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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2212584

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2212584

lundi 9 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2212584
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation10ème chambre
Avocat requérantDOUAR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 23 septembre 2022 et les 20 avril et 4 août 2023, M. B D et Mme C F A épouse D, représentés par Me Douar, demandent au tribunal :

1°) d'annuler, d'une part, la décision née le 20 août 2022 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, saisie d'un recours administratif préalable obligatoire formé contre la décision de l'autorité consulaire française à Kinshasa (République démocratique du Congo) refusant de délivrer à M. B D un visa de long séjour au titre du regroupement familial, a, à son tour, implicitement refusé de délivrer le visa sollicité, et, d'autre part, cette décision consulaire ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer, à titre principal, de faire délivrer le visa sollicité dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de la demande dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la décision consulaire a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de leur situation ;

- elle est entachée d'un détournement de pouvoir ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 312-2, L. 423-14 et L. 423-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de leur situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 juillet 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Tavernier a été entendu au cours de l'audience publique du 18 septembre 2023.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C F A, ressortissante congolaise (République démocratique du Congo), a obtenu par une décision du préfet du Val-d'Oise du 3 novembre 2021 le bénéfice du regroupement familial au profit de son époux allégué, M. B D, ressortissant congolais. La demande de visa de long séjour déposée à ce titre a été rejetée par l'autorité consulaire française à Kinshasa (République démocratique du Congo). Saisie d'un recours administratif préalable obligatoire formé contre ce refus consulaire, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a, à son tour, refusé de délivrer le visa sollicité, par une décision implicite née le 20 août 2022, à laquelle s'est substituée une décision expresse du 13 octobre 2022. Les requérants doivent donc être regardés comme demandant au tribunal l'annulation de cette seule décision du 13 octobre 2022, laquelle s'est substituée à celle de l'autorité consulaire en application des dispositions de l'article D. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Lorsque la venue d'une personne en France a été autorisée au titre du regroupement familial, l'autorité administrative n'est en droit de rejeter la demande de visa dont elle est saisie à cette fin que pour un motif d'ordre public. Figure au nombre de ces motifs le défaut de caractère probant des documents destinés à établir l'identité du demandeur ou de la demandeuse de visa et le lien familial avec la personne ayant sollicité le bénéfice du regroupement familial.

3. L'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que la vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil. Il résulte des dispositions de cet article que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis.

4. Par ailleurs, il incombe aux autorités administratives françaises de tenir compte des jugements rendus par un tribunal étranger relativement à l'état et à la capacité des personnes sauf à ce qu'ils aient fait l'objet d'une déclaration d'inopposabilité, laquelle ne peut être prononcée que par le juge judiciaire, ou, à établir l'existence d'une fraude ou d'une situation contraire à la conception française de l'ordre public international.

5. Pour rejeter le recours formé à l'encontre des décisions consulaires, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a relevé que : " - La production, à l'appui des demandes de visa déposées en 2018 et en 2021 par M. B D, de deux actes de naissance aux numérotations différentes, sans production d'un jugement d'annulation de l'acte le plus ancien, et par ailleurs, d'un troisième à la date de dépôt du passeport, leur ôte toute valeur probante. ".

6. Pour justifier de son identité, M. D produit le jugement supplétif n° RPG 6538, rendu le 26 octobre 2019 par le tribunal de paix de Kinshasa/N'Djili ainsi qu'une copie intégrale de l'acte de naissance n° 5353/2019 en assurant la transcription. Ces documents font état de ce que M. D est né le 8 janvier 1989 à Kinshasa. Le ministre fait valoir en défense que M. D a produit à l'appui d'une précédente demande de visa un autre acte de naissance, établi le 9 août 2018 et enregistré sous le numéro 1887/2018. Toutefois, les requérants produisent en réplique le jugement d'annulation n° RPG 6535 dudit acte de naissance, lequel n'est pas contesté en défense, rendu le 25 octobre 2019 par le tribunal de paix de Kinshasa/N'Djili. L'administration ne peut, ainsi se prévaloir de l'existence d'un acte ayant disparu de l'ordonnancement juridique. En outre, pour justifier de leur lien matrimonial, les requérants versent au débat une copie intégrale de leur acte de mariage n° 171, dressé le 26 décembre 2014 par le bourgmestre et officier de l'état-civil de la commune de Kimbanseke à Kinshasa, indiquant que les intéressés se sont mariés à cette même date. Les informations relatives à l'état-civil du demandeur figurant dans cet acte, qui ne fait au demeurant l'objet d'aucune critique de la part de l'administration, coïncident avec celles mentionnées dans les autres document d'état- civil produits à l'appui de la requête. Dans ces conditions, l'identité de M. D et son lien matrimonial avec la regroupante doivent être considérés comme établis. Il s'ensuit que les requérants sont fondés à soutenir que la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation.

7. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que les requérants sont fondés à demander l'annulation de la décision attaquée.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

8. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique nécessairement qu'un visa de long séjour soit délivré à M. D. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer à M. D le visa sollicité dans un délai de deux mois à compter de sa notification, sans qu'il soit nécessaire d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais d'instance :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme globale de 1 200 euros à verser aux requérants au titre des dispositions de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France du 13 octobre 2022 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer à M. D le visa de long séjour sollicité dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à M. D et Mme F A épouse D la somme globale de 1 200 (mille deux cents) euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B D, à Mme C F A épouse D et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 18 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Le Barbier, présidente,

M. Tavernier, conseiller,

Mme Glize, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 octobre 2023.

Le rapporteur,

T. TAVERNIER

La présidente,

M. LE BARBIER La greffière,

S. JEGO

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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