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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2212604

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2212604

vendredi 30 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2212604
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantREGENT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 septembre 2022, M. C D A, Mme B J et M. F C D, représentés par Me Régent, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté le recours, réceptionné le 19 avril 2022, contre la décision de l'autorité diplomatique française au Kenya refusant de délivrer à M. F C D un visa de long séjour au titre de la procédure de réunification familiale ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur, à titre principal de donner instruction au consul de France à Nairobi de procéder à la délivrance du visa sollicité dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, ou à titre subsidiaire de donner instruction à cette autorité de procéder au réexamen de la demande de visa dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement des entiers dépens ainsi qu'une somme de 1 500 euros à verser à Me Régent en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Ils soutiennent que :

- la décision est entachée d'erreur de droit et d'erreur d'appréciation au regard des articles L. 561-2 à L. 561-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article L. 424-3 de ce code dès lors qu'il convenait, pour apprécier l'âge de M. F C D, et ainsi son éligibilité à la procédure de réunification familiale, de se placer à la date d'introduction de la demande d'asile de M. C D A en France, ou en tout état de cause à la date d'introduction de la procédure de réunification familiale par celui-ci, dates auxquelles M. F C D était âgé de moins de 19 ans ;

- la décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par décision du 20 octobre 2022 le bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Nantes a admis M. C D A au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, et son décret d'application ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 12 mai 2023 :

- le rapport de Mme Chatal, rapporteure,

- et les observations de Me Sachot, substituant Me Régent, représentant les requérants.

Deux notes en délibéré, présentées pour les requérants, ont été enregistrées le 17 mai 2023 et le 1er juin 2023.

Considérant ce qui suit :

1. M. C D A, ressortissant somalien né en 1967, reconnu réfugié en France par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 24 avril 2014, et Mme B J, ressortissante somalienne née en 1975, mariés depuis 1993, sont les parents de M. F C D, né le 2 février 1999. Par leur requête, M. D A et Mme J demandent au tribunal d'annuler la décision par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté le recours, réceptionné le 19 avril 2022, contre la décision de l'autorité diplomatique française au Kenya refusant de délivrer à M. F C D un visa de long séjour au titre de la procédure de réunification familiale.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Si le demandeur a été averti par la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France que, dans le cas où l'absence de réponse expresse de la commission dans un délai de deux mois ferait naître une décision implicite de rejet de son recours, celui-ci serait réputé rejeté pour les mêmes motifs que ceux de la décision de refus de visa contestée, la décision implicite de la commission doit être regardée comme s'étant effectivement approprié ces motifs. En l'espèce, l'accusé de réception du recours formé contre la décision de refus de visa litigieuse comporte cette mention. La décision implicite de la commission doit donc être regardée comme s'étant approprié le motif opposé par l'autorité diplomatique française au Kenya, à savoir qu'à la date du dépôt de la demande de visa, M. F C D était âgé de plus de 19 ans.

3. Aux termes de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, le ressortissant étranger qui s'est vu reconnaître la qualité de réfugié ou qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre de la réunification familiale : / 1° Par son conjoint ou le partenaire avec lequel il est lié par une union civile, âgé d'au moins dix-huit ans, si le mariage ou l'union civile est antérieur à la date d'introduction de sa demande d'asile ; / 2° Par son concubin, âgé d'au moins dix-huit ans, avec lequel il avait, avant la date d'introduction de sa demande d'asile, une vie commune suffisamment stable et continue ; / 3° Par les enfants non mariés du couple, n'ayant pas dépassé leur dix-neuvième anniversaire. () L'âge des enfants est apprécié à la date à laquelle la demande de réunification familiale a été introduite. ".

4. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

5. Il ressort des pièces du dossier, et n'est pas contesté par le ministre qui n'a présenté d'observations en défense, que M. D A et Mme J sont les parents de six enfants nés entre 1995 et 2005 en Somalie, qu'à la suite de l'obtention du statut de réfugié par M. D A des demandes de visa de long séjour ont été présentées pour Mme J et pour leurs enfants I, D, H et E, nés respectivement en 1997, 2001, 2003 et 2005. Par un jugement n° 1800195 du 15 juillet 2020, le tribunal administratif de Nantes a annulé la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France rejetant implicitement le recours formé contre les décisions de refus de visa opposées à Mme J et aux quatre enfants du couple, et a enjoint au ministre de l'intérieur de leur faire délivrer des visas de long séjour. Il ressort de la lecture des motifs de ce jugement que les requérants à l'instance avaient déclaré, comme dans la présente instance, qu'ils avaient deux autres enfants, G et F nés en 1995 et 1999, non concernés par la procédure de réunification familiale initiée en 2016 car résidant avec la mère de M. D A au Kenya où ils se seraient réfugiés pour fuir les persécutions subies en Somalie après le départ de M. D A, avant que le contact soit perdu avec le reste de leur famille. Les requérants soutiennent qu'ils sont parvenus au mois d'août 2020 à rétablir un contact avec leur fils F, se trouvant au Kenya, mais n'ont pas eu de nouvelles de leur fils G. Dans les circonstances particulières de l'espèce, eu égard à la présence en France de ses deux parents et de quatre de ses frères et sœur, aîné et cadets, et compte tenu des circonstances rappelées ci-dessus et de sa situation d'isolement dans un pays étranger au sien, les requérants sont bien fondés à soutenir qu'en rejetant le recours contre la décision de refus de visa opposée à M. F C D, la commission a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au sens de l'article 8 précité de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

6. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, qu'il y a lieu d'annuler la décision par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté le recours contre la décision de refus de délivrance d'un visa de long séjour à M. F C D.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Eu égard à ses motifs, le présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer à M. F C D le visa de long séjour sollicité. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de lui faire délivrer ce visa dans un délai maximal de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

8. Si M. C D A s'est vu accorder, par la décision visée ci-dessus, le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, M. F C D, également requérant à l'instance et majeur à la date d'introduction de la requête, est la seule partie à l'instance pourvue d'un intérêt à agir contre la décision attaquée. En l'absence de présentation d'une demande d'aide juridictionnelle par M. F C D, les conclusions de la requête présentées sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent qu'être rejetées.

9. Le requérant ne démontrant pas, par ailleurs, avoir exposé des dépens dans le cadre de l'instance, les conclusions tendant à ce que leur paiement soit mis à la charge de l'Etat doivent également être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France rejetant implicitement le recours formé contre la décision de refus de visa opposée à M. F C D est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer à M. F C D le visa de long séjour sollicité dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. F C D et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Une copie du jugement sera adressée pour information à Me Régent.

Délibéré après l'audience du 12 mai 2023 à laquelle siégeaient :

Mme Douet, présidente,

M. Rosier, premier conseiller,

Mme Chatal, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 juin 2023.

La rapporteure,

A. CHATALLa présidente,

H. DOUETLe greffier,

S. VALAIS

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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