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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2212599

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2212599

mardi 14 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2212599
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantFLOCH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête, enregistrée le 26 septembre 2022 sous le n° 2212598, Mme G E, épouse A, représentée par Me Floch, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 12 mai 2022 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office à l'expiration de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de réexaminer sa demande, dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 700 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- il n'est pas établi que l'acte attaqué ait été signé par une autorité habilitée ;

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- elle méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale à raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa vie privée et familiale.

Par un mémoire en défense enregistré le 16 août 2023, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête. Il soutient que les moyens soulevés par Mme E ne sont pas fondés.

Mme E a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 août 2022.

II. Par une requête, enregistrée le 26 septembre 2022 sous le n° 2212599, M. B A, représenté par Me Floch, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 12 mai 2022 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'expiration de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de réexaminer sa demande, dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 700 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- il n'est pas établi que l'acte attaqué ait été signé par une autorité habilitée ;

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- elle méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale à raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa vie privée et familiale.

Par un mémoire en défense enregistré le 16 août 2023, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête. Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 août 2022.

Vu les autres pièces des dossiers ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Martel a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme E et M. A, ressortissants congolais nés respectivement les 3 décembre 1962 et 19 mars 1956, sont entrés en France le 28 février 2020 sous couvert d'un visa de court séjour. Le 29 avril 2021, ils ont sollicité la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étrangers malades. Par des décisions du 12 mai 2022, dont les intéressés demandent l'annulation par les présentes requêtes qu'il y a lieu de joindre pour y statuer par un seul jugement, le préfet de la Loire-Atlantique a refusé leur admission au séjour, leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel ils pourront être reconduits d'office à l'expiration de ce délai.

Sur le moyen commun aux décisions attaquées :

2. Les arrêtés attaqués ont été signés par Mme F H, cheffe du bureau du séjour à la préfecture de la Loire-Atlantique. Par un arrêté du 11 avril 2022, régulièrement publié, le préfet lui a donné délégation, en l'absence de Mme D C, directrice des migrations et de l'intégration de la préfecture, dont il n'est pas soutenu qu'elle n'aurait pas été absente ou empêchée le jour où cet arrêté a été signé, à l'effet notamment de signer les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français et celles fixant le pays de renvoi. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire des arrêtés attaqués doit être écarté comme manquant en fait.

Sur la légalité des décisions portant refus de séjour :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an () ".

4. Il résulte des dispositions précitées de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qu'il appartient à l'autorité administrative, lorsqu'elle envisage de refuser la délivrance du titre de séjour qu'elles prévoient, de vérifier, au vu de l'avis émis par le collège de médecins du service médical de l'OFII, que cette décision ne peut avoir de conséquences d'une exceptionnelle gravité sur l'état de santé de l'étranger, et en particulier d'apprécier, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir la nature et la gravité des risques qu'entraînerait un défaut de prise en charge médicale dans le pays dont l'étranger est originaire. Lorsque le défaut de prise en charge risque d'avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur la santé de l'étranger, l'autorité administrative ne peut légalement refuser le titre de séjour sollicité que s'il existe des possibilités de traitement approprié de l'affection en cause dans son pays d'origine. Si de telles possibilités existent mais que l'étranger fait valoir qu'il ne peut en bénéficier, soit parce qu'elles ne sont pas accessibles à la généralité de la population, eu égard notamment aux coûts du traitement ou à l'absence de modes de prise en charge adaptées, soit parce qu'en dépit de leur accessibilité, des circonstances exceptionnelles tirées des particularités de sa situation personnelle l'empêcheraient d'y accéder effectivement, il appartient à cette même autorité, au vu de l'ensemble des informations dont elle dispose, d'apprécier si cet étranger peut ou non bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine.

5. Par ailleurs, la partie qui justifie d'un avis de collège de médecins de l'OFII allant dans le sens de ses dires doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance d'un titre de séjour. Il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.

6. Pour refuser de délivrer un titre de séjour en qualité d'étranger malade à Mme E, le préfet de la Loire-Atlantique a estimé, en se fondant, notamment, sur l'avis des médecins de l'OFII du 8 novembre 2021, que si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une particulière gravité, elle peut cependant bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Par ailleurs, pour refuser un titre de séjour à M. A, la même autorité a estimé, en se fondant, notamment, sur l'avis des médecins de l'OFII du 21 octobre 2021, que son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entraîner de conséquences d'une exceptionnelle gravité.

7. Mme E fait valoir qu'elle souffre d'hypertension artérielle, pathologie pour laquelle elle est suivie en France, sans toutefois préciser le traitement qui lui est prescrit. Par ailleurs, la requérante ne produit aucun élément suffisamment précis et circonstancié en vue d'attester que le traitement adapté à son état n'est pas disponible au Congo, alors qu'il ressort des pièces versées aux débats par le préfet que la prise en charge de l'hypertension artérielle est disponible dans ce pays. Si Mme E fait en outre valoir qu'elle réside, avec son époux, dans un village éloigné de la ville, sans disposer d'un moyen de transport et qu'ils ne perçoivent plus leur retraite, rendant ainsi impossible l'accès aux soins, elle ne produit aucun commencement de preuve à l'appui de ces allégations.

8. S'agissant de M. A, il ressort des pièces du dossier qu'au cours de l'année 2021, celui-ci a souffert de douleurs pelviennes et périnéales pour lesquelles une infiltration lui a été prescrite. Il ne ressort toutefois pas des documents produits par l'intéressé que l'absence de prise en charge de sa pathologie serait de nature à entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité.

9. Dans ces conditions, Mme E et M. A ne sont pas fondés à soutenir que les décisions attaquées méconnaîtraient l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

10. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

11. Si les requérants se prévalent de ce qu'ils résident en France depuis plus de deux ans et sont pris en charge par deux de leurs enfants dont un possède la nationalité française, leur présence sur le territoire était récente à la date des décisions attaquées et les intéressés ne démontrent pas être dépourvus d'attaches dans leur pays d'origine où ils ont vécu l'essentiel de leur vie. Dans ces conditions, Mme E et M. A ne sont pas fondés à soutenir que les décisions en litige porteraient à leur droit au respect de leur vie privée et familiale une atteinte prohibée par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

12. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

13. Les décisions en litige, portant refus de séjour, n'ont pas pour objet d'éloigner Mme E et M. A vers le Congo. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations citées au point précédent ne peut qu'être écarté.

Sur les décisions portant obligation de quitter le territoire :

14. En premier lieu, compte tenu de ce qui a été dit ci-dessus, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que les décisions portant obligation de quitter le territoire seraient illégales en raison de l'illégalité des décisions portant refus de séjour prises à leur encontre.

15. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux points 6 à 9, le moyen tiré de la violation des dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

16. En dernier lieu, compte tenu de ce qui a été dit précédemment, le moyen tiré de ce que la mesure d'éloignement prise à l'encontre de Mme E et de M. A serait entachée d'une erreur dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle des intéressés doit être écarté.

Sur les décisions fixant le pays de renvoi :

17. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 11, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que les décisions litigieuses porteraient à leur droit au respect de leur vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts d'intérêt public poursuivis. En outre, ils ne précisent aucunement les craintes qu'ils encourraient en cas de retour au Congo, ni ne produisent aucun document en vue d'établir la réalité du risque personnel qu'ils invoquent. Dès lors, le moyen relatif aux conséquences des décisions fixant le pays de destination doit être écarté.

18. Il résulte de ce qui précède que Mme E et M. A ne sont pas fondés à demander l'annulation des décisions en litige. Par voie de conséquence, leurs conclusions aux fins d'injonction sous astreinte et celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes enregistrées sous les n° 2212598 et 2212599 sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme G E, épouse A, à M. B A, à Me Floch et au préfet de la Loire-Atlantique.

Délibéré après l'audience du 31 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Cantié, président,

Mme Martel, première conseillère,

M. Delohen, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 novembre 2023.

La rapporteure,

C. MARTEL

Le président,

C. CANTIÉLa greffière,

C. DUMONTEIL

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

N° 2212598-2212599

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