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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2212182

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2212182

lundi 26 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2212182
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème Chambre
Avocat requérantFERRERO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 19 septembre 2022, M. B D, agissant pour le compte de son enfant mineur M. C D, représenté par Me Ferrero, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite née le 19 juillet 2022 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours contre la décision du 13 avril 2022 des autorités consulaires françaises à Conakry (Guinée) refusant de délivrer à C D un visa de long séjour en qualité d'enfant de français ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de réexaminer sa demande de visa dans un délai de 10 jours à compter de la notification du présent jugement ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que la décision attaquée est entachée d'erreurs d'appréciation, dès lors que sa filiation avec le jeune C est établie, qu'il dispose de l'autorité parentale exclusive et que les informations concernant l'objet et les conditions du séjour ont été fournies lors de la demande de visa.

La requête a été communiquée au ministre de l'intérieur et des outre-mer qui n'a pas présenté de mémoire en défense.

Par une lettre en date du 24 mai 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7-3 du code de justice administrative, de ce que le tribunal était susceptible de prononcer une injonction d'office de délivrance du visa sur le fondement des dispositions de l'article L.911-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme André a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C D, ressortissant guinéen, né le 22 février 2006, a présenté une demande de visa de long séjour en qualité d'enfant étranger d'un ressortissant français, M. B D, auprès des autorités consulaires françaises à Conakry. Par une décision en date du 13 avril 2022, ces autorités ont refusé de le lui délivrer. Par une décision implicite née le 19 juillet 2022, dont M. B D demande l'annulation, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre cette décision consulaire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Il ressort de l'accusé de réception du recours administratif préalable obligatoire adressé par la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, que pour rejeter la demande de visa de long séjour, la commission de recours s'est appropriée les motifs opposés par l'autorité consulaire tirés de ce que, d'une part, le document d'état civil présenté en vue d'établir la filiation n'est pas conforme au droit local, d'autre part, le dossier déposé ne contient pas la preuve de l'autorité parentale et du droit de garde par le parent français et, enfin, les informations communiquées pour justifier l'objet et les conditions du séjour envisagé sont incomplètes et/ou ne sont pas fiables.

3. S'il appartient en principe aux autorités consulaires de délivrer aux enfants mineurs de ressortissants français les visas qu'ils sollicitent afin de mener une vie familiale normale, elles peuvent, toutefois, opposer un refus à une telle demande pour des motifs d'ordre public, au titre desquels figurent le défaut de valeur probante des documents destinés à établir le lien de filiation allégué ainsi que le caractère frauduleux des actes d'état civil produits.

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil () ". Aux termes de l'article 47 du code civil : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité ". Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit, en conséquence, se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis.

5. Pour justifier de l'identité de C D et du lien de filiation avec lui, M. B D produit la copie conforme d'un extrait d'acte de naissance concernant C D, enregistré sous le numéro 130 après déclaration de naissance effectuée le 2 mars 2006. Cette copie a été établie le 30 juillet 2021, par un officier d'état civil de la commune de Kamsar. Si la commission de recours contre les décisions de refus de visa précise que ce document n'est pas conforme à la législation locale, elle n'indique pas quelles dispositions auraient été méconnues. En outre, le numéro de l'acte de naissance est concordant avec celui du numéro personnel du passeport produit par M. D. Par conséquent, la commission de recours contre les décisions de refus de visa a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation, en fondant son refus du visa sur le premier motif exposé au point 2.

6. En deuxième lieu, le requérant produit un jugement de délégation de l'autorité parentale n° 215 du tribunal de première instance de Dixinn du 17 février 2022, l'autorisant à exercer l'autorité parentale exclusive sur son enfant, C D. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que Mme E A, mère de l'enfant, a, par une attestation du 3 mars 2022 dont la signature a été légalisée par la secrétaire générale de la mairie de Dixinn, autorisé son fils à se rendre en France auprès de son père. Par suite, en rejetant le recours pour ce deuxième motif, qui au demeurant n'est pas un motif d'ordre public, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.

7. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que les informations données par le requérant pour justifier l'objet et les conditions du séjour sont incomplètes et/ou non fiables, motif qui en tout état de cause n'est pas au nombre des motifs d'ordre public de nature à justifier légalement le refus de délivrer un visa de long séjour à un enfant étranger d'un ressortissant français. Par suite, la commission a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.

8. Il résulte de tout ce qui précède que M. D est fondé à demander l'annulation de la décision attaquée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public () prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure ".

10. Eu égard aux motifs d'annulation, le présent jugement implique nécessairement qu'un visa de long séjour soit délivré à C D. Si le requérant n'a pas présenté de conclusions aux fins d'injonction de délivrance de ce dernier, il y a lieu pour le tribunal, en application du second alinéa précité de l'article L. 911-1 du code de justice administrative d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de délivrer ce visa à C D dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

11. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par M. D et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision implicite de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, née le 19 juillet 2022, est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de délivrer à C D un visa de long séjour dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à M. B D la somme de 1 200 (mille deux cents) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B D et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 5 juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Allio-Rousseau, présidente,

Mme André, première conseillère,

Mme Beyls, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 juin 2023.

La rapporteure,

M. ANDRE

La présidente,

M.-P. ALLIO-ROUSSEAU

La greffière,

S. JEGO

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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