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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2212294

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2212294

mercredi 28 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2212294
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation- 96h - Eloignement
Avocat requérantNERAUDAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 septembre 2022, Mme F A, représentée par Me Néraudau, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 septembre 2022 par lequel le préfet de Maine-et-Loire l'a transférée aux autorités espagnoles et assignée à résidence dans le département de la Sarthe pour une durée de 45 jours du 19 septembre au 2 novembre 2022, en lui prescrivant de se présenter tous les mardis et jeudis sauf les jours fériés à 7 h 30 à la brigade de gendarmerie de La Flèche ;

2°) à titre principal, d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire de lui délivrer une attestation de demande d'asile en procédure normale ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, dans les meilleurs délais ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 700 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;

- l'agent notifiant n'est pas mentionné et rien n'indique qu'il est habilité à cet effet ;

- l'arrêté attaqué n'est pas régulièrement motivé ;

- la décision de transfert Dublin est illégale ;

- les autorités espagnoles ont décidé à son encontre une mesure d'éloignement le 3 décembre 2021 ;

- son suivi médical se poursuit en France ;

- la persistance d'une perspective raisonnable d'exécution du transfert n'est pas démontrée ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle n'est pas suffisamment justifiée, nécessaire et adaptée.

Vu les autres pièces du dossier.

Mme A a été admise à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 septembre 2022.

Vu :

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. B de Baleine, vice-président, pour statuer sur les litiges visés aux articles L. 572-6, L. 614-9 et L. 732-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.

Le rapport de M. B de Baleine, président, a été entendu au cours de l'audience publique du 26 septembre 2022 à 14 h 00.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. La requérante, se disant Mme F A ainsi que ressortissante de la République de Guinée née le 15 juillet 1994, a, le 17 février 2022, sollicité l'asile auprès de la préfecture de la Loire-Atlantique. La consultation du fichier Eurodac ayant montré que l'intéressé avait franchi la frontière espagnole dans les douze mois précédant, les autorités espagnoles ont été saisies le 22 février 2022 d'une demande de reprise en charge de l'intéressée, à laquelle elles ont fait droit le 24 février suivant. Par des arrêtés du 4 mai 2022, le préfet de Maine-et-Loire a décidé le transfert de cette étrangère aux autorités espagnoles, responsables de l'examen de cette demande d'asile et l'a assignée à résidence dans le département de la Sarthe pour une durée de 45 jours. Les recours dirigés contre ces arrêtés ont été rejetés par une décision du tribunal administratif de Nantes du 20 mai 2022 et une décision de la cour administrative d'appel de Nantes du 8 septembre 2022. Par l'arrêté du 16 septembre 2022 dont Mme A demande l'annulation, le préfet de Maine-et-Loire a décidé de l'assigner à résidence dans le département de la Sarthe pour une nouvelle durée de quarante-cinq jours, du 19 septembre au 2 novembre 2022, en lui prescrivant de se présenter tous les mardis et jeudis sauf les jours fériés à 7 h 30 à la brigade de gendarmerie de La Flèche.

2. L'arrêté attaqué du 16 septembre 2022 décide seulement une nouvelle assignation à résidence de Mme A, sans décider sa remise aux autorités espagnoles, distinctement et préalablement décidée le 4 mai 2022. Dès lors, quand bien même la requête demande l'annulation d'un " arrêté de transfert vers l'Espagne " du 16 septembre 2022, elle doit nécessairement être regardée comme demandant seulement l'annulation de la mesure d'assignation à résidence seule décidée par cet arrêté du 16 septembre 2022.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. Par un arrêté du 31 août 2022, régulièrement publié le même jour, le préfet de Maine-et-Loire a donné délégation à M. C, directeur de l'immigration et des relations avec les usagers à la préfecture de Maine-et-Loire et, en cas d'absence ou d'empêchement de M. C, à Mme E, cheffe du pôle régional Dublin, signataire de l'arrêté attaqué, à l'effet de signer un tel arrêté. Il ne ressort pas du dossier que M. C n'aurait pas été absent ou empêché. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence de cette signataire ne peut qu'être écarté.

4. Aux termes de l'article L. 732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions d'assignation à résidence, y compris de renouvellement, sont motivées. ".

5. Contrairement à ce qui est soutenu, l'arrêté attaqué comporte une indication, suffisamment précise, des raisons de droit et de fait pour lesquelles son auteur a décidé d'assigner la requérante à résidence pour une nouvelle période de 45 jours. Dès lors, cette décision est régulièrement motivée.

6. Aux termes de l'article L. 751-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui fait l'objet d'une requête aux fins de prise en charge ou de reprise en charge peut être assigné à résidence par l'autorité administrative pour le temps strictement nécessaire à la détermination de l'Etat responsable de l'examen de sa demande d'asile. / () / En cas de notification d'une décision de transfert, l'assignation à résidence peut se poursuivre si l'étranger ne peut quitter immédiatement le territoire français mais que l'exécution de la décision de transfert demeure une perspective raisonnable. / L'étranger faisant l'objet d'une décision de transfert peut également être assigné à résidence en application du présent article, même s'il n'était pas assigné à résidence lorsque la décision de transfert lui a été notifiée. ". Aux termes de l'article L. 751-4 de ce code : " En cas d'assignation à résidence en application de l'article L. 751-2, les dispositions des articles L. 572-7, L. 732-1, L. 732-3, L. 732-7, L. 733-1 à L. 733-4 et L. 733-8 à L. 733-12 sont applicables. / Toutefois, pour l'application du second alinéa de l'article L. 732-3, l'assignation à résidence est renouvelable trois fois. / () ".

7. Il ressort des pièces du dossier que Mme A, connue en Espagne sous l'identité de Mariama Dalanda Bar née le 7 mai 1994, avait irrégulièrement franchi la frontière espagnole moins de 12 mois avant la présentation de sa demande d'asile le 17 février 2022, ses empreintes digitales ayant été enregistrées en Espagne le 5 janvier 2022 sous le n° ES 2 1843886752. La requérante présente un document qu'elle dit être une mesure de reconduite à la frontière prise à son encontre le 3 décembre 2021 par l'autorité espagnole. Toutefois, à supposer que ce document du 3 décembre 2021 concerne effectivement la personne de la requérante et d'une part, cette dernière ne justifie pas en quoi la circonstance qu'avant l'intervention de la mesure de transfert du 4 mai 2022 comme avant l'enregistrement de ses empreintes digitales en Espagne le 5 janvier 2022, mais ayant franchi irrégulièrement la frontière espagnole, elle avait le 3 décembre 2021 fait l'objet de cette mesure de reconduite à la frontière, serait, au regard des dispositions du § 2 de l'article 3 du règlement du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des États membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, une raison sérieuse de croire qu'il existerait en Espagne des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraîneraient un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne. D'autre part, contrairement à ce qui est soutenu, la circonstance qu'un demandeur d'asile ayant présenté cette demande en France, qu'il s'agisse d'une première demande ou d'une nouvelle demande faisant suite à une ou plusieurs demandes préalablement présentées dans un ou plusieurs autres Etats membres alors qu'un Etat membre autre que la France est responsable de l'examen de cette demande, a déjà fait l'objet, de la part des autorités de cet Etat membre, d'une mesure d'éloignement, que cette mesure soit consécutive ou non au rejet par cet Etat d'une demande d'asile que cet étranger leur aurait présentée, ne constitue pasune circonstance particulière propre à établir que la demande d'asile ainsi présentée en France serait exposée à un risque sérieux de ne pas être traitée par les autorités de cet Etat membre dans des conditions conformes à l'ensemble des garanties exigées par le respect du droit d'asile. Il en résulte que la circonstance que constitue cette mesure de reconduite à la frontière du 3 décembre 2021 dont fait état la requérante n'est, en tout état de cause, pas propre à établir que la mesure de transfert prise à son endroit le 4 mai 2022 aurait été illégale dès son intervention. Il en va de même de la circonstance que la requérante serait susceptible de faire l'objet d'un éloignement vers la République de Guinée, la seule circonstance qu'à la suite du rejet de sa demande de protection par l'Etat membre responsable autre que la France, le demandeur serait susceptible de faire l'objet d'une mesure d'éloignement ne pouvant caractériser la méconnaissance par cet Etat de ses obligations.

8. Au regard des dispositions de l'article L. 243-2 du code des relations entre le public et l'administration selon lesquelles " L'administration est tenue d'abroger expressément un acte non réglementaire non créateur de droits devenu illégal ou sans objet en raison de circonstances de droit ou de fait postérieures à son édiction, sauf à ce que l'illégalité ait cessé ", cette décision des autorités espagnoles du 3 décembre 2021 ne constitue pas une circonstance de droit ou de fait nouvelle, postérieure à la décision du 4 mai 2022 et propre à établir que le maintien, à la date de l'arrêté attaqué du 16 septembre 2022, de la mesure de transfert aux autorités espagnoles serait illégal. Il n'en va pas différemment de la circonstance que la requérante continuerait à faire l'objet en France d'une prise en charge médicale, son état de santé avant ou après le 4 mai 2022 étant, au vu des pièces du dossier, inchangé.

9. Il résulte de ce qui précède que la requérante n'est pas fondée à exciper de l'illégalité, initiale ou survenue postérieurement à son édiction, de l'arrêté du 4 mai 2022 par lequel le préfet de Maine-et-Loire a décidé son transfert vers l'Espagne, Etat responsable de l'examen de sa demande d'asile.

10. Il ressort des pièces du dossier que le délai d'exécution de six mois prévu au § 1 de l'article 28 du règlement du 26 juin 2013 a été interrompu par le recours exercé par Mme A devant le tribunal administratif de Nantes contre la mesure de transfert du 4 mai 2022 et a couru à nouveau à compter du 20 mai 2022, pour une durée de six mois à échoir au plus tôt le 20 novembre 2022, postérieurement tant à l'arrêté attaqué qu'à l'échéance de la période d'assignation à résidence qu'il fixe. La requérante ne justifie d'aucune circonstance qui ferait obstacle à l'exécution de la mesure de transfert aux autorités espagnoles. Dès lors, c'est sans erreur d'appréciation que le préfet de Maine-et-Loire a estimé que l'exécution de cette mesure d'éloignement demeure une perspective raisonnable.

11. L'assignation à résidence, qui est une mesure alternative au placement en rétention dans des locaux administratifs ne relevant pas de l'administration pénitentiaire, a pour but de permettre à l'administration de s'assurer de la personne obligée de quitter le territoire français, de vérifier qu'elle prend des dispositions en vue de son départ, de prévenir le risque de fuite, comme de permettre, le cas échéant, l'exécution forcée de cette mesure d'éloignement. Mesure par nature restrictive de la liberté d'aller et de venir, cette restriction formant son objet même, les modalités contraignantes dont elle est assortie doivent être nécessaires, adaptées et proportionnées aux objectifs ainsi poursuivis.

12. L'arrêté attaqué portant renouvellement de l'assignation à résidence de Mme A est fondé sur le motif selon lequel l'éloignement de cette dernière demeure, à la date de cet arrêté, une perspective raisonnable et qu'elle faisait l'objet d'une décision de transfert aux autorités espagnoles, responsables de sa demande d'asile, édictée le 4 mai 2022 et exécutoire. Ce seul motif est susceptible de fonder légalement l'arrêté de renouvellement d'assignation à résidence contestée.

12. Si la requérante soutient que la nouvelle mesure d'assignation à résidence dont elle fait l'objet n'est pas justifiée, nécessaire et adaptée, elle n'assortit ce moyen d'aucune précision, se bornant à mettre en cause l'obligation de présentation chaque mardi et jeudi, sauf les jours fériés, à 7 h 30, à la gendarmerie de La Flèche, mais sans justifier d'aucun élément ou d'aucune circonstance particulière, notamment de nature médicale, qui ferait effectivement et objectivement obstacle à ce qu'elle puisse observer une telle obligation, une telle circonstance ne ressortant pas davantage des pièces du dossier, la requérante étant domiciliée à La Flèche, en un lieu proche de celui de la gendarmerie de cette localité, et y demeurant seule, sans, en particulier, de personnes, notamment d'enfants mineurs, à sa charge. Dans ces conditions, il ne ressort pas du dossier que le préfet de Maine-et-Loire aurait commis une erreur d'appréciation en assignant Mme A à résidence pour une nouvelle période de 45 jours et en assortissant cette assignation de cette obligation de présentation.

13. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Il en saurait, par suite, être fait droit aux conclusions à fin d'injonction qu'elle présente.

Sur les frais liés au litige :

14. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est dans la présente instance la partie perdante, le versement d'une somme à ces titres.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme F A, au préfet de Maine-et-Loire et à Me Néraudau.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 septembre 2022.

Le magistrat désigné,

A. B DE BALEINELa greffière,

M.-C. MINARDLa République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun

contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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