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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2212310

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2212310

lundi 9 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2212310
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation10ème chambre
Avocat requérantSELARL EDEN ROUEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 septembre 2022, Mme B H C, agissant en son nom propre et en qualité de représentante légale d'Aniel C, ainsi que M. E C et Mme D C, représentés par Me Mahieu, doivent être regardés comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 20 juillet 2022 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, saisie d'un recours administratif préalable obligatoire formé contre les décisions de l'autorité consulaire française à F (République démocratique du Congo) refusant de délivrer à M. E C, à Mme D C ainsi qu'à Aniel C des visas de long séjour au titre du regroupement familial, a, à son tour, refusé de délivrer les visas sollicités ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer les visas sollicités dans un délai de huit jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 1 000 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à leur conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que celle-ci renonce au bénéfice de la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle,

Ils doivent être regardés comme soutenant que :

- la décision attaquée est entachée d'erreur de droit et d'erreur d'appréciation au regard des documents d'état-civil produits, lesquels respectent les dispositions du code de la famille congolais ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle des membres de leur famille.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 juillet 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au non-lieu à statuer sur les conclusions à fin d'annulation et d'injonction et s'en remet à la sagesse du tribunal s'agissant des frais d'instance.

Il fait valoir qu'il a donné instruction à l'autorité consulaire à F de délivrer les visas sollicités à M. E C, à Mme D C ainsi qu'à Aniel C.

Mme H C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Tavernier a été entendu au cours de l'audience publique du 18 septembre 2023.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B H C, ressortissante congolaise (République démocratique du Congo), a obtenu par décision du préfet de l'Eure du 22 février 2021 le bénéfice du regroupement familial au profit de ses enfants allégués, M. E C, Mme D C et Aniel C, Les demandes de visas de long séjour déposées à ce titre ont été rejetées par l'autorité consulaire française à F (République démocratique du Congo). Saisie d'un recours administratif préalable obligatoire formé contre ces refus consulaires, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a, à son tour, refusé de délivrer les visas sollicités, par une décision du 20 juillet 2022, dont les requérants demandent au tribunal l'annulation.

Sur les conclusions à fin de non-lieu à statuer :

2. Si le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au non-lieu à statuer sur les conclusions à fin d'annulation et d'injonction, il ne ressort pas des pièces du dossier que les visas de long séjour sollicités auraient été délivrés à M. E C, à Mme D C ainsi qu'à Aniel C. Par suite, la requête conserve son objet et les conclusions à fin de non-lieu doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Lorsque la venue d'une personne en France a été autorisée au titre du regroupement familial, l'autorité administrative n'est en droit de rejeter la demande de visa dont elle est saisie à cette fin que pour un motif d'ordre public. Figure au nombre de ces motifs le défaut de caractère probant des documents destinés à établir l'identité du demandeur ou de la demandeuse de visa et le lien familial avec la personne ayant sollicité le bénéfice du regroupement familial.

4. L'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que la vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil. Il résulte des dispositions de cet article que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit, en conséquence, se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis.

5. Par ailleurs, il incombe aux autorités administratives françaises de tenir compte des jugements rendus par un tribunal étranger relativement à l'état et à la capacité des personnes sauf à ce qu'ils aient fait l'objet d'une déclaration d'inopposabilité, laquelle ne peut être prononcée que par le juge judiciaire, ou, à établir l'existence d'une fraude ou d'une situation contraire à la conception française de l'ordre public international.

6. Pour rejeter le recours formé à l'encontre des décisions consulaires, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a relevé que les actes de naissance des demandeurs n'étant pas conformes aux articles 56 et 57 du code de la famille congolais, leur identité et leur lien de filiation avec le regroupant ne peuvent être considérés comme être établis.

7. Pour justifier de l'identité des demandeurs de visa et du lien de filiation les unissant à Mme H C, les requérants ont produit le jugement supplétif n° RCG:4736, rendu le 10 mars 2021 par le tribunal de paix de F/Lemba, ainsi que le jugement supplétif n°RC:9493/22.712, rendu le 18 février 2021 par le tribunal pour enfants de F/A. Ces jugements font état de ce que M. E C, Mme D C et Aniel C sont respectivement nés les 20 juin 2002, 22 juillet 2004 et 30 mars 2008 à F. Ces jugements, dont les certificats de non-appel et les actes de naissance en assurant la transcription sont également versés au débat, font, par ailleurs, état du lien de filiation unissant les demandeurs à la regroupante et ne font l'objet de la part de l'administration d'aucune critique de nature à en démontrer le caractère frauduleux. Dans ces conditions, l'administration ne critique pas sérieusement la valeur probante des actes de naissance pris en transcription de ces jugements, en se bornant à faire valoir qu'ils auraient été établis en méconnaissance des dispositions articles 56 et 57 du code de la famille congolais, motif au demeurant non fondé au regard desdites dispositions. Dès lors, l'identité de M. E C, de Mme D C et d'Aniel C, ainsi que leur lien de filiation avec Mme H C, doivent être tenus pour établis. Il s'ensuit que la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France est entachée d'une erreur d'appréciation.

8. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que les requérants sont fondés à demander l'annulation de la décision attaquée.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

9. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique nécessairement que des visas de long séjour soient délivrés à M. E C, à Mme D C et à Aniel C. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre- mer de faire délivrer à M. E C, à Mme D C et à Aniel C les visas de long séjour sollicités dans un délai d'un mois à compter de sa notification, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

10. Mme H C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son conseil peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Mahieu d'une somme de 1 200 euros, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

D E C I D E :

Article 1er : La décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France du 20 juillet 2022 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer à M. E C, à Mme D C et à Aniel C les visas de long séjour sollicités dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Mahieu une somme de 1 200 (mille deux cents) euros en application des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B H C, à M E C, à Mme D C, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Mahieu.

Délibéré après l'audience du 18 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Le Barbier, présidente,

M. Tavernier, conseiller,

M. Templier, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 octobre 2023.

Le rapporteur,

T. TAVERNIER

La présidente,

M. LE BARBIER La greffière,

S. JEGO

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

3

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