, de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté du 17 novembre 2021 par lequel le maire du Croisic (Loire-Atlantique) a accordé à M. et Mme A E un permis de construire en vue de la démolition d'un immeuble et de la construction d'une maison individuelle sur le terrain cadastré section AR n° 99 situé 21 avenue de la Pierre Longue au Croisic.
4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir opposées en défense ni d'apprécier la condition d'urgence, que les conclusions présentées par M. et Mme C sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
Sur les frais liés à l'instance :
5. Les dispositions de l'article L. 761-1 font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune du Croisic, qui n'est pas partie perdante à la présente instance, la somme que demandent M. et Mme C sur ce fondement.
6. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. et Mme C la somme que la commune du Croisic demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. et Mme C est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la commune du Croisic au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. F C, à Mme D B épouse C, à M. G A E, à Mme H A E ainsi qu'à la commune du Croisic.
Fait à Nantes, le 6 octobre 2022.
La juge des référés,
M. A I
La greffière,
M-C. MinardLa République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026