vendredi 16 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2212318 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | ABDOU-SALEYE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 21 septembre 2022 et le 15 mars 2023, M. B D C agissant en qualité de représentant légal de la jeune A B, représentée par Me Abdou-Saleye, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a confirmé le refus opposé par les autorités consulaires françaises à Abuja (Nigéria) à la demande de la jeune B de visa de long séjour en qualité de membre de famille d'un bénéficiaire d'une carte de séjour portant la mention " passeport talent " ;
2°) d'enjoindre au consulat général de réexaminer sa demande de visa dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision consulaire n'est pas motivée ;
- la décision de la commission est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que la délégation de l'autorité parentale ouvre droit au rapprochement familial en qualité de membre de la famille du bénéficiaire du " passeport talent ", qu'il est le père adoptif de la demandeuse de visa, qu'il justifie de l'activité économique de son entreprise et du sérieux de son projet économique, qu'il dispose de ressources suffisantes et d'un logement pour accueillir la demanderesse ;
- la commission n'a pas procédé à un examen sérieux de la demande de visa ;
- la décision de la commission méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 mars 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
Un mémoire présenté par M. C a été enregistré le 11 avril 2023, postérieurement à la clôture d'instruction, et n'a pas été communiqué.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Rosier, rapporteur ,
- et les observations de Me Crabière, substituant Me Abdou-Saleye, représentant M. C.
Considérant ce qui suit :
1. M. B D C, ressortissant nigérian, est titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle mention " passeport talent - investisseur économique " depuis 2020 et valide jusqu'au 12 mars 2024. Mme A B, qui se présente comme sa fille adoptive, a sollicité un visa de long séjour en qualité de membre de famille d'un bénéficiaire d'une carte de séjour portant la mention " passeport talent " auprès des autorités consulaires françaises à Kaduna (Nigéria) qui lui a été refusé. Par une décision implicite, dont le requérant demande l'annulation, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours réceptionné le 22 juin 2022 contre cette décision consulaire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2.En premier lieu, il résulte des dispositions de l'article D. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France se substitue à celle qui a été prise par les autorités diplomatiques ou consulaires, rendant inopérants les moyens présentés en contestation de la légalité de cette dernière décision.
3.En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 421-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " S'il est âgé d'au moins dix-huit ans, le conjoint de l'étranger mentionné aux articles L. 421-9 à L. 421-11 et L. 421-13 à L. 421-21 se voit délivrer une carte de séjour pluriannuelle portant la mention "passeport talent (famille)" d'une durée égale à la période de validité restant à courir de la carte de séjour de son conjoint. / Cette carte est délivrée, dans les mêmes conditions, aux enfants du couple entrés mineurs en France, dans l'année qui suit leur dix-huitième anniversaire ou lorsqu'ils entrent dans les prévisions de l'article L. 421-35, pour une durée égale à la période de validité restant à courir de la carte de séjour de leur parent. () ". Aux termes de l'article R. 421-11 du même code : " Lorsque l'étranger qui sollicite la délivrance de la carte de séjour pluriannuelle portant la mention "passeport talent", "passeport talent - carte bleue européenne", "passeport talent - chercheur", "passeport talent - chercheur - programme de mobilité" ou "passeport talent (famille)" prévue aux articles L. 421-9 à L. 421-11, L. 421-13 à L. 421-21, L. 421-22 et L. 421-23 réside hors de France, la décision de délivrance du titre de séjour sollicitée est prise par l'autorité diplomatique et consulaire () ". Si la méconnaissance des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui régissent la délivrance des cartes de séjour ne peut en principe être utilement invoquée à l'appui de conclusions à fin d'annulation d'une décision refusant la délivrance d'un visa d'entrée en France, il en va autrement lorsqu'est en cause le refus de délivrer un visa sollicité dans le cadre d'une demande de carte de séjour " passeport talent (famille) " dès lors qu'en vertu des dispositions citées ci-dessus de l'article R. 421-11 de ce code, cette carte est délivrée ou refusée à l'étranger résidant hors de France par les autorités diplomatiques et consulaires, en même temps qu'elles statuent sur la demande de visa.
4.Il résulte de ces dispositions que seuls les enfants mineurs dont l'un des parents légitimes, naturels ou adoptifs, appartient aux catégories limitativement énumérées par les dispositions de l'article L. 421-22 du code de l'entrée du séjour des étrangers du droit d'asile, peuvent bénéficier de la délivrance d'un document de séjour pluriannuel.
5.Compte tenu des mentions indiquées sur l'accusé de réception transmis par la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France au requérant, la commission, dont la décision se substitue à celle des autorités consulaires, doit être regardée comme s'étant approprié le motif retenu par ces autorités soit, en l'espèce, la circonstance que les informations communiquées pour justifier des conditions de séjour étaient incomplètes ou non fiables.
6.Le ministre de l'intérieur ne conteste pas que ce motif est erroné. Cependant, pour établir que la décision attaquée était légale, il invoque, dans son mémoire en défense communiqué au requérant, un autre motif tiré de ce que le lien allégué entre le requérant et la demandeuse de visa n'est pas établi.
7.L'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.
8.Pour établir qu'il a adopté la jeune A B, le requérant joint à sa requête un affidavit souscrit le 13 septembre 2021 devant le " commissionner for oaths " (commissaire aux serments) de la Haute cour de Lagos d'après lequel M. C a déclaré sous serment adopter la jeune A B dont il déclare être le parrain et tuteur depuis plus de douze ans. Le ministre fait valoir que ce document n'équivaut pas à une décision d'une autorité juridictionnelle émanant d'une " family court " confiant l'exclusivité de l'autorité parentale sur la demandeuse de visa à M. C conformément aux dispositions de l'article 126 du " Child Act " de 2003, alors qu'au surplus au Nigéria un homme ne peut adopter une jeune femme qu'avec le consentement de son épouse selon les dispositions de l'article 130 du même " Child Act ", ce que le requérant n'établit pas. Enfin, l'acte de naissance de la jeune femme ne mentionne pas l'adoption contrairement à ce qui est exigé à l'article 142 du " Child Act " de 2003. Par suite, Mme B ne peut utilement se prévaloir de l'affidavit produit pour prétendre qu'elle serait en droit de bénéficier d'un visa long séjour au titre des dispositions de l'article L. 421-22 code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour rejoindre M. C, bénéficiaire d'un " passeport-talents ", résidant en France. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée serait entachée, au regard de ces dispositions, d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation.
9.En troisième lieu, compte tenu de ce qui précède, alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que la demandeuse de visa serait isolée dans son pays d'origine, et en l'absence d'éléments sur les relations que M. C entretiendrait à la date de la décision attaquée avec elle, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation dont serait entachée la décision attaquée au regard de ses conséquences sur la situation personnelle des intéressés doit être écarté.
10.Enfin, la décision litigieuse étant née du silence gardé par la commission sur le recours présenté par M. C, le moyen de la requête tiré du défaut d'examen particulier de la situation de la jeune B doit être écarté.
11Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B D C et au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 14 avril 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Douet, présidente,
M. Rosier, premier conseiller,
Mme Roncière, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 juin 2023.
Le rapporteur,
P. ROSIER
La présidente,
H. DOUET
Le greffier,
A.-L. LE GOUALLEC
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026