mardi 20 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2211865 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 10ème chambre |
| Avocat requérant | REGENT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 12 septembre 2022, M. C B et Mme D A, agissant en leur nom propre et en qualité de représentants légaux de Megui B, représentés par Me Régent, doivent être regardés comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 6 juillet 2022 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours dirigé contre la décision de l'autorité consulaire française à Bamako (Mali) refusant de délivrer à Mme A et à Megui B des visas d'entrée et de long séjour au titre du regroupement familial ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer les visas sollicités dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de faire procéder au réexamen des demandes dans les mêmes conditions de délai ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée dès lors que la commission de recours a communiqué les motifs de sa décision implicite après l'expiration du délai d'un mois qui lui était imparti pour ce faire et qu'elle contient, en tout état de cause, une motivation stéréotypée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de la situation des demandeuses ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation des identités et des liens familiaux allégués ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Par ordonnance du 20 février 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 17 avril 2023 à 17h00.
La requête a été communiquée au ministre de l'intérieur et des outre-mer qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 30 mai 2023 :
- le rapport de Mme Louazel, rapporteuse,
- les observations de Me Régent, avocate des requérants.
Considérant ce qui suit :
1. M. C B, ressortissant malien, a obtenu le bénéfice du regroupement familial par une décision du préfet des Hauts-de-Seine du 16 mars 2017 au profit de son épouse alléguée, Mme D A, et de leur enfant déclarée, Megui B. Les bénéficiaires du regroupement ont, en conséquence, sollicité la délivrance de visas de long séjour auprès de l'autorité consulaire à Bamako, laquelle a rejeté leurs demandes le 11 février 2022. Par une décision du 6 juillet 2022, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours dirigé à l'encontre du refus de l'autorité consulaire. M. B et Mme A demandent au tribunal l'annulation de cette décision du 6 juillet 2022.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Lorsque la venue d'une personne en France a été autorisée au titre du regroupement familial, l'autorité administrative n'est en droit de rejeter la demande de visa dont elle est saisie à cette fin que pour un motif d'ordre public. Figure au nombre de ces motifs le défaut de caractère probant des documents destinés à établir l'identité du demandeur ou de la demandeuse de visa et le lien familial avec la personne ayant sollicité le bénéfice du regroupement familial.
3. Pour rejeter le recours préalable obligatoire formé à l'encontre de la décision consulaire, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a relevé que : " - Les actes de naissance présentés à l'appui des demandes de visa de Mme D A et de Megui B ne sont pas conformes à la législation malienne (Megui - article 106, D - articles 75 et 133), ce qui leur ôte tout caractère probant et qui ne permet pas d'établir le lien familial allégué entre les intéressées et M. C B, qui est à l'origine de la demande de regroupement familial. La production au dossier de tels documents relève au surplus d'une intention frauduleuse. / - Par ailleurs, deux actes de mariage différents, ont été successivement présentés à l'appui de la demande de visa en 2019, et de la demande déposée en 2021, sans explication de la part des demandeurs, ce qui leur ôte tout caractère probant. / - Enfin, M. C B n'apporte aucun élément permettant d'établir qu'il a contribué ou contribue effectivement à l'entretien de sa famille et à l'éducation de l'enfant dont il sollicite la venue en France, ni qu'il leur apporterait un soutien affectif et qu'il communiquerait régulièrement avec elles () ".
4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil. ". Il résulte des dispositions de l'article 47 du code civil que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient aux juges administratifs de former leur conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, les juges doivent en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui leur est soumis.
5. Il incombe aux autorités administratives françaises de tenir compte des jugements rendus par un tribunal étranger relativement à l'état et à la capacité des personnes sauf à ce qu'ils aient fait l'objet d'une déclaration d'inopposabilité, laquelle ne peut être prononcée que par le juge judiciaire, ou, à établir l'existence d'une fraude ou d'une situation contraire à la conception française de l'ordre public international.
En ce qui concerne Mme D A :
6. Pour justifier de son identité, la demandeuse a produit, devant les autorités consulaires, le jugement supplétif n° 0649 rendu le 30 mai 2005 par le tribunal de grande instance de Kayes (Mali), accompagné de l'acte de naissance en assurant la transcription. Aucune critique n'est formulée à l'encontre de ce jugement et celles relevées concernant les actes de transcription ne peuvent établir le caractère frauduleux de ce jugement. Dans ces conditions, l'identité de Mme D A doit être regardée comme établie par cette décision juridictionnelle. Par suite, la commission de recours ne saurait utilement critiquer la valeur probante de l'acte de naissance pris en transcription du jugement supplétif.
7. La requérante a en outre versé, à l'appui de sa demande de visa, l'extrait d'acte de mariage n° 32 établi le 1er février 2021 par l'officier d'état civil du centre de Missira (Mali). Il est constant que Mme A a présenté, à l'appui d'une précédente demande de visa, un acte de mariage enregistré le 17 juillet 2005 devant les autorités administratives. Les requérants apportent toutefois une explication cohérente à cette présentation successive d'actes en indiquant que le premier acte leur a été remis à l'issue de la célébration de leur premier mariage, qu'ils ont divorcé, puis qu'un second acte leur a été délivré après qu'ils se sont remariés en 2021. En toute hypothèse, les documents versés à l'appui de ces allégations confirment les informations essentielles relatives au lien matrimonial dont se prévalent les requérants.
En ce qui concerne Megui B :
8. Pour justifier de l'identité de la demandeuse et du lien de filiation les unissant, M. B a produit, devant les autorités consulaires, le jugement supplétif n° 2264 du tribunal de grande instance de la commune II du district de Bamako rendu le 12 novembre 2013, ainsi que l'acte de naissance en assurant la transcription. Ce jugement ne fait l'objet d'aucune critique et les critiques émises à l'encontre des actes pris pour sa transcription ne sont pas de nature à démontrer le caractère frauduleux de ce jugement. Dans ces conditions, l'identité de la demandeuse présentée comme Megui B et le lien de filiation l'unissant au requérant doivent être tenus pour établis.
9. Il suit de là que les requérants sont fondés à soutenir que la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France est entachée d'une erreur d'appréciation.
10. En second lieu, la circonstance, à la supposer avérée, selon laquelle M. B n'établirait ni contribuer à l'entretien de sa famille et à l'éducation de sa fille ni lui apporte un soutien affectif et régulier n'est pas au nombre des motifs d'ordre public susceptibles de justifier légalement le refus de délivrer un visa d'entrée et de long séjour à la demandeuse dont la venue en France a été autorisée au titre du regroupement familial et n'est ainsi pas de nature à fonder légalement la décision attaquée.
11. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la partie requérante est fondée à demander l'annulation de la décision attaquée.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
12. Eu égard à ses motifs, le présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer à Mme A et à Megui B les visas de long séjour sollicités. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au ministre de faire délivrer aux intéressées ces visas dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais d'instance :
13. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme globale de 1 200 euros à verser à M. B et à Mme A au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : La décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France du 6 juillet 2022 est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer à Mme A et à Megui B les visas de long séjour sollicités dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à M. B et à Mme A la somme globale de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Mme D A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 30 mai 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Rimeu, présidente,
Mme Louazel, conseillère,
M. Tavernier, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2023.
La rapporteuse,
M. LOUAZEL
La présidente,
S. RIMEU
La greffière,
S. LE DUFF
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026