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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2212433

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2212433

mardi 30 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2212433
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantKADDOURI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 septembre 2022, M. B A, représenté par Me Kaddouri, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 juillet 2022 par lequel le préfet de Maine-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination en cas de reconduite d'office à l'issue de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire de lui délivrer un titre de séjour ou à défaut de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard, et de lui délivrer une autorisation de séjour et de travail durant cet examen ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé et entaché d'un défaut d'examen de sa situation ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le refus de séjour est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'obligation de quitter le territoire français est illégale en conséquence de l'illégalité du refus de titre de séjour ;

- elle procède d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le délai de départ volontaire est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale en conséquence ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 mars 2023, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

M. A a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 février 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Thomas, première conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant malien né le 20 mai 1998, est entré irrégulièrement en France le 3 mai 2015 selon ses déclarations. Sa demande de reconnaissance du statut de réfugié a été rejetée par une décision du 12 octobre 2017 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, confirmée par une décision du 28 mars 2018 de la Cour nationale du droit d'asile. Le 26 avril 2018, un arrêté portant obligation de quitter le territoire français a été édicté à son encontre, dont la légalité a été confirmée par un jugement du tribunal administratif de Nantes du 3 septembre 2018. M. A a, par la suite, sollicité du préfet de Maine-et-Loire, le 18 mai 2018, son admission exceptionnelle au séjour, qui lui a été refusée par une décision implicite dont la légalité a été confirmée par un jugement du tribunal administratif de Nantes du 27 août 2021. L'intéressé a présenté une nouvelle demande d'admission exceptionnelle au séjour le 18 février 2020, expressément rejetée par un arrêté du préfet de Maine-et-Loire en date du 21 août 2020 portant en outre obligation de quitter le territoire français, dont la légalité a été confirmée par un jugement du tribunal administratif de Nantes du 21 août 2021. Par un arrêté du 29 juillet 2022 dont M. A demande au tribunal l'annulation, le préfet de Maine-et-Loire a refusé de faire droit à la demande d'admission exceptionnelle au séjour de l'intéressé, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de dix-huit mois. M. A demande au tribunal l'annulation de cet arrêté

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. Ludovic Magnier, secrétaire général par intérim de la préfecture de Maine-et-Loire. Par un arrêté du 7 septembre 2021, publié le 9 septembre 2021 au recueil des actes administratifs de la préfecture de ce département, le préfet lui a donné délégation à l'effet de signer notamment les décisions portant refus de titre de séjour assorties ou non d'une mesure d'obligation de quitter le territoire. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit donc être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour comporte les éléments de fait et de droit qui la fonde. Par suite, le moyen tiré de son défaut de motivation manque en fait. En outre, en vertu des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lorsque l'obligation de quitter le territoire français est fondée, comme c'est le cas en l'espèce, sur les dispositions du 3° de l'article L. 611-1 de ce même code, elle n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle du refus de séjour. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'obligation de quitter le territoire français prononcée à son encontre doit être écarté. Enfin, la décision fixant le pays de destination, qui vise notamment l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et constate que l'intéressé est de nationalité malienne et fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français, comporte, de ce seul fait, les éléments de fait et de droit qui la fonde. Il en résulte que l'arrêté attaqué est suffisamment motivé. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que la situation de l'intéressé n'aurait pas l'objet d'un examen complet et sérieux.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / () ".

5. M. A, qui déclare résider en France depuis 2015, n'y a pas d'attaches familiales. S'il fait état de l'obtention d'un CAP en septembre 2018, d'un BEP en juillet 2019 et de son baccalauréat professionnel spécialité commerce avec mention en juillet 2020, comme de ses engagements comme bénévole et de son investissement au sein d'une association " Mon atout football club angevin ", avec laquelle il a conclu un contrat d'engagement de service civique pour la période du 4 novembre 2019 au 3 juillet 2020, et qui souhaite l'embaucher comme salarié, ces éléments, s'ils témoignent des réels efforts d'intégration sociale et professionnels du requérant, sont toutefois insuffisants à caractériser des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels au sens des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il en résulte que le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en refusant l'admission exceptionnelle de l'intéressé au séjour en France.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. Il ne ressort pas des pièces du dossier que, compte tenu de la durée comme des conditions du séjour de M. A, jeune majeur sans charge de famille en France, dont l'arrivée sur le territoire français est relativement récente, et qui n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine, le préfet de Maine-et-Loire aurait porté une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressée au respect de sa vie privée et familiale en prenant les décisions attaquées. Il n'a pas davantage commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de ces décisions sur la situation personnelle de l'intéressé, en prenant l'arrêté attaqué.

8. En cinquième lieu, l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour n'étant pas établie, eu égard à ce qui précède, M. A n'est pas fondé à se prévaloir de cette illégalité à l'encontre de la décision l'obligeant à quitter le territoire français.

9. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitement inhumains dégradants. ".

10. Contrairement à ce que soutient M. A, il ressort de la lecture de la décision attaquée que le préfet de Maine-et-Loire a procédé à un examen particulier de sa situation personnelle avant de fixer le pays de destination. Par ailleurs, le requérant ne fait état d'aucun élément permettant d'établir que sa vie ou sa liberté seraient menacées au Mali ou qu'il y serait exposé à des peines ou des traitements inhumains ou dégradants. M. A n'est, dans ces conditions, pas fondé à soutenir que le préfet a méconnu les stipulations précitées.

11. Il résulte de ce qui vient d'être dit aux points précédents que M. A n'est pas fondé à invoquer l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français qui lui a été opposée, au soutien de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination.

12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet de Maine-et-Loire et à Me Kaddouri.

Délibéré après l'audience du 16 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Durup de Baleine, président,

Mme Thomas, première conseillère,

Mme Milin, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2023.

La rapporteure,

S. THOMASLe président,

A. DURUP DE BALEINE

La greffière,

L. LÉCUYER

La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N°2212433

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