mardi 10 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2212047 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 11ème chambre |
| Avocat requérant | ARNAL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 15 septembre 2022 et le 17 juillet 2023, Mme A et M. C B, agissant tant en leurs noms personnels qu'en qualité de représentants légaux de leur enfant mineur D, Avit, Charjhade B, représentés par Me Arnal, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 4 août 2022 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours dirigé contre la décision de l'autorité consulaire française à Tananarive (Madagascar) refusant à Mme A la délivrance d'un visa d'entrée et de long séjour en qualité de parent étranger d'un enfant de nationalité française ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de délivrer le visa sollicité dans un délai de 48 heures à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la décision attaquée n'est pas motivée ;
- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'elle se fonde sur les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur de droit, dans la mesure où le motif tiré du caractère insuffisant des moyens d'existence de la requérante pour un séjour en France de longue durée n'est pas au nombre de ceux pouvant servir de fondement légal à un refus de visa tel que celui qui a été sollicité, ainsi que d'une erreur de fait et d'une erreur d'appréciation dès lors que la demandeuse de visa sera prise en charge par M. B;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le nouveau motif dont le ministre demande la substitution, tiré de la situation de bigamie de M. B, n'est pas fondé dès lors que l'intéressé n'a pas contracté de second mariage.
Par un mémoire en défense enregistré le 10 juillet 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- les moyens soulevés par Mme A et M. B ne sont pas fondés ;
- la décision peut également être fondée sur le motif tiré de la situation de bigamie de M. B.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 12 septembre 2023 :
- le rapport de Mme Roncière, rapporteure,
- et les observations de Me Arnal, représentant les requérants.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante malgache, née le 23 mai 1987 à Diego Suarez (Madagascar), et mère de l'enfant D B, née le 3 avril 2019 de sa relation avec M. C B, de nationalité française, a sollicité auprès de l'autorité consulaire française à Tananarive (Madagascar) la délivrance d'un visa d'entrée et de long séjour en France en qualité de parent étranger d'enfant de nationalité française. Par une décision du 18 mars 2022, cette autorité a refusé de lui délivrer le visa sollicité. Par une décision du 4 août 2022, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre cette décision consulaire. M. B et Mme A demandent au tribunal d'annuler la décision de la commission.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Pour rejeter le recours dont elle était saisie, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France s'est fondée sur les motifs tirés de ce que, d'une part, " l'enfant français de Mme A résidant avec elle à Madagascar, elle ne peut utilement solliciter un visa de long séjour au titre demandé " et d'autre part, " la demandeuse de visa, célibataire, qui ne déclare aucune profession, ne justifie pas disposer de moyens d'existence pour assumer les charges liées à un séjour en France de longue durée ".
3. Aux termes de l'article L. 312-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Tout étranger souhaitant entrer en France en vue d'y séjourner pour une durée supérieure à trois mois doit solliciter auprès des autorités diplomatiques et consulaires françaises un visa de long séjour dont la durée de validité ne peut être supérieure à un an. Ce visa peut autoriser un séjour de plus de trois mois à caractère familial, en qualité de visiteur, d'étudiant, de stagiaire ou au titre d'une activité professionnelle, et plus généralement tout type de séjour d'une durée supérieure à trois mois conférant à son titulaire les droits attachés à une carte de séjour temporaire ou à la carte de séjour pluriannuelle prévue aux articles L. 421-9 à L. 421-11 et L. 421-13 à L. 421-24. "
4. En l'absence de toute disposition conventionnelle, législative ou réglementaire déterminant les cas où le visa peut être refusé à une personne étrangère désirant se rendre en France, et eu égard à la nature d'une telle décision, les autorités françaises disposent d'un large pouvoir d'appréciation à cet égard, et peuvent se fonder non seulement sur des motifs tenant à l'ordre public mais sur toute considération d'intérêt général, dans le cadre d'une analyse adaptée à la nature du visa sollicité et dans le respect des engagements internationaux de la France.
5. Il en résulte que les dispositions relatives aux conditions de délivrance d'une carte de séjour portant la mention " parent d'enfant français " d'une durée inférieure ou égale à un an, telles que précisées par l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne sont pas applicables aux demandes présentées pour l'octroi d'un tel visa et ne peuvent fonder un refus de délivrance.
6. Il ressort des pièces du dossier que Mme A, ressortissante malgache, a sollicité la délivrance d'un visa d'entrée et de long séjour dans le but de s'établir en France avec sa fille, D B, de nationalité française, qui, alors même qu'elle réside depuis sa naissance à Madagascar aux côtés de sa mère, dispose, eu égard à la présence de son père en France et à la nature des droits attachés à sa nationalité, du droit fondamental de rejoindre le territoire français. Il est en outre constant qu'eu égard à son jeune âge à la date de la décision attaquée, sa fille ne pouvait voyager et s'établir seule en France. Dans ces conditions, en refusant de délivrer un visa de long séjour à Mme A en dépit de sa qualité de parent d'enfant français, au motif que sa fille, de nationalité française, réside avec elle à Madagascar, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation et a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
7. Par ailleurs, la circonstance que Mme A ne disposerait pas de moyens d'existence suffisants pour assumer les charges liées à son séjour en France avec sa fille, à la supposer avérée, n'est pas au nombre des motifs d'intérêt général permettant de refuser de délivrer un visa de long séjour à un parent d'un enfant de nationalité française. Par suite, ce second motif opposé par la commission est entaché d'erreur de droit.
8. Toutefois l'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.
9. Le ministre de l'intérieur fait valoir dans son mémoire en défense, communiqué au requérant, que la décision litigieuse est fondée sur un autre motifs tiré de la situation de bigamie de M. B.
10. Aux termes de l'article 147 du code civil : " On ne peut contracter un second mariage avant la dissolution du premier. "
11. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B serait en situation de bigamie dès lors qu'il n'a pas contracté de second mariage avant la dissolution de son premier mariage. Par suite, la demande de substitution de motif formulée par le ministre de l'intérieur en défense ne peut être accueillie.
12. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il y ait lieu de se prononcer sur les autres moyens de la requête que Mme A et M. B sont fondés à demander l'annulation de la décision attaquée.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
13. Le présent jugement, eu égard au motif d'annulation retenu, implique nécessairement qu'il soit enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer à Mme Mme A le visa d'entrée et de long séjour sollicité dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les conclusions tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative :
14. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme globale de 1 200 euros au titre des frais exposés par Mme A et M. B et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : La décision du 4 août 2022 de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France en date est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de faire délivrer le visa sollicité dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à Mme A et M. B une somme de 1 200 euros (mille deux cents euros) sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A, M. C B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 12 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Besse, président,
Mme Roncière, première conseillère,
Mme Dubus, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2023.
La rapporteure,
M.-A. RONCIERE
Le président,
P. BESSE
La greffière,
J. HUMANN
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026