jeudi 27 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2212232 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 10ème chambre |
| Avocat requérant | RODRIGUES DEVESAS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 20 juillet et 26 décembre 2022 et le 20 février 2023, Mme C F épouse B, agissant en son nom propre et en qualité de représentante légale de Ben Arthur G, représentée par Me Rodrigues Devesas, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 24 mai 2022 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours dirigé contre la décision de l'ambassade de France au Cameroun refusant de délivrer à Ben Arthur G un visa de long séjour ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer le visa sollicité dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à Me Rodrigues Devesas en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
Elle doit être regardée comme soutenant que :
- la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation des conditions d'accueil de l'enfant Ben Arthur ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation du risque de détournement de l'objet du visa ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnait les stipulations du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. .
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 mars 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. D,
- les conclusions de M. Barès, rapporteur public,
- et les observations de Me Rodrigues Devesas, représentant la requérante.
Une note en délibéré présentée pour la requérante a été enregistrée le 3 avril 2023.
Considérant ce qui suit :
1. Une demande de visa de long séjour a été déposée auprès de l'ambassade de France au Cameroun pour l'enfant Ben Arthur G, ressortissant camerounais né le 19 juillet 2013, pour lequel Mme F épouse B, ressortissante camerounaise, a reçu délégation de l'autorité parentale par un jugement du 24 avril 2020 du tribunal de première instance de Mfou (Cameroun) et dont l'exequatur a été prononcé par un jugement du 16 juin 2021 du tribunal judiciaire de Montbéliard (Doubs). L'autorité consulaire française a rejeté cette demande. Le recours formé contre ce refus consulaire devant la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a été rejeté par une décision expresse du 24 mai 2022, dont la requérante demande au tribunal l'annulation.
2. Pour rejeter le recours préalable formé à l'encontre de la décision consulaire, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a relevé que : " - L'accueillante, grand-mère du demandeur, Mme C F ne dispose pas de ressources matérielles et financières suffisantes pour accueillir et subvenir aux besoins de cet enfant, pendant toute la durée de son séjour. / Par ailleurs, elle ne produit aucun justificatif de liens affectifs existant avec lui (aucune photo, aucun échange via les réseaux sociaux ou de relevé d'appels, aucun bordereau de transferts de fonds), alors qu'elle a obtenu délégation de l'autorité parentale le 24/04/2020. / Par conséquent, il existe un risque de détournement de l'objet du visa à des fins de maintien illégal en France après l'expiration du visa demandé. () ".
3. Aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
4. L'intérêt d'un enfant est en principe de vivre auprès de la personne qui, en vertu d'une décision de justice qui produit des effets juridiques en France, est titulaire à son égard de l'autorité parentale. Ainsi, dans le cas où un visa d'entrée et de long séjour en France est sollicité en vue de permettre à un enfant de rejoindre un ressortissant français ou étranger qui a reçu délégation de l'autorité parentale dans les conditions qui viennent d'être indiquées, ce visa ne peut en règle générale, eu égard notamment aux stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention du 26 janvier 1990 relative aux droits de l'enfant, être refusé pour un motif tiré de ce que l'intérêt de l'enfant serait au contraire de demeurer auprès de ses parents ou d'autres membres de sa famille. En revanche, et sous réserve de ne pas porter une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale, l'autorité chargée de la délivrance des visas peut se fonder, pour rejeter la demande dont elle est saisie, non seulement sur l'atteinte à l'ordre public qui pourrait résulter de l'accès de l'enfant au territoire national, mais aussi sur le motif tiré de ce que les conditions d'accueil de celui-ci en France seraient, compte tenu notamment des ressources et des conditions de logement du titulaire de l'autorité parentale, contraires à son intérêt.
5. Si l'intéressée justifie, notamment, avoir exercé du 19 juillet 2021 au 30 avril 2022 en qualité d'aide-soignante au sein de la " Fondation arc en ciel ", située à Montbéliard, dans le cadre de contrats de travail à durée déterminée, il ressort des pièces du dossier, qu'à la date de la décision attaquée, Mme F épouse B était sans emploi et percevait, à ce titre, une allocation d'aide au retour à l'emploi versée par Pôle emploi, dont le montant brut journalier s'élevait à 26,64 euros. Ces allocations n'ont toutefois été versées que durant 24 jours, la requérante ayant ensuite retrouvé un emploi d'aide-soignante en contrat à durée indéterminée, d'abord au sein de l'entreprise " ADEF résidences ", puis, à compter du 30 juillet 2022, au sein du " Centre Kérios ". Pour justifier de ses ressources, elle produit également l'avis d'impôt sur ses revenus de 2021 faisant état d'un revenu fiscal de référence de 17 060 euros, sans aucune personne à charge. Ces revenus sont de nature à établir que la requérante justifiait, à la date de la décision attaquée, de ressources suffisantes pour accueillir une personne supplémentaire dans son foyer. En outre, l'intéressée indique qu'elle résidait à cette même date chez son mari, M. A B, domicilié à La Seyne-sur-Mer (Var). Il n'est pas établi, ni même allégué en défense, que le logement de M. B, lequel avait vocation à héberger provisoirement la requérante, offrait des conditions d'accueil non conformes à l'intérêt de son petit-fils. Au surplus, l'intéressée justifie disposer, depuis le 10 octobre 2022, d'un logement de 52 mètres carrés situé à Toulon (Var) et comportant une chambre permettant d'accueillir le jeune E G. Dans ces conditions, en opposant un refus à la demande de visa présentée pour le jeune E G en vue de rejoindre sa grand-mère, titulaire à son égard de l'autorité parentale, et sans qu'il soit besoin pour elle d'apporter la preuve de l'existence de liens affectifs entre eux, la commission a méconnu l'intérêt supérieur du demandeur au sens des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
6. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens soulevés, que Mme F épouse B est fondée à demander l'annulation de la décision attaquée.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
7. Eu égard à ses motifs, le présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer à Ben Arthur G le visa de long séjour sollicité, dans un délai de deux mois à compter de sa notification. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais d'instance :
8. Aucune demande d'aide juridictionnelle n'ayant été déposée dans le cadre de cette procédure, les conclusions de la requête tendant à ce que soit mise à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à Me Rodrigues Devesas en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France du 24 mai 2022 est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer à Ben Arthur G le visa de long séjour sollicité dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C F épouse B, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Rodrigues Devesas.
Délibéré après l'audience du 3 avril 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Rimeu, présidente,
Mme Louazel, conseillère,
M. Tavernier, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 avril 2023.
Le rapporteur,
T. D
La présidente,
S. RIMEULa greffière,
S. JEGO
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026