mercredi 19 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2212668 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | - Asile - 15 jours |
| Avocat requérant | PERROT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 28 septembre 2022, M. B D, représenté par Me Anne Perrot, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision de transfert vers l'Espagne en vue de l'examen de sa demande d'asile, opposée par un arrêté du préfet de Maine-et-Loire du 8 septembre 2022 ;
2°) d'enjoindre à cette autorité, à titre principal, de lui délivrer une attestation de demande d'asile en procédure normale, dans un délai de 7 jours à compter du jugement, à titre subsidiaire, de procéder à un nouvel examen de sa situation dans les meilleurs délais ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son avocate de la somme de 1 200 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision de transfert a été signée par une autorité qui n'était pas habilitée à cette fin ;
- elle n'est pas suffisamment motivée et cette insuffisante motivation révèle un défaut d'examen circonstancié de sa situation ;
- elle est entachée de vices de procédure dès lors que les articles 4 et 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 n'ont pas été respectées ;
- elle procède d'une erreur de droit, d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article 17 de ce règlement ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen du risque de violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et elle méconnait ces articles compte tenu de l'existence d'un tel risque.
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 octobre 2022, le préfet de Maine-et-Loire demande au tribunal de rejeter les conclusions présentées par M. D.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Des pièces, présentées pour M. D, ont été enregistrées le 4 octobre 2022 à 14h08 et à 14h46.
M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 30 septembre 2022 de la section administrative du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Nantes.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020.
Le président du tribunal a désigné M. A C pour statuer sur les litiges visés à l'article L. 572-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 4 octobre 2022 à partir de 15h00 :
- le rapport de M. Labouysse, magistrat désigné ;
- les observations de Me Perrot, représentant M. D, et celles de M. D. Le requérant reprend les conclusions de sa requête et expose les mêmes moyens.
Le préfet de Maine-et-Loire n'était ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction est intervenue après les observations présentées pour M. D conformément à l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Le requérant se présente sous l'identité de M. B D, ressortissant camerounais né le 29 mars 1990. Il est entré en France pour y déposé une demande d'asile qui a été enregistrée par les services de la préfecture de la Loire-Atlantique le 3 août 2022. Lors de la consultation du fichier "Eurodac" pour la comparaison des empreintes digitales, régi par le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, il a été constaté que les empreintes digitales de l'intéressé avaient été enregistrées en Espagne. Les autorités de cet Etat ont été saisies le 8 août 2022 par les autorités françaises au titre de la procédure de détermination de l'Etat responsable de l'examen de la demande d'asile de M. D. Les autorités espagnoles ont accepté expressément de se considérer responsable de cette demande. Par un arrêté du 8 septembre 2022, pris au nom du préfet de Maine-et-Loire, sur le fondement de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, une décision de transfert vers l'Espagne a été opposée à M. D. L'intéressé demande au tribunal l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision de transfert vers l'Espagne :
2. En vertu de l'article L. 571-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, un ressortissant étranger se trouvant sur le territoire français et souhaitant demander l'asile, se présente, en personne, devant l'autorité administrative compétente, qui enregistre sa demande et procède à la détermination de l'Etat responsable en application du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale.
3. En vertu du paragraphe 1 de l'article 3 de ce règlement, lorsqu'une demande de protection internationale est présentée, un seul Etat, parmi ceux auxquels s'applique ce règlement, est responsable de son examen. Le chapitre III de ce même règlement comprend les articles 7 à 15 qui fixent, de manière hiérarchisée, les critères de détermination de l'Etat membre responsable de l'examen d'une demande d'asile. Lorsqu'aucun Etat membre ne peut être désigné sur la base de ces critères, le premier alinéa du paragraphe 2 de l'article 3 prévoit que le premier État membre auprès duquel la demande de protection internationale a été introduite est responsable de l'examen de cette demande.
4. Pour désigner l'Espagne comme l'État membre responsable de l'examen de la demande d'asile introduite en France par M. D, le préfet de Maine-et-Loire a relevé que l'intéressé avait déposé une première demande d'asile auprès des autorités de cet Etat.
5. L'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 permet cependant à l'autorité préfectorale de décider que les autorités françaises examineront une demande d'asile, quand bien même un autre Etat membre serait responsable de cet examen. L'article L. 571-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose ainsi que l'autorité préfectorale n'est pas tenue de décider le transfert d'un demandeur d'asile vers l'Etat membre qui est responsable de la demande au regard des critères de détermination de cet Etat.
6. La mise en œuvre de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 procède de l'exercice d'un pouvoir discrétionnaire de sorte que seule la mise en évidence d'une erreur d'appréciation présentant un caractère manifeste, c'est à dire ressortant avec évidence, est de nature à entacher d'illégalité la décision de transfert au regard de cet article.
7. Pour écarter la mise en œuvre de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, le préfet de Maine-et-Loire, dans son arrêté, a, après avoir relevé l'absence d'attaches familiales de M. D en France, fait état des problèmes de santé avancés par l'intéressé en indiquant qu'il apporte des justificatifs médicaux. Il a cependant estimé que ses problèmes de santé n'ont pas constitué un obstacle à ses déplacements en France, que son état de santé ne s'était pas dégradé durant son voyage de sorte qu'il n'établissait pas de risque personnel constituant une atteinte grave au droit d'asile en cas de transfert vers l'Espagne. A l'appui de son moyen tiré de la méconnaissance de cet article 17, le requérant fait valoir les mêmes éléments que ceux évoqués dans la demande qu'il a adressée aux services de la préfecture de Maine-et-Loire par courrier électronique du 6 septembre 2022, en particulier qu'il a fait l'objet d'une mesure d'éloignement du territoire espagnol de sorte qu'il existe un risque que sa demande d'asile ne soit pas traitée en Espagne dans les conditions requises par les textes protecteurs des demandeurs d'asile.
8. L'entrée en France de M. D pour y solliciter l'asile constitue en réalité la seconde entrée de l'intéressé dans ce pays. En effet, il a rejoint le territoire de cet Etat au mois de janvier de l'année 2022 pour y déposer une demande d'asile, mais le préfet de Maine-et-Loire a, par un arrêté du 17 mars 2022, décidé son transfert vers l'Espagne, considéré déjà comme l'Etat membre responsable de cette demande au motif qu'une demande ayant le même objet y avait été déposée. Cette mesure d'éloignement a été exécutée le 23 juin 2022, mais il ressort des déclarations précises, circonstanciées et constantes du requérant, confirmées au cours de l'audience, que, dès son arrivée en Espagne, il a été arrêté par des officiers de police et il s'est vu notifier, sans que cet acte lui ait été traduit, une obligation de quitter le territoire espagnol et que les forces de police lui ont ordonné d'exécuter cette mesure. Le prononcé de cette mesure, le 23 juin 2022, est intervenu à la suite du rejet de sa demande d'asile, les autorités espagnoles ayant fondé leur accord explicite sur les dispositions du d) de l'article 18 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 relatives à la reprise en charge d'un demandeur d'asile dont la demande a été rejetée par les autorités de l'Etat qui en étaient responsables et qui en présente une nouvelle dans un autre Etat. Ainsi, le préfet de Maine-et-Loire ne saurait utilement, et au demeurant sérieusement, avancer, dans son mémoire en défense, le "peu de probabilité que le requérant ait effectué des démarches pour déposer une demande auprès des autorités compétentes". Au contraire, le prononcé puis la mise à exécution immédiate, à l'encontre de M. D, d'une mesure d'éloignement du territoire espagnol, laquelle est motivée par la présence irrégulière de l'intéressé en Espagne, alors qu'il s'y trouvait en qualité de demandeur d'asile dans le cadre de l'exécution d'une décision de transfert vers cet Etat, caractérise une méconnaissance, par les autorités espagnoles, du droit de l'intéressé d'être informé de la possibilité de contester une décision de rejet d'une demande d'asile, comme le prévoit notamment le dernier alinéa de l'article 18 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, ainsi qu'une mesure d'éloignement, comme du droit de faire valoir, en sa qualité de demandeur d'asile, tout nouvel élément de nature à établir qu'il remplit les conditions pour se voir reconnaître le bénéfice d'une protection internationale. Dans ces conditions, M. D doit être regardé comme apportant la preuve des craintes personnelles dont il fait état quant au défaut de bénéfice, en Espagne, de l'ensemble des garanties exigées par le respect du droit d'asile. Par suite, la décision attaquée, en ce qu'elle écarte la mise en œuvre de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
9. Il résulte de ce qui précède que la décision de transfert vers l'Italie, opposée par l'arrêté du 8 septembre 2022 du préfet de Maine-et-Loire pris à l'encontre de M. D, doit être annulée. Compte tenu de l'injonction prononcée ci-dessous, il n'est pas nécessaire de se prononcer sur les autres moyens.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
10. En vertu de l'article L. 572-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'autorité préfectorale doit statuer à nouveau sur le cas d'un ressortissant étranger dont la décision de transfert a été annulée. Ces dispositions n'ont toutefois pas pour objet, ni pour effet, de faire obstacle à la mise en œuvre, par le juge de l'article L. 911-1 du code de justice administrative. Selon cet article, un jugement impliquant nécessairement qu'une autorité administrative prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, prescrit cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution.
11. L'annulation de la décision de transfert de M. D vers l'Espagne a été prononcée au motif que le préfet de Maine-et-Loire a commis une erreur manifeste d'appréciation en ne faisant pas usage de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 pour admettre la responsabilité de la France dans l'examen de sa demande d'asile auquel il incombera à l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides de procéder. Par suite, et en l'absence de changement dans les circonstances, il y a lieu d'enjoindre à l'autorité préfectorale de lui délivrer, le temps de cet examen, l'attestation de demande d'asile mentionnée à l'article L. 521-7 du code et de fixer à quinze jours, à compter de la notification du présent jugement, le délai de délivrance de cette attestation.
Sur les conclusions tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 :
12. M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale au titre de la présente instance. Aussi, et dans la mesure où l'Etat est la partie perdante à cette instance, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à sa charge, en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, le versement à Me Perrot, avocate du requérant, de la somme de 1 000 euros (mille euros). Ce versement vaudra, conformément à cet article 37, renonciation à ce qu'elle perçoive la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle dont bénéficie M. D.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 8 septembre 2022 pris à l'encontre de M. E le préfet de Maine-et-Loire est annulé.
Article 2 : Il est enjoint à l'autorité préfectorale compétente de délivrer à M. D, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement, l'attestation de demande d'asile mentionnée à l'article L. 521-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile justifiant de l'enregistrement par les autorités françaises de sa demande d'asile en vue de son examen par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides.
Article 3 : L'Etat versera la somme de mille euros (1 000 euros) à Me Perrot en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B D, au préfet de Maine-et-Loire et à Me Anne Perrot.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 octobre 202Le magistrat désigné,
D. CLa greffière,
G. PEIGNÉ
La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Le greffier
No 2212668
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026