lundi 27 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2212504 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | OQTF 6 semaines - 1ère chambre |
| Avocat requérant | BOURGEOIS |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête enregistrée le 23 septembre 2022, sous le n° 2212504, M. B G, représenté par Me Bourgeois, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 13 septembre 2022 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduite d'office ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 2 000 euros au profit de son conseil qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la compétence de l'auteur de l'arrêté attaqué n'est pas établie ;
- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé et a été pris sans un examen suffisant de sa situation personnelle ;
- le principe du contradictoire n'a pas été respecté ;
- le droit d'être entendu tel qu'il résulte de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne n'a pas été mis en œuvre avant l'édiction de l'arrêté attaqué ;
- la mesure d'éloignement méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la mesure d'éloignement méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- la décision fixant le pays de destination méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
II. Par une requête enregistrée le 23 septembre 2022, sous le n° 2212505, Mme D F, représentée par Me Bourgeois, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 13 septembre 2022 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 2 000 euros au profit de son conseil qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la compétence de l'auteur de l'arrêté attaqué n'est pas établie ;
- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé et a été pris sans un examen suffisant de sa situation personnelle ;
- le principe du contradictoire n'a pas été respecté ;
- le droit d'être entendu tel qu'il résulte de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne n'a pas été mis en œuvre avant l'édiction de l'arrêté attaqué ;
- la mesure d'éloignement méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la mesure d'éloignement méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- la décision fixant le pays de destination méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par deux mémoires en défense, enregistrés le 28 novembre 2022, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet des requêtes.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par les requérants n'est fondé.
Le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale a été accordé à M. G et Mme F par décisions du 30 janvier 2023.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Kaczynski, premier conseiller, pour statuer sur les litiges visés à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Kaczynski, magistrat désigné a été entendu au cours de l'audience publique du 26 janvier 2023 à 14H30.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1o L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ". Aux termes de l'article L. 613-1 du même code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. () ".
2. M. B G, ressortissant géorgien né le 15 mai 1981 et Mme D F, ressortissante géorgienne, née le 8 juillet 1992 entrés irrégulièrement en France à une date indéterminée, ont été interpellés et placés en garde à vue le 12 septembre 2022 pour violences sur mineur de 15 ans par personne ayant autorité sur la personne victime de ces violences. Par deux requêtes enregistrées sous les n°2212504 et 2212505 qu'il y a lieu de joindre pour y statuer par un seul jugement, M. G et Mme F demandent au tribunal d'annuler les arrêtés du 13 septembre 2022 par lesquels le préfet de la Loire-Atlantique, en application du 1° de l'article L. 611-1 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays à destination duquel ils pourront être reconduits d'office lorsque le délai sera expiré.
3. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme E C, cheffe du bureau du contentieux et de l'éloignement à la préfecture de la Loire-Atlantique qui a reçu du préfet de la Loire-Atlantique, par arrêté du 5 septembre 2022, délégation à l'effet de signer de telles décisions. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'incompétence du signataire manque en fait.
4. En deuxième lieu, si les requérants soutiennent que la motivation des arrêtés en cause est insuffisante, ces arrêtés comportent l'énoncé des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement, s'agissant tant des décisions portant obligation de quitter le territoire que des décisions fixant le pays de destination. Par ailleurs, si M. G et Mme F déduisent de ce défaut de motivation allégué une méconnaissance du principe du contradictoire, cette branche du moyen ne peut prospérer dès lors que la motivation formelle est, contrairement à ce qui est allégué, suffisante. Enfin, aucun élément du dossier, et en particulier la motivation formelle de ces arrêtés, ne permet de considérer que le préfet n'aurait pas suffisamment examiné la situation personnelle des requérants, au vu des éléments que ces derniers auront jugé utile de porter à sa connaissance. Si ces décisions ne mentionnent pas le fait que le fils de A F a été placé à l'aide sociale à l'enfance à la suite des violences qu'elle avait exercées contre lui, il ne saurait s'en déduire que le préfet n'aurait pas pris en compte cet élément dans son examen de la situation personnelle des intéressées. Le moyen manque donc en fait.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ". Il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne s'adresse uniquement aux institutions et organes de l'Union. Le moyen tiré de sa violation par une autorité d'un Etat membre est donc inopérant. Toutefois, il résulte également de cette jurisprudence que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts Il n'implique toutefois pas systématiquement l'obligation pour l'administration d'organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l'intéressé, ni même d'inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu'une décision lui faisant grief est susceptible d'être prise à son encontre, l'étranger soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de demander un entretien pour faire valoir ses observations orales. En particulier, lorsqu'il demande l'asile, l'étranger, du fait même de l'accomplissement de cette démarche qui vise à ce qu'il soit autorisé à se maintenir en France et ne puisse donc pas faire l'objet d'une mesure d'éloignement forcé, ne saurait ignorer qu'en cas de refus il sera en revanche susceptible de faire l'objet d'une telle décision. Il lui appartient, lors du dépôt de cette demande qui doit en principe faire l'objet d'une présentation personnelle du demandeur en préfecture, d'apporter toutes les précisions qu'il juge utile. En principe, il se trouve ainsi en mesure de présenter à l'administration, à tout moment de la procédure, des observations et éléments de nature à faire obstacle à l'édiction d'une mesure d'éloignement. Enfin, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'entraîner l'annulation de la décision faisant grief que si la procédure administrative aurait pu, en fonction des circonstances de fait et de droit spécifiques de l'espèce, aboutir à un résultat différent du fait des observations et éléments que l'étranger a été privé de faire valoir.
6. En l'espèce, M. G et Mme F, qui ne pouvaient ignorer que se trouvant en France sans titre à y séjourner, qu'ils étaient susceptibles de faire l'objet d'une mesure d'éloignement, n'établissent ni même n'allèguent avoir sollicité en vain un entretien avec les services préfectoraux, ni qu'ils auraient été empêchés de s'exprimer avant que ne soient prises les obligations de quitter le territoire français contestées. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que le droit d'être entendu n'a pas été mis en œuvre avant l'édiction des arrêtés ne peut qu'être écarté. Au surplus, les requérants ne font état d'aucun élément d'examen susceptible d'avoir eu une influence sur les décisions attaquées.
7. En quatrième lieu M. G et Mme F, pour soutenir une violation de leur droit à mener une vie privée et familiale normale, font valoir, chacun pour ce qui le concerne, la présence en France de son conjoint et des enfants du couple, ainsi que " l'ancrage " de la famille en France. Toutefois, il ressort du dossier que les deux intéressés font, de façon concomitante, l'objet d'une mesure d'éloignement. La cellule familiale pourra donc se reconstituer en Géorgie. Si l'un des enfants de A F a fait l'objet d'un placement provisoire à l'aide sociale à l'enfance, par ordonnance du 14 septembre 2022, aucune pièce versée au dossier ne permet d'apprécier la situation de l'enfant à la date de la décision attaquée, alors que la mesure de placement a été prononcée à titre provisoire, un an avant l'arrêté attaqué. A supposer même que l'enfant soit toujours sous protection à la date de cet arrêté, ce placement a été motivé par les coups portés et les violences infligées à l'enfant par ses parents, l'ordonnance précité faisant état d'un " violent passage à l'acte ". Dans cette mesure, et alors que la mesure d'éloignement n'est assortie d'aucune mesure d'interdiction de territoire, M. G ou Mme F pourront, dans l'hypothèse où l'enfant serait toujours sous protection et dans la mesure d'un droit de visite autorisée par le juge, exercer ce droit de visite. Dès lors, la mesure d'éloignement n'a pas porté au droit des requérants à mener une vie privée et familiale normale une atteinte excessive.
8. En cinquième lieu, M. G et Mme F soutiennent que la mesure d'éloignement serait contraire à l'intérêt supérieur de leurs enfants du fait de leur ancrage sur le territoire français. Les deux plus jeunes enfants des requérants sont nés en 2012 et en 2015, cette seconde naissance ayant eu lieu en France. Toutefois, comme ils le précisent eux-mêmes dans les mémoires introductifs d'instance, la famille est repartie en 2016 en Géorgie avant de revenir en France à une date indéterminée. Ainsi, l'ancrage de ces deux enfants n'est nullement établi. S'agissant du fils le plus âgé de Mme F, l'on ignore la durée de sa présence en France. Par ailleurs, dans l'hypothèse où cet enfant serait toujours, à la date de la décision attaquée, protégé par les services de l'aide sociale à l'enfance, la requérante n'apporte aucun élément pour démontrer en quoi l'intérêt supérieur d'un enfant ayant fait l'objet de violences de la part de ses parents serait de ne pas être séparé d'eux. En outre, comme il a déjà été précisé, Mme F ne serait pas empêchée, par son éloignement, d'exercer un éventuel droit de visite qui aurait pu lui avoir été accordé par le juge. Par suite, le moyen doit être écarté.
9. En sixième et dernier lieu, M. G et Mme F soutiennent qu'ils seraient exposés, en cas de retour en Géorgie, à des traitements prohibés par l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. A l'appui de ce moyen ils se bornent, chacun pour ce qui le concerne, à dire qu'ils seraient exposés " à un certain nombre de persécutions, notamment en raison de son handicap ". Toutefois, ils n'apportent à l'appui de cette allégation aucun élément justificatif permettant d'un apprécier le bien-fondé.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les requêtes de M. G et Mme F doivent être rejetées en toutes leurs conclusions.
D E C I D E:
Article 1er : Les requêtes de M. G et Mme F sont rejetées.
Article 2: Le présent jugement sera notifié à M. B G, à Mme D F, à Me Bourgeois et au préfet de la Loire-Atlantique.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 février 2023.
Le magistrat désigné,
D. KACZYNSKI La greffière,
L. LÉCUYER
La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre
les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme.
La greffière,, 2212505
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026