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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2212409

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2212409

vendredi 6 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2212409
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationOQTF 6 semaines - M. KACZINSKI
Avocat requérantSCP PIGEAU CONTE MURILLO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 septembre 2022, Mme A D, représentée par Me Murillo, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 août 2022 par lequel le préfet de la Sarthe lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa demande dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au profit de son conseil qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision attaquée a été prise par une personne dont la compétence reste à démontrer ;

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- la décision attaquée est illégale par voie de conséquence ;

- la décision attaquée est insuffisamment motivée.

Le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale a été accordé à Mme A D par décision du 27 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Kaczynski, premier conseiller, pour statuer sur les litiges visés à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Kaczynski, magistrat désigné a été entendu au cours de l'audience publique du 12 décembre 2022 à 14H15.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () / 4o La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3o ". Aux termes de l'article L. 613-1 du même code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. () ".

2. La demande d'asile de Mme A D, ressortissante tchadienne, née le 25 juillet 1955, entrée régulièrement en France le 5 avril 2021, a été rejetée par décision du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) en date du 30 novembre 2021, confirmée par un arrêt de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) en date du 23 août 2022. Mme D demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 29 août 2022 par lequel le préfet de la Sarthe, en application du 4° de l'article L. 611-1 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office lorsque le délai sera expiré.

3. En premier lieu, par un arrêté du 7 mars 2022, régulièrement au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de la Sarthe a donné délégation à M. C B, directeur de la citoyenneté et de la légalité, à l'effet de signer les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de destination. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de M. B doit être écarté. Par ailleurs, il ne ressort d'aucun élément du dossier, et en particulier de la motivation de l'arrêté litigieux qu'il aurait été pris sans un examen suffisant de la situation de la requérante, au vu des éléments que cette dernière a jugé utile de communiquer à l'administration.

4. En deuxième lieu, si la requérante soutient que la motivation de l'arrêté en cause est insuffisante, cet arrêté comporte l'énoncé des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement, s'agissant tant de la décision portant obligation de quitter le territoire que de la décision fixant le pays de destination. La circonstance que le préfet n'y mentionne pas la teneur des déclarations faites par la requérante à l'OFPRA n'est nullement, contrairement à ce qui est soutenu, de nature à vicier la motivation formelle de la décision fixant le pays de destination.

5. En troisième lieu, il n'est pas même soutenu que Mme D aurait sollicité son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il n'appartenait pas au préfet d'examiner d'office l'opportunité de délivrer à l'intéressée un titre de séjour sur ce fondement, qui ne relève pas de la catégorie des titres de séjour de plein droit. Les " considérations exceptionnelles et humanitaires " dont elle se prévaut, à supposer même que leur réalité soit établie, sont indifférentes sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

6. En quatrième lieu, l'invocation des stipulations de l'article 3 la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérante à l'appui de la contestation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

7. En cinquième lieu, si Mme D soutient que la mesure d'éloignement méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, elle n'établit pas n'avoir plus aucun lien de nature privée ou familiale dans son pays. Eu égard au caractère, très récent, ainsi qu'aux conditions du séjour de l'intéressée en France, la mesure d'éloignement prise à son encontre ne méconnaît pas son droit à mener une vie privée et normale.

8. En sixième et dernier lieu, la requérante n'ayant pas démontré l'illégalité de la mesure d'éloignement, elle n'est pas fondée à en exciper pour contester la légalité de la décision fixant le pays de renvoi.

9. Il ressort de ce qui précède que la requête de Mme D doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D, au préfet de

la Sarthe et à Me Murillo.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 janvier 2023.

Le magistrat désigné,

D. KACZYNSKI La greffière,

F. MERLET

La République mande et ordonne au préfet de la Sarthe en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre

les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme.

La greffière,

N°2212409

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