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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2212003

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2212003

mardi 16 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2212003
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantBOURGEOIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 septembre 2022, Mme D C, représentée par Me Bourgeois, demande au tribunal :

1°) d'annuler en toutes ses décisions l'arrêté du 3 juin 2022 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de départ volontaire de trente jours, laquelle obligation fixe le pays de destination en cas de reconduite d'office à l'issue de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de lui délivrer le titre de séjour sollicité ou de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard et de la munir d'une autorisation provisoire de séjour durant le temps nécessaire au réexamen de sa demande ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision de refus de séjour est insuffisamment motivée, ce qui révèle un défaut d'examen ;

- la décision de refus de séjour est entachée d'une erreur de fait, qui révèle un défaut d'examen ;

- la décision de refus de séjour est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation des articles R. 621-2 et L. 621-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision est entachée d'une erreur de droit quant aux dispositions des articles L. 423-1 et L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux dispositions des articles L. 423-1 et L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision de refus de séjour méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision de refus de séjour est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- l'obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;

- l'obligation de quitter le territoire français est illégale à raison de l'illégalité de la décision de refus de séjour ;

- l'obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales

- l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision fixant le pays de destination est insuffisamment motivée ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale à raison de l'illégalité de la décision de refus de séjour ;

- la décision fixant le pays de destination méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire enregistré le 20 mars 2023, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par une décision du 16 août 2022, Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Milin, première conseillère ;

- les observations de Me Bourgeois, avocat de Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante camerounaise née en 1990, déclare être entrée en France le 10 septembre 2018 sous couvert d'un visa de court séjour délivré par les autorités tchèques valable du 5 au 14 septembre 2018. Par un arrêté du 17 août 2020, le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté sa demande de titre de séjour formée sur le fondement de l'article L. 313-20 10° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de départ volontaire de trente jours, laquelle obligation fixe le pays de destination en cas de reconduite d'office à l'issue de ce délai. La requête en annulation formée par Mme C contre cet arrêté a été rejetée par le jugement n° 2101774 de ce tribunal et par l'arrêt n° 22NT01996 de la cour administrative d'appel de Nantes. Le 25 août 2021, Mme C a sollicité du préfet de la Loire-Atlantique la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des articles L. 423-1 et L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté attaqué du 3 juin 2022, le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel elle pourrait être éloignée.

2. La décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour comporte les éléments de fait et de droit qui la fonde. Par suite, le moyen tiré de son défaut de motivation manque en fait. En outre, en vertu des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lorsque l'obligation de quitter le territoire français est fondée, comme c'est le cas en l'espèce, sur les dispositions du 3° de l'article L. 611-1 de ce même code, elle n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle du refus de séjour. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'obligation de quitter le territoire français prononcée à son encontre doit être écarté. Enfin, la décision fixant le pays de destination, qui vise notamment l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et constate que l'intéressée est de nationalité camerounaise et fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français, comporte, de ce seul fait, les éléments de fait et de droit qui la fonde. Il en résulte que l'arrêté attaqué est suffisamment motivé.

3. Il ne ressort pas de pièces du dossier que le préfet de la Loire-Atlantique n'a pas procédé à un examen particulier de la situation de Mme C, notamment en ne faisant pas état de sa carrière d'athlète de haut niveau, laquelle n'était pas en rapport avec le titre de séjour sollicité.

4. D'une part, aux termes de l'article L. 425-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, entré régulièrement et marié en France avec un ressortissant français avec lequel il justifie d'une vie commune et effective de six mois en France, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. ".

5. D'autre part, aux termes de l'article 22 de la convention d'application de l'accord de Schengen, signée le 19 juin 1990 : " I - Les étrangers entrés régulièrement sur le territoire d'une des parties contractantes sont tenus de se déclarer, dans les conditions fixées par chaque partie contractante, aux autorités compétentes de la partie contractante sur le territoire de laquelle ils pénètrent () ". Aux termes de l'article L. 621-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger en provenance directe du territoire d'un État partie à la convention signée à Schengen le 19 juin 1990 peut se voir appliquer les dispositions de l'article L. 621-2 lorsqu'il est entré ou a séjourné sur le territoire français () sans souscrire, au moment de l'entrée sur ce territoire, la déclaration obligatoire prévue par l'article 22 de la même convention, alors qu'il était astreint à cette formalité ". Aux termes de l'article R. 621-2 du même code : " Sous réserve des dispositions de l'article R. 621-4, l'étranger souscrit la déclaration d'entrée sur le territoire français mentionnée à l'article L. 621-3 auprès des services de la police nationale ou, en l'absence de tels services, des services des douanes ou des unités de la gendarmerie nationale. A cette occasion, il lui est remis un récépissé qui peut être délivré par apposition d'une mention sur le document de voyage. / Les modalités d'application du présent article, et notamment les mentions de la déclaration et son lieu de souscription, sont fixées par arrêté conjoint du ministre de l'intérieur et du ministre chargé de l'immigration. ". L'article R. 621-4 dispose que : " N'est pas astreint à la déclaration d'entrée sur le territoire français l'étranger qui se trouve dans l'une des situations suivantes : / 1° N'est pas soumis à l'obligation du visa pour entrer en France en vue d'un séjour d'une durée inférieure ou égale à trois mois ; / 2° Est titulaire d'un titre de séjour en cours de validité, d'une durée supérieure ou égale à un an, délivré par un Etat partie à la convention signée à Schengen le 19 juin 1990 ; toutefois un arrêté du ministre chargé de l'immigration peut désigner les étrangers titulaires d'un tel titre qui demeurent astreints à la déclaration d'entrée ".

6. Il résulte de ces stipulations et dispositions que, d'une part, la délivrance d'une carte de séjour d'un an à un ressortissant étranger dépourvu de visa de long séjour en qualité de conjoint de français est subordonnée à la justification d'une entrée régulière sur le territoire français et, d'autre part, un ressortissant étranger soumis à l'obligation de présenter un visa ne peut être regardé comme entré régulièrement sur le territoire français au moyen d'un visa Schengen délivré par un Etat autre que la France que s'il a effectué une déclaration d'entrée sur le territoire.

7. En l'espèce, Mme C fait valoir qu'elle est entrée en France le 11 septembre 2018 munie de son passeport revêtu d'un visa délivré par les autorités tchèques valable du 5 au 14 septembre 2018 et produit à l'appui de ses allégations un billet de bus à son nom relatif à un trajet Ostrava - Vienne - Paris du 10 septembre 2018 à 7 heures au 11 septembre 2018 à 7 heures 15. Cependant, cet élément n'est pas de nature à établir la régularité de l'entrée sur le territoire français dès lors qu'elle ne justifie pas avoir respecté l'obligation de souscription de la déclaration prévue par l'article 22 de la convention d'application de l'accord de Schengen. Dès lors, le préfet de la Loire-Atlantique n'a pas commis d'erreur de fait, ni d'erreur de droit, ni d'erreur manifeste d'appréciation en opposant à Mme C l'irrégularité de son entrée sur le territoire français pour lui refuser la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, où à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

9. Le séjour de Mme C en France n'est pas ancien et s'est effectué de manière irrégulière depuis l'entrée de l'intéressée qui s'est en outre maintenue sur le territoire français après l'édiction d'une première mesure d'éloignement à son encontre. Si Mme C est mariée depuis le 29 mai 2021 à un ressortissant français, cette union demeure récente à la date de la décision attaquée, tout comme la communauté de vie du couple, qui daterait du 21 février 2019, au domicile des parents de l'époux de la requérante, laquelle est au demeurant peu étayée. Si Mme C soutient s'être constitué un solide réseau relationnel en France en sa qualité de sportive de haut niveau, sa seule participation à des compétitions sportives, aussi nombreuses et couronnées de réussite fussent-elles, ne sont pas de nature à établir l'existence de relations anciennes, stables et durables en France. Enfin, Mme C n'est pas dépourvue d'attaches familiales au Cameroun, pays où elle a vécu jusqu'à l'âge de 28 ans et où résident sa mère et ses sept frères et sœurs. Il ne ressort pas des pièces du dossier que, compte tenu de la durée comme des conditions du séjour de Mme C en France, le préfet de la Loire-Atlantique aurait porté une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressée au respect de sa vie privée et familiale en lui refusant la délivrance d'un titre séjour, en lui faisant obligation de quitter le territoire français dans un délai de départ volontaire de trente jours et en fixant le pays de destination. Il n'a pas davantage commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences des décisions de refus de séjour et d'obligation de quitter le territoire français sur la situation personnelle de l'intéressée, en prenant l'arrêté attaqué.

10. L'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour n'étant pas établie, eu égard à ce qui précède, Mme C n'est pas fondée à se prévaloir de cette illégalité à l'encontre de la décision l'obligeant à quitter le territoire français et de la décision fixant le pays de destination.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme C à fin d'annulation, ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C, à Me Bourgeois et au préfet de la Loire-Atlantique.

Délibéré après l'audience du 2 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. A de Baleine, président,

Mme Thomas, première conseillère,

Mme Milin, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mai 2023.

La rapporteure,

C. MILINLe président,

A. A DE BALEINE

La greffière,

L. LÉCUYER

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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