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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2212665

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2212665

mercredi 12 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2212665
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation- Asile - 15 jours
Avocat requérantLOUVEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 27 septembre 2022, M. D B, représenté par Me Annie Louvel, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision de transfert vers l'Espagne en vue de l'examen de sa demande d'asile, opposée par un arrêté du préfet de Maine-et-Loire du 19 août 2022 ;

2°) d'enjoindre, à titre principal, à cette autorité d'admettre la responsabilité des autorités françaises dans cet examen et de lui délivrer un titre de séjour lui permettant de se maintenir en France jusqu'à la notification de la décision de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides ainsi qu'un formulaire de demande d'asile ;

3°) d'enjoindre, à titre subsidiaire, au préfet de Maine-et-Loire de procéder à un nouvel examen de sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son avocate de la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision de transfert n'est pas motivée ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation en l'absence de mise en œuvre de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 octobre 2022, le préfet de Maine-et-Loire demande au tribunal de rejeter les conclusions présentées par M. B.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 29 septembre 2022 de la section administrative du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Nantes.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020.

Le président du tribunal a désigné M. A C pour statuer sur les litiges visés à l'article L. 572-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 4 octobre 2022 à partir de 15h00 :

- le rapport de M. Labouysse, magistrat désigné ;

- les observations de Me Louvel, représentant M. B, et celles de M. B. Le requérant reprend les conclusions de sa requête et expose les mêmes moyens. Il ajoute qu'il n'a pu bénéficier d'un hébergement et de soins en Espagne.

Le préfet de Maine-et-Loire n'était ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction est intervenue après les observations présentées pour M. B conformément à l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Le requérant se présente sous l'identité de M. D B, ressortissant guinéen né le 8 septembre 1994. Il est entré en France le 12 juin 2022. Il a déposé une demande d'asile qui a été enregistrée par les services de la préfecture de la Loire-Atlantique le 7 juillet 2022. Lors de la consultation du fichier "Eurodac" pour la comparaison des empreintes digitales, régi par le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, il a été constaté que les empreintes digitales de l'intéressé avaient été enregistrées en Espagne. Les autorités de cet Etat ont été saisies le 8 juillet 2022 par les autorités françaises au titre de la procédure de détermination de l'Etat responsable de l'examen de la demande d'asile de M. B. Les autorités espagnoles ont accepté expressément de se considérer responsable de cette demande. Par un arrêté du 19 août 2022, pris au nom du préfet de Maine-et-Loire, sur le fondement de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, une décision de transfert vers l'Espagne a été opposée à M. B. L'intéressé demande au tribunal l'annulation de cette décision.

2. En vertu de l'article L. 571-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, un ressortissant étranger se trouvant sur le territoire français et souhaitant demander l'asile, se présente, en personne, devant l'autorité administrative compétente, qui enregistre sa demande et procède à la détermination de l'Etat responsable en application du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale.

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Toute décision de transfert fait l'objet d'une décision écrite motivée prise par l'autorité administrative () ".

4. Il ressort de la lecture de l'arrêté du 19 août 2022 formalisant la décision de transfert opposée à M. B qu'elle comporte l'ensemble des éléments exigés pour satisfaire à l'obligation de motivation énoncée au point précédent. La circonstance, invoquée par le requérant, que l'autorité préfectorale, qui ne s'est pas bornée à viser les articles 3§2 et 17 du règlement (UE) n°604/2013 du 26 juin 2013 mais a bien procédé à l'examen de la situation du requérant au regard de ces articles, n'en ait pas fait application pour admettre la responsabilité de la France dans l'examen de sa demande d'asile, est sans incidence sur l'exigence formelle de motivation d'une décision qui consiste uniquement à énoncer dans l'acte les considérations de droit et de fait qui fondent cette décision. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

5. En second lieu, le chapitre III du règlement (UE) n°604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, qui comprend les articles 7 à 15, fixe les critères hiérarchisés de détermination de l'Etat responsable de l'examen d'une demande d'asile. L'article 13 précise que " lorsqu'il est établi () que le demandeur a franchi irrégulièrement () la frontière d'un État membre dans lequel il est entré en venant d'un État tiers, cet État membre est responsable de l'examen de la demande de protection internationale. Cette responsabilité prend fin douze mois après la date du franchissement irrégulier de la frontière. ". La mise en œuvre de ce critère peut être écartée lorsqu'il y a lieu, pour l'autorité préfectorale, de faire usage des dispositions du premier paragraphe de l'article 17 de ce règlement.

6. Quand bien même un cousin du requérant séjourne régulièrement en France, alors qu'aucun membre de sa famille ne séjourne en Espagne, et alors que les pièces du dossier ne permettent pas de considérer que l'état de santé du requérant, qui se borne à justifier d'une sérologie positive à l'hépatite A, ne pourrait pas, en qualité de bénéficiaire du statut de demandeur d'asile en Espagne, être pris en charge dans les conditions requises, le préfet de Maine-et-Loire ne peut être regardé comme ayant commis une erreur manifeste d'appréciation en ne mettant pas en œuvre le paragraphe 1 de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision du 19 août 2022 relative au transfert de M. B doivent être rejetées. Par voie de conséquence, doivent être également rejetées ses conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D E C I D E :

Article 1er : Les conclusions présentées par M. B sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B, au préfet de Maine-et-Loire et à Me Annie Louvel.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 octobre 202Le magistrat désigné,

D. CLa greffière,

G. PEIGNÉ

La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Le greffier

No 2212665

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