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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2212678

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2212678

lundi 19 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2212678
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème Chambre
Avocat requérantHERVET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 septembre 2022, Mme A B, représentée par Me Hervet, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite née le 27 juillet 2022 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours contre la décision du 24 mars 2022 de l'autorité consulaire française à Tunis refusant de lui délivrer un visa de long séjour en qualité de travailleuse salariée ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de réexaminer sa demande dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation concernant le risque du détournement de l'objet du visa et le risque de mener en France des activités illicites ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation s'agissant des conditions de son séjour en France.

Par un mémoire en défense enregistré le 15 mai 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Heng a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante tunisienne, a déposé une demande de visa de long séjour en qualité de travailleuse salariée en se prévalant d'un contrat de travail à durée indéterminée au sein de la société Veritamed et d'une autorisation de travail. Par une décision du 24 mars 2022, l'autorité consulaire française à Tunis a refusé de lui délivrer ce visa. Par une décision implicite née le 27 juillet 2022, dont elle demande l'annulation, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre cette décision consulaire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. L'accusé de réception du recours administratif préalable obligatoire indique : " En l'absence d'une réponse expresse de la commission dans un délai de deux mois à compter de la date de réception du recours mentionnée ci-dessus, le recours est réputé rejeté pour les mêmes motifs que ceux de la décision contestée (CAA de Nantes, 17 novembre 2020, n°20NT00588). ". La décision consulaire comporte deux cases cochées portant les numéro 3 et 5 et les mentions " Il existe un risque de détournement de l'objet du visa à des fins de maintien illégal en France après l'expiration de votre visa ou pour mener en France des activités illicites " et " Les informations communiquées pour justifier les conditions du séjour sont incomplètes et/ou ne sont pas fiables ".

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent.

A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 8° Rejettent un recours administratif dont la présentation est obligatoire préalablement à tout recours contentieux en application d'une disposition législative ou réglementaire. ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ". Les décisions des autorités consulaires portant refus d'une demande de visa doivent être motivées en vertu des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Il en va de même pour les décisions de rejet des recours administratifs préalables obligatoires formés contre ces décisions.

4. La décision consulaire, à laquelle renvoie, pour sa motivation, la décision contestée, mentionne notamment les dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. S'agissant du second motif mentionné au point 2, qui ne comporte aucune circonstance de fait propre à la situation de la demandeuse, la motivation ne peut être regardée comme suffisante au regard des exigences posées par les dispositions de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. En revanche, s'agissant du premier motif, elle précise qu'il existe un risque de détournement de l'objet du visa. Dans ces conditions, la décision attaquée mentionne de façon suffisamment précise les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation manque en fait et doit être écarté.

5. En deuxième lieu, Mme B a produit l'autorisation de travail visée par l'autorité administrative compétente ainsi qu'un contrat de location signé par elle en vue de son hébergement en France à compter du 1er juin 2022. Dans ces conditions, et alors que ce motif pouvait légalement lui être opposé, Mme B est fondée à soutenir que le premier motif de la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France est entaché d'une erreur d'appréciation.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 5221-2 du code du travail : " Pour entrer en France en vue d'y exercer une profession salariée, l'étranger présente : / 1° Les documents et visas exigés par les conventions internationales et les règlements en vigueur ; / 2° Un contrat de travail visé par l'autorité administrative ou une autorisation de travail. ". La circonstance qu'un travailleur étranger dispose d'un contrat de travail visé par la direction régionale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités (DREETS), ou d'une autorisation de travail, ne fait pas obstacle à ce que l'autorité compétente refuse de lui délivrer un visa d'entrée et de long séjour en France en se fondant, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, sur tout motif d'intérêt général.

7. Constitue notamment un tel motif le risque avéré de détournement de l'objet du visa sollicité, lorsque l'administration établit que le motif indiqué dans la demande ne correspond manifestement pas à la finalité réelle du séjour de l'étranger en France. S'agissant d'un visa sollicité en qualité de salarié, ce risque peut notamment résulter de l'inadéquation entre l'expérience professionnelle et l'emploi sollicité.

8. Il ressort des pièces du dossier que Mme B a été embauchée par contrat à durée indéterminée à compter d'une date prévisionnelle fixée au 1er février 2022 pour occuper un emploi de réflexologue plantaire au sein de la société Veritamed. Pour justifier de l'adéquation entre, d'une part, ses qualifications et son expérience professionnelles, et, d'autre part, l'emploi auquel elle postule, la requérante produit une attestation de formation professionnelle portant la mention " technicienne en massage ", suivie entre le 1er mai 2009 et le 31 mars 2010. Mme B produit également une attestation de stage comme technicienne en massage spécifique délivrée par le responsable des ressources humaines de l'Olympe, hôtel thalasso situé à Sousse, d'une période de deux mois, au cours de laquelle elle a exercé au sein du centre balnéothérapie de cet établissement. Elle produit également une attestation de travail de ce même établissement, faisant état de son emploi comme masseuse pour les périodes du 7 avril 2014 au 6 octobre 2016 et du 1er mai 2017 au 31 octobre 2017, et plus particulièrement des types de massage pratiqués, à savoir réflexologie plantaire, massage relaxant et massage ayurvédique. Elle produit, enfin, un certificat de travail délivré par le chef du personnel du Kuriat palace de Monastir selon laquelle elle y a exercé comme masseuse entre le 23 juin 2021 et le 7 novembre 2021. Toutefois, et malgré la mesure d'instruction diligentée en ce sens, Mme B n'a produit aucun bulletin de paie permettant d'attester de l'exercice effectif de ces expériences professionnelles. Dans ces conditions, Mme B n'est pas fondée à soutenir que la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a entaché le second motif de sa décision d'une erreur de droit ou d'une erreur d'appréciation.

9. Il résulte de ce qui précède que la décision attaquée est fondée sur un motif illégal et sur un motif légal. Il résulte de l'instruction que la commission aurait pris la même décision en se fondant sur le seul motif légal, tiré de l'absence d'adéquation entre le profil de la demandeuse et l'emploi auquel elle postule.

10. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision attaquée. Les conclusions à fin d'annulation doivent, par suite, être rejetées comme doivent l'être, par voie de conséquence, celles à fin injonction.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 22 mai 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Allio-Rousseau, présidente,

Mme André, première conseillère,

Mme Heng, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 juin 2023.

La rapporteure,

H. HENG

La présidente,

M.-P. ALLIO-ROUSSEAU La greffière

S. JEGO

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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