jeudi 30 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2212235 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 12eme chambre |
| Avocat requérant | PERROT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 16 septembre 2022, M. B A, représenté par Me Perrot, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 31 mai 2022 par lequel le préfet de la Vendée a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'issue de ce délai ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Vendée, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et, dans l'attente, de le munir d'une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 200 euros au profit de son conseil qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :
- il n'est pas établi que cette décision a été signée par une autorité compétente ;
- elle n'est pas suffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'un défaut d'examen au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- il n'est pas établi que cette décision a été signée par une autorité compétente ;
- elle n'est pas suffisamment motivée ;
- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour la prive de base légale ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
S'agissant de la décision fixant le pays de destination :
- il n'est pas établi que cette décision a été signée par une autorité compétente ;
- elle n'est pas suffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen et méconnaît les articles 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 novembre 2023, le préfet de la Vendée conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.
M. A a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 août 2022.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Gourmelon, présidente-rapporteure,
- et les observations de Me Perrot, représentant M. A, en présence de celui-ci
Une note en délibéré présentée pour M. A a été enregistrée le 27 novembre 2023.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant guinéen né le 11 décembre 1997, déclare être entré en France le 10 mars 2020. Sa demande de reconnaissance de la qualité de réfugié a été rejetée par une décision du 24 novembre 2021 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 11 avril 2022. Il a sollicité du préfet de la Vendée la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié " sans en préciser le fondement. Sa demande a été rejetée par un arrêté du 31 mai 2022 portant en outre obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'issue de ce délai. M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur le moyen commun à l'ensemble des décisions :
2. L'arrêté attaqué a été signé par Mme Anne Tagand, secrétaire générale de la préfecture de la Vendée, qui dispose d'une délégation, consentie par un arrêté du préfet de la Vendée du 8 avril 2022 régulièrement publié le 11 avril suivant, à l'effet notamment de signer " toutes les décisions en matière de droit au séjour et d'éloignement des étrangers pris dans le cadre du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, y compris tous les recours formés devant le juge administratif ou judiciaire et tous les mémoires transmis devant le juge administratif ou judiciaire ". Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué manque en fait.
Sur la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :
3. En premier lieu, la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour vise les textes dont elle fait application, notamment les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et précise les éléments déterminants qui ont conduit le préfet de la Vendée à refuser à M. A la délivrance d'un titre de séjour, notamment du fait qu'il ne justifie d'aucun motif exceptionnel ni de considération humanitaire justifiant son admission exceptionnelle au séjour. Dès lors, la décision portant refus de titre de séjour est suffisamment motivée.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".
5. Il ressort des pièces du dossier que M. A a déclaré être entré en France le 10 mars 2020, et était donc présent en France depuis deux ans et deux mois à la date à laquelle la décision attaquée a été prise. Au titre de sa vie familiale, M. A fait état de son concubinage avec une ressortissante française depuis le 1er juin 2022, avec qui il justifie habiter depuis cette date. Toutefois, cette relation est postérieure à la date à laquelle la décision attaquée a été prise et par conséquent sans incidence sur sa légalité, cette relation demeurant en tout état de cause récente. Par ailleurs, le requérant n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine, où résident toujours ses parents et son fils mineur, et où il a lui-même résidé jusqu'à l'âge de 23 ans. Au titre de sa vie professionnelle, M. A justifie avoir exercé une activité professionnelle depuis le mois d'août 2020, par la production de plusieurs contrats de travail et bulletins de paye en qualité de saisonnier dans une entreprise agricole, puis d'ouvrier saisonnier, puis d'agent de production dans le cadre de missions d'intérim. Toutefois ces expériences professionnelles demeurent ponctuelles et ne permettent pas à elles seules de caractériser l'existence d'une véritable intégration socio-professionnelle en France. Si le requérant se prévaut également d'un contrat de travail à durée indéterminée en qualité d'opérateur de production conclu avec la société Bouy le 25 avril 2022, sur lequel il a fondé sa demande de titre de séjour portant la mention " salarié ", il ressort des pièces du dossier que l'autorité administrative ne lui a pas délivré d'autorisation de travail visant ce contrat de travail, et que cet engagement professionnel demeurait très récent à la date de la décision attaquée. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Vendée aurait entaché sa décision d'une erreur d'appréciation au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
6. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ".
7. Au regard de ce qui a été dit au point 5 du présent jugement, M. A n'est pas fondé à soutenir qu'il existerait des motifs exceptionnels au regard de sa vie privée et du travail en France susceptibles de justifier son admission exceptionnelle au séjour. En outre, si M. A fait état de craintes personnelles susceptibles de constituer des circonstances humanitaires justifiant son admission exceptionnelle au séjour, il n'apporte aucun élément en ce sens susceptible d'établir que le préfet de la Vendée aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il n'est pas davantage fondé à soutenir que le préfet de la Vendée n'aurait pas examiné sa situation à la lumière de ces dispositions. Partant, le moyen sera écarté.
Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
8. En premier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français vise les textes dont elle fait l'application, notamment les dispositions de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les dispositions pertinentes de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et précise que le requérant ne fait état d'aucune circonstance ne justifiant de lui accorder un délai de départ volontaire supérieur à trente jours pour quitter le territoire, ni qu'une atteinte disproportionnée aurait été portée à son droit à la vie privée et familiale par l'édiction de cette mesure. Partant, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée sera écarté.
9. En deuxième lieu, l'illégalité du refus de titre de séjour n'étant pas établie le moyen tiré de cette illégalité, invoqué à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, ne peut qu'être écarté.
10. En troisième et dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7 du présent jugement, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :
11. En premier lieu, la décision fixant le pays de destination vise spécifiquement l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et précise que M. A ne justifie pas faire l'objet de menaces ni être exposé à des risques pour sa sécurité ou sa vie en cas de retour en Guinée, et n'apporte en ce sens aucun élément nouveau outre ceux qu'il avait exposés devant l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides ainsi que devant la Cour nationale du droit d'asile. Partant, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation sera écarté.
12. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Et aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".
13. M. A, dont, par ailleurs, la demande d'asile a été rejetée, soutient qu'il subirait en cas de retour en Guinée des traitements inhumains et dégradants. Toutefois, le requérant, qui n'apporte aucun élément de preuve à l'appui de ses allégations, n'établit pas encourir personnellement de risque en cas de retour en Guinée, alors que sa demande d'asile a été rejetée tant par l'OFPRA que par la CNDA. Il ne ressort par ailleurs pas des pièces du dossier que le préfet de la Vendée aurait entaché sa décision d'un défaut d'examen de la situation du requérant au regard des dispositions et stipulations précitées.
14. En troisième et dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5 du présent jugement, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
15. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, en toutes ses conclusions.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet de la Vendée et à Me Anne Perrot.
Délibéré après l'audience du 16 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Gourmelon, présidente,
Mme Milin, première conseillère,
M. Cordrie, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 novembre 2023.
La présidente-rapporteure,
V. GOURMELONL'assesseure la plus ancienne
dans l'ordre du tableau,
C. MILIN
La greffière,
F. ARLAIS
La République mande et ordonne au préfet de la Vendée en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
cg
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026