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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2212626

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2212626

mercredi 7 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2212626
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationOQTF 6 semaines - 7ème chambre
Avocat requérantNEVEU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 23 septembre 2022 et le 17 mars 2023, M. B C, représenté par Me Neveu, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 20 septembre 2022 par lesquelles le préfet de la Sarthe l'a obligé à quitter le territoire sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit et a prononcé à son égard une interdiction de retour sur le territoire français de trois années ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Sarthe, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour en raison de ses attaches familiales ou pour motif exceptionnel et à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son avocat en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- il n'est pas établi que le signataire de l'arrêté était compétent ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; il est père d'un enfant en France et participe à l'entretien et l'éducation de son enfant ; il vit depuis dix ans en France ; sa sœur vit également en France ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- il ne peut retourner en Guinée en raison de ses conditions de départ et de ses craintes de persécution ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

- la décision est disproportionnée et méconnait les dispositions de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 mai 2023, le préfet de la Sarthe conclut au rejet de la requête de M. C.

Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 25 avril 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Béria-Guillaumie, vice-présidente, en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.

Le rapport de Mme Béria-Guillaumie, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Béria-Guillaumie, magistrate désignée,

- les observations de M. C, qui a produit de nouvelles pièces.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C ressortissant guinéen né en mai 1988, est entré irrégulièrement en France en février 2013. Il a déposé une demande d'asile qui a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 27 août 2014, devenue définitive. Il a fait l'objet les 18 février 2015, 5 septembre 2016, 21 décembre 2017, 23 novembre 2019 et 12 juillet 2021, d'obligations de quitter le territoire français qu'il n'a pas exécutées. Par des décisions du 20 septembre 2022, le préfet de la Sarthe a obligé M. C à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit et a prononcé à son égard, une interdiction de retour sur le territoire français de trois années. Par la présente requête, M. C demande l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français du 20 septembre 2022.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

2. L'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° () ". L'article L. 612-1 du même code dispose que : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas () ".

3. En premier lieu, par un arrêté du 19 avril 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du même jour, le préfet de la Loire-Atlantique a donné délégation à M. Eric Zabouraeff, secrétaire général de la préfecture de la Sarthe, signataire de l'arrêté attaqué, à l'effet de signer toutes décisions individuelles relevant des attributions de la direction des migrations et de l'intégration. Ainsi, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte attaqué manque en fait et doit être écarté.

4. En deuxième lieu, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

5. Si M. C soutient être entré en France en 2013, neuf années avant la décision contestée, sa demande d'asile a été définitivement rejetée en août 2014 et il réside irrégulièrement, sans apporter au demeurant de preuve de la continuité de son séjour en France, dans ce pays depuis lors. Il a fait l'objet de cinq mesures d'éloignement qu'il n'établit ni même n'allègue avoir exécutées. S'il soutient, sans l'établir, qu'une de ses sœurs réside en France, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il serait dépourvu de toute attache privée ou familiale dans son pays d'origine dans lequel il a vécu jusqu'à l'âge de vingt-cinq ans. Enfin, si M. C fait état de sa fille A née en octobre 2019 qu'il a reconnue le 26 novembre 2019, de nationalité française, en se bornant à produire les actes d'état civil relatifs à sa petite fille et des tickets d'achat des seuls mois de février et mars 2021, M. C ne produit pas dans le cadre de la présente instance, suffisamment d'élément de nature à établir les liens avec cet enfant. Dans ces conditions, compte tenu des conditions du séjour en France de M. C et de la nature de ses attaches privées et familiales, le préfet de la Sarthe n'a pas porté au droit de l'intéressé à une vie privée et familiale normale une atteinte excessive et n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

6. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point précédent, le préfet de la Sarthe n'a pas apprécié de manière manifestement erronée les conséquences de sa décision sur la situation de M. C.

Sur la décision fixant le pays de destination :

7. L'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi :/ 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". L'article 3 de cette convention stipule que : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

8. Si M. C invoque son impossibilité de retourner en Guinée et les risques encourus, il n'apporte aucun élément ni même aucune précision quant à ces derniers, alors en outre que sa demande d'asile a été définitivement rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides en 2014. Il suit de là que ce moyen ne peut qu'être écarté.

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

9. L'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

10. Compte tenu d'une part de ce qui a été dit au point 5 concernant les attaches privées et familiales de M. C en France, et des mesures d'éloignement non exécutées et d'autre part, des condamnations de l'intéressé notamment pour des faits de violence, le préfet de la Sarthe n'a pas commis d'erreur d'appréciation en assortissant l'obligation de quitter le territoire français du 20 septembre 2022 d'une interdiction de retour sur le territoire français de trois ans.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C doivent être rejetées, ainsi par voie de conséquence que ses conclusions à fin d'injonction et ses conclusions tendant à l'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Neveu et au préfet de la Sarthe.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juin 2023.

La magistrate désignée,

M. BÉRIA-GUILLAUMIE

La greffière,

B. GAUTIER

La République mande et ordonne au préfet de la Sarthe en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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