mardi 3 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2212690 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | SELARL PALLIER - BARDOUL - SIEBERT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 27 septembre 2022, le 13 février 2023, le 25 avril 2023 et le 18 août 2023, M. A et Mme H B, M. I E et Mme J E ainsi que M. F D et Mme G D, représentés par Me Diversay, demandent au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 14 avril 2022 par lequel le maire de la Baule-Escoublac a délivré un permis de construire à la SARL " Gougaud Promotion ", en vue, après démolition de deux maisons individuelles, de la construction d'un immeuble de logements et d'une surface commerciale, sur un terrain situé 59 avenue Louis Lajarrige, modifié par les arrêtés du 2 mars 2023 et du 20 juin 2023 portant permis de construire modificatifs, ainsi que les décisions implicites nées le 27 juillet 2022, rejetant leur recours gracieux ;
2°) de mettre à la charge de la commune de La Baule-Escoublac une somme de 6 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;
-il méconnaît l'article L. 421-3 du code de l'urbanisme, faute de délivrance d'un permis de démolir ;
-le dossier de demande de permis de construire est incomplet en raison de l'insuffisance et du caractère trompeur de la notice architecturale, en méconnaissance de l'article R. 431-8 du code de l'urbanisme, et en méconnaissance de l'article R. 431-13 de ce code, faute d'accord du gestionnaire du domaine public, et en méconnaissance des articles R. 451-1 et R. 451-4 de ce code ;
-le projet méconnaît les dispositions de l'article UA 3.1 du règlement du plan local d'urbanisme ;
-il méconnaît l'article UA 4.3 du règlement du plan local d'urbanisme ;
-il méconnaît les dispositions de l'article UA 9.1 du règlement du plan local d'urbanisme ;
-il méconnaît les dispositions de l'article II.1.1.2.1 du règlement de l'aire de mise en valeur de l'architecture et du patrimoine (AVAP) ;
-il méconnaît les dispositions de l'article II.1.2.2 du règlement de l'AVAP ;
-il méconnaît les dispositions de l'article II.2.2.1 du règlement de l'AVAP.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 16 janvier 2023 et le 5 juin 2023, la commune de La Baule-Escoublac, représentée par Me Leraisnable, conclut à titre principal au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge des requérants la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la requête est irrecevable en l'absence de qualité à agir des requérants, et en l'absence de notification du recours à l'auteur de la décision et à la société pétitionnaire, en méconnaissance de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme ;
- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
Par des mémoires en défense enregistrés le 15 décembre 2022, le 2 juin 2023 et le 23 juin 2023, la société Gougaud Promotion, représentée par Me Siebert, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge des requérants la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la requête est irrecevable en l'absence de qualité à agir des requérants ;
- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
Un mémoire en observation, produit par le préfet de la région des Pays-de-la-Loire et de la Loire-Atlantique, a été enregistré le 21 juin 2023.
Un mémoire, produit pour la commune de La Baule-Escoublac, a été enregistré le 31 août 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'environnement ;
- le code du patrimoine ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Thomas, première conseillère,
- les conclusions de M. Marowski, rapporteur public,
- les observations de Me Diversay, avocate des requérants,
- les observations de Me Le Pallabre, substituant Me Leraisnable, avocat de la commune de La Baule-Escoublac,
- les observations de Me Le Brun, substituant Me Siebert, avocat de la société Gougaud Promotion.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 14 avril 2022 modifié par des arrêtés du 2 mars 2023 et du 20 juin 2023 portant permis de construire modificatifs, le maire de La Baule-Escoublac a délivré à la société Gougaud Promotion un permis de construire en vue, après démolition de deux maisons individuelles, d'édifier un immeuble comprenant des logements et une surface commerciale sur les parcelles cadastrées section BP n°148 et 149 situées au 59 avenue Louis Lajarrige à La Baule-Escoublac. M. et Mme B, M. et Mme E, et M. et Mme D, voisins du projet, demande au tribunal l'annulation de ces arrêtés ainsi que des décisions de rejet de leur recours gracieux.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
Sur la compétence du signataire du permis de construire attaqué :
2. Il ressort des pièces du dossier que les permis modificatifs ont été signé les 2 mars et 20 juin 2023 par Mme C, adjointe au maire de la commune en charge de l'aménagement de la promenade de mer, de l'urbanisme, de l'habitat, des travaux et du patrimoine, qui bénéficie d'une délégation de pouvoir du maire de La Baule-Escoublac pour prendre tous les actes en matière d'urbanisme, par un arrêté du 20 juillet 2020, régulièrement publié. Par suite, eu égard à cette régularisation, le moyen tiré de l'incompétence dont serait entaché le permis de construire attaqué doit être écarté.
En ce qui concerne la démolition des maisons individuelles existantes :
3. Aux termes de l'article L. 421-3 du code de l'urbanisme : " Les démolitions de constructions existantes doivent être précédées de la délivrance d'un permis de démolir lorsque la construction relève d'une protection particulière définie par décret en Conseil d'Etat ou est située dans une commune ou partie de commune où le conseil municipal a décidé d'instaurer le permis de démolir ". L'article L.451-1 du même code prévoit que " lorsque la démolition est nécessaire à une opération de construction ou d'aménagement, la demande de permis de construire ou d'aménager peut porter à la fois sur la démolition et sur la construction ou l'aménagement. Dans ce cas, le permis de construire ou le permis d'aménager autorise la démolition ". Aux termes de l'article R. 421-27 du code de l'urbanisme : " Doivent être précédés d'un permis de démolir les travaux ayant pour objet de démolir ou de rendre inutilisable tout ou partie d'une construction située dans une commune ou une partie de commune où le conseil municipal a décidé d'instituer le permis de démolir ". Aux termes de l'article R. 431-1 du code de l'urbanisme : " Lorsque les travaux projetés nécessitent la démolition de bâtiments soumis au régime du permis de démolir, la demande de permis de construire ou d'aménager doit : / a) Soit être accompagnée de la justification du dépôt de la demande de permis de démolir ; / b) Soit porter à la fois sur la démolition et sur la construction ou l'aménagement ".
4. Par ailleurs, aux termes de l'article R. 451-1 du code de l'urbanisme : " La demande de permis de démolir précise : / () c) La date approximative à laquelle le ou les bâtiments dont la démolition est envisagée ont été construits ; () ". Aux termes de l'article R. 451-4 du code de l'urbanisme : " Lorsque l'immeuble est situé dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable ou dans les abords des monuments historiques, le dossier joint à la demande comprend en outre la description des moyens mis en œuvre dans la démolition pour éviter toute atteinte au patrimoine protégé ".
5. Il résulte de ces dispositions, d'une part, que lorsqu'un permis de construire autorise un projet qui implique la démolition totale ou partielle d'un bâtiment soumis au régime du permis de démolir, la demande de permis de construire doit, soit être accompagnée de la justification du dépôt de la demande de permis de démolir, soit porter à la fois sur la démolition et sur la construction. D'autre part, si le permis de construire et le permis de démolir peuvent être accordés par une même décision, au terme d'une instruction commune, ils constituent des actes distincts ayant des effets propres. Eu égard à l'objet et à la portée du permis de démolir, la décision statuant sur la demande de permis de construire ne peut valoir autorisation de démolir que si le dossier de demande mentionne explicitement que le pétitionnaire entend solliciter cette autorisation. Est par elle-même sans incidence la circonstance que les plans joints à la demande de permis de construire montrent que la réalisation de la construction implique la démolition de bâtiments existants.
6. Le dossier de demande de permis de construire précise que la réalisation du projet nécessite la démolition totale de deux maisons existantes sur le terrain d'assiette, clairement identifiables, et pour laquelle une demande de permis de démolir a été produite. La société pétitionnaire a ainsi présenté un dossier de demande de permis de construire répondant aux exigences des dispositions régissant le permis de démolir. Il en résulte que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 421-3 du code de l'urbanisme, en l'absence de délivrance préalable d'un permis de démolir, ne peut qu'être écarté.
7. D'une part, le dossier de demande de permis de construire comporte une notice qui permet d'apprécier de façon suffisante les caractéristiques architecturales des maisons d'habitation dont le projet prévoit la démolition. Dans les circonstances de l'espèce, compte tenu des mentions de la notice, et alors qu'il ressort expressément tant de l'arrêté de permis contesté que des avis de l'architecte des Bâtiments de France, que l'aspect architectural de ces deux maisons individuelles et leur classement en tant que patrimoine architectural intéressant ont été pris en compte et appréciés, l'absence d'indication précise quant à la date de leur construction n'a pas été de nature à nuire à l'information complète de l'autorité administrative. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 451-1 du code de l'urbanisme doit être écarté.
8. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que le bâtiment à démolir se trouve dans le sous-secteur 1-1 du secteur 1 " secteur des quartiers des villas " de l'aire de mise en valeur de l'architecture et du patrimoine (AVAP) de La Baule-Escoublac, annexée au plan local d'urbanisme de la commune. Il est constant que le dossier de demande ne comporte pas les descriptions précitées exigées par l'article R. 451-4 du code de l'urbanisme. Toutefois, cet article n'a ni pour objet ni pour effet de faire obstacle, au fond, à la démolition d'éléments de patrimoine protégé dans les conditions prévues par le règlement de l'AVAP applicable au secteur dans lequel se situe le terrain d'assiette du projet. Par suite, les requérants ne peuvent se prévaloir de ces dispositions pour soutenir que le dossier de demande aurait eu à justifier de façon particulière des modalités de protection de ces maisons identifiées par l'AVAP comme " patrimoine architectural intéressant ", alors que précisément, le projet en prévoit la démolition. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'absence de description des moyens mis en œuvre pour cette démolition afin d'éviter toute atteinte à d'autres éléments du patrimoine existant situés au-delà du terrain d'assiette du projet aurait pu fausser l'appréciation du service instructeur ou de l'autorité compétente en matière de patrimoine sur le respect, par le projet, de la réglementation applicable, l'architecte des Bâtiments de France ayant au demeurant rendu des avis favorables. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 451-4 du code de l'urbanisme doit, dans ces conditions, être écarté.
En ce qui concerne la complétude du dossier de demande de permis de construire :
9. Aux termes de l'article R. 431-4 du code de l'urbanisme : " La demande de permis de construire comprend : / a) Les informations mentionnées aux articles R. 31-5 à R. 431-12 ; / b) Les pièces complémentaires mentionnées aux articles R. 431-13 à R. 431-33-1 ; / c) Les informations prévues aux articles R. 431-34 et R. 431-34-1. / Pour l'application des articles R. 423-19 à R. 423-22, le dossier est réputé complet lorsqu'il comprend les informations mentionnées au a et au b ci-dessus. / Aucune autre information ou pièce ne peut être exigée par l'autorité compétente ". Aux termes de l'article R. 431-8 du même code: " Le projet architectural comprend une notice précisant : 1° L'état initial du terrain et de ses abords indiquant, s'il y a lieu, les constructions, la végétation et les éléments paysagers existants ; 2° Les partis retenus pour assurer l'insertion du projet dans son environnement et la prise en compte des paysages, faisant apparaître, en fonction des caractéristiques du projet : a) L'aménagement du terrain, en indiquant ce qui est modifié ou supprimé ; b) L'implantation, l'organisation, la composition et le volume des constructions nouvelles, notamment par rapport aux constructions ou paysages avoisinants ; c) Le traitement des constructions, clôtures, végétations ou aménagements situés en limite de terrain ; d) Les matériaux et les couleurs des constructions ; e) Le traitement des espaces libres, notamment les plantations à conserver ou à créer ; f) L'organisation et l'aménagement des accès au terrain, aux constructions et aux aires de stationnement ". Aux termes de l'article R. 431-10 de ce code : " Le projet architectural comprend également : a) Le plan des façades et des toitures ; lorsque le projet a pour effet de modifier les façades ou les toitures d'un bâtiment existant, ce plan fait apparaître l'état initial et l'état futur () c) Un document graphique permettant d'apprécier l'insertion du projet de construction par rapport aux constructions avoisinantes et aux paysages, son impact visuel ainsi que le traitement des accès et du terrain ; d) Deux documents photographiques permettant de situer le terrain respectivement dans l'environnement proche et, sauf si le demandeur justifie qu'aucune photographie de loin n'est possible, dans le paysage lointain. Les points et les angles des prises de vue sont reportés sur le plan de situation et le plan de masse ". Aux termes de l'article R. 431-13 de ce code : " Lorsque le projet de construction porte sur une dépendance du domaine public, le dossier joint à la demande de permis de construire comporte une pièce exprimant l'accord du gestionnaire du domaine pour engager la procédure d'autorisation d'occupation temporaire du domaine public ".
10. La circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.
11. D'une part, il ressort des pièces du dossier qu'une notice descriptive était jointe au dossier de demande de permis de construire, dont les mentions relatives aux constructions existantes et avoisinantes sont suffisantes, dans leur dernier état, pour apprécier l'aspect architectural des deux maisons existantes et leur classement en tant que patrimoine architectural intéressant ainsi que l'environnement initial du projet. Les documents graphiques permettent en outre d'apprécier de façon suffisamment complète et précise l'architecture du projet et son insertion par rapport aux constructions avoisinantes. Il en résulte que l'administration a disposé des éléments utiles pour porter une appréciation en toute connaissance de cause sur le projet qui lui était soumis. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées des articles R. 453-8 à R. 453-10 du code de l'urbanisme doit être écarté.
12. D'autre part, le dernier état du projet tel qu'autorisé par le permis de construire modificatif du 20 juin 2023 prévoit la création de balcons en surplomb sur la voie publique. En défense a été produit l'arrêté du 1er mars 2023, signé par Mme C portant permis de construire modificatif et autorisation de ce débord sur l'emprise du domaine public, donnée à la société Gougaud Promotion. Compte tenu de la régularisation opérée par ce permis de construire modificatif, le moyen tiré de la méconnaissance par l'arrêté attaqué des dispositions précitées de l'article R. 431-13 du code de l'urbanisme doit par suite être écarté.
En ce qui concerne les dispositions du règlement du plan local d'urbanisme :
13. En premier lieu, aux termes de l'article UA 3.1 du règlement du plan local d'urbanisme applicable à la zone UA : " les accès doivent être adaptés au projet " et " présenter, de par leur forme, leurs dimensions et leurs caractéristiques techniques, les caractéristiques permettant de satisfaire aux exigences de sécurité, de défense contre l'incendie, et de protection civile ". Il prévoit également que " " les dimensions, la position et le nombre des accès doivent être étudiés de façon à éviter toute difficulté et tout danger pour la circulation automobile, des cycles, et des piétons " et " doivent ainsi prendre en compte l'importance du trafic supporté par la voie publique ou privée " et que " lorsque le terrain est desservi par plusieurs voies, l'accès doit être réalisé sur celle sur laquelle il présentera la moindre gêne ".
14. Il ressort des pièces du dossier que le projet prévoit la réalisation d'un accès piétons pour les résidents par l'avenue Lajarrige et d'un accès pour les véhicules d'environ 4 mètres, sur l'avenue Sarah Bernhardt, et qui dessert 14 places de stationnement situées en sous-sol. Compte tenu des conditions de visibilité satisfaisantes et de la largeur de cette voie à sens unique d'environ 8 mètres, comme de sa circulation moins passante que celle sur l'avenue Lajarrige, et alors que le service départemental d'incendie et de secours a émis un avis favorable le 15 février 2022, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il existerait un risque pour la sécurité des usagers des voies ou des personnes utilisant l'accès. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article UA 3.1 précitées doit être écarté.
15. En deuxième lieu, aux termes de l'article U1 4.3 du règlement du plan local d'urbanisme applicable à la zone UA : " les locaux poubelles et points de collecte doivent présenter les caractéristiques suivantes : Avoir une taille et une configuration conçues pour une manipulation aisée des conteneurs, y compris ceux dédiés au tri, Être équipés d'un point d'eau et d'une évacuation raccordée au réseau d'assainissement s'il existe ". Cet article dispose par ailleurs qu'en outre, " les points de collecte doivent : Faire l'objet d'un traitement qualitatif, par un habillage permettant leur bonne intégration paysagère, Et être clos, et pouvant être fermés à clé, le cas échéant ".
16. Le projet prévoit la réalisation d'une dalle béton de présentation des ordures ménagères entourées de murets en bordure de l'avenue Sarah Bernhardt, dont l'insertion paysagère est assurée par un couvert de haie au sud et un arbre à l'ouest. Il n'est pas établi que cette configuration et cet habillage ne permettraient pas tant son utilisation aisée par le service de collecte des ordures ménagères que sa bonne intégration paysagère, le règlement précité n'imposant pas la réalisation d'une aire couverte et close. Enfin, si aucune description n'est donnée au dossier de demande, qui n'en avait pas l'obligation, sur le rattachement de cette aire de collecte des déchets au réseau d'assainissement et sur l'existence d'un point d'eau, les requérants n'apportent aucun élément établissant que la configuration des lieux ferait obstacle à la mise en place de ces équipements. Aussi, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article UB 4.3 du règlement du plan local d'urbanisme doit être écarté.
17. En troisième lieu, d'une part, aux termes de l'article UA 9.1 du règlement du plan local d'urbanisme applicable au secteur UAa SPR1 et notamment aux terrains dont une façade au moins est située sur l'avenue Lajarrige : " L''emprise au sol maximum des constructions est fixée à : 100% dans une bande de 20 mètres à compter de l'alignement ou de la marge de retrait, et 35% du terrain résiduel sans pouvoir excéder 75% du terrain au total ". D'autre part aux termes de l'article R. 420-1 du code de l'urbanisme : " L'emprise au sol au sens du présent livre est la projection verticale du volume de la construction, tous débords et surplombs inclus ".
18. Il ressort du dossier de demande de permis de construire ayant été autorisé par le permis de construire modificatif du 20 juin 2023 que la surface du terrain d'assiette est de 571 m2, l'emprise au sol de la construction étant, compte tenu de la suppression des balcons sur la façade ouest, de 374,64 m2, soit moins de 75% de la surface du terrain d'assiette. Contrairement à ce que soutiennent les requérants, les aménagements qui ne comportent pas de projection verticale, tels que l'allée de circulation minéralisée pour l'accès au parking souterrain, l'allée piétonne d'accès à l'immeuble et le réservoir souterrain des eaux pluviales, n'avaient pas à être inclus dans le calcul de l'emprise au sol, qui est distincte des espaces de pleine terre ou non artificialisés. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article UA 9.1 du règlement du plan local d'urbanisme doit être écarté.
En ce qui concerne les dispositions du règlement du l'aire de mise en valeur de l'architecture et du patrimoine (AVAP) :
19. En premier lieu, aux termes de l'article II.1.1.2.1 du règlement de l'AVAP relatif aux règles de hauteur applicables au sous-secteur 1-1 : " Dispositions applicables dans une bande de 15 mètres à compter de l'alignement ou de la marge de retrait : Le long de l'avenue Lajarrige (), la hauteur maximale des constructions, hors éléments techniques de superstructure, est de : () 19 mètres à l'acrotère / et 6 niveaux (R+4+attique en retrait d'au moins 2 mètres par rapport à la façade des niveaux inférieurs) / Le long des autres voies, la hauteur maximale des constructions, hors éléments techniques de superstructure, est de : () Pour les toitures terrasse : / 13 mètres à l'acrotère / et 4 niveaux (R+2+attique en retrait d'au moins 2 mètres par rapport à la façade des niveaux inférieurs) / () / Terrains situés à l'angle de deux voies : Lorsque le terrain est situé à l'angle de deux voies soumises à des règles différentes, alors, sur une bande de 15 m de profondeur à compter de l'alignement de la voie sur laquelle la hauteur la plus importante est autorisée, la règle applicable est celle permettant la hauteur la plus élevée ".
20. D'une part, les requérants soutiennent que le projet présenterait au-delà de la bande de 15 mètres à compter de l'alignement de l'avenue Lajarrige une hauteur de 10,42 mètres en méconnaissance de l'article précité. Toutefois, le terrain d'assiette du projet étant situé à l'intersection de deux voies, à la bande de 15 mètres le long de l'avenue Lajarrige se cumule la bande de 15 mètres située à compter de la marge de retrait de l'avenue Sarah Bernhardt où les constructions avec toitures terrasses peuvent avoir une hauteur maximale de 13 mètres à l'acrotère. Il ressort du plan de masse produit que la partie du bâtiment présentant une hauteur à l'acrotère de 10,42 mètres est située dans la bande de 15 mètres à compter de la marge de retrait avec l'avenue Sarah Bernhardt.
21. D'autre part, si les requérants font valoir que le projet ne prévoit pas de retrait de deux mètres pour le deuxième étage par rapport à la façade des niveaux inférieurs, les dispositions précitées de l'article II.1.1.2.1 du règlement de l'AVAP n'imposent une telle distance de retrait qu'au niveau de l'attique. En l'espèce, au vu des pièces du dossier de demande de permis de construire, l'attique du projet est effectivement en retrait de deux mètres par rapport à la façade du niveau inférieur. La circonstance que le projet serait constitutif de troubles anormaux du voisinage est sans incidence sur la conformité de celui-ci aux dispositions précitées.
22. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article II.1.1.2.1 du règlement de l'AVAP doit être rejeté en toutes ses branches.
23. En deuxième lieu, aux termes de l'article II. 2. 2 du règlement de l'aire de mise en valeur de l'architecture et du patrimoine de La Baule-Escoublac, intitulé " immeubles de 2ème catégorie patrimoine architectural intéressant " : " Ces villas ou immeubles structurent avec le végétal la ville balnéaire, confèrent à La Baule son et expriment son identité par les ensembles qu'ils constituent. () Leur intérêt résulte de leur volumétrie générale, de leur place dans l'organisation urbaine et / ou de la somme de détails typiques qu'ils contiennent. C'est pourquoi la conservation de ces constructions et le maintien de leur paysage complexe environnant sont essentiels. Leur démolition, partielle ou totale, demeurant exceptionnelle est encadrée par les dispositions du point II-2-2-1) suivant ". Ce dernier précise qu' : " Il est interdit de démolir les constructions ou parties de constructions repérées comme " patrimoine architectural intéressant " () / Adaptation mineure : leur démolition ou leur modification pourra néanmoins être autorisée - en raison d'une dégradation importante de l'immeuble - ou d'un projet qualitatif de mise en valeur du site / Et à condition - de ne pas dénaturer l'aspect de l'espace public, les perspectives, ou de nuire à la cohérence d'un lieu ou d'une portion d'espace bâti vu depuis l'espace public, - de ne pas supprimer une architecture patrimoniale de qualité dont la typologie est caractéristique de l'architecture bauloise ". Il ressort des dispositions précitées de cet article II.2.2.1, que, d'une part, la démolition totale, et de simples adaptations mineures, d'éléments de patrimoine architectural intéressant de deuxième catégorie, peuvent être autorisées, sous les conditions prévues à cet article et que, d'autre part, l'identification de bâtiments en tant que patrimoine architectural intéressant de deuxième catégorie n'implique pas que ceux-ci participeraient nécessairement, du seul fait de cette identification, à une architecture patrimoniale de qualité, dont la typologie est caractéristique de l'architecture bauloise, au sens de ces dispositions. Les requérants ne sont ainsi pas fondés à soutenir que les bâtiments identifiés comme patrimoine architectural intéressant de deuxième catégorie ne pourraient faire l'objet que d'adaptations mineures qui devraient être expressément motivées par l'autorisation d'urbanisme contestée, mais non d'une démolition totale.
24. Il ressort des pièces du dossier que les deux maisons d'habitation dont le projet prévoit la démolition sont, à la date des décisions en litige, identifiés comme éléments d'un " patrimoine architectural intéressant " de deuxième catégorie. L'avis de l'architecte des Bâtiments de France du 8 juin 2023, suffisamment motivé quant au respect des conditions posées par le règlement pour autoriser la démolition de ces deux maisons d'habitation, fait état de ce que celles-ci " apparaissent désormais en décalage d'échelle étant de faible hauteur et entourées d'immeubles construits sur 5 niveaux, leur démolition pourrait être envisagée. Le rapport de diagnostic du BET structure AREST versé au dossier modificatif n°1 justifie leur démolition compte tenu de leur mauvais état général qui nécessiterait des moyens techniques de consolidation complexes et disproportionnés au regard de leur intérêt architectural. () Ce projet parvient à articuler sur une emprise limitée les deux échelles de bâti, immeubles en R+4 avenue Lajarrige et villas de l'avenue Sarah Bernardt, au moyen d'une couture urbaine subtile prenant en compte aussi bien la topographie (accroche du niveau supérieur avec l'immeuble mitoyen avenue Lajarrige, hauteurs dégressives vers l'intersection avec l'avenue Sarah Bernardt, traitement du retour d'angle par un dessin en courbe des balcons des deux niveaux bas, marge de recul avenue Sarah Bernardt) que l'écriture architecturale des immeubles de l'avenue (balcons filants, garde-corps à barreaudage vertical, enduit, peinture et modénatures). Le soin apporté au traitement de la façade arrière Nord-Ouest et à l'accès au parc de stationnement préservant le niveau du rez-de-chaussée de la villa existante en maintenant le paysage urbain notamment les perspectives sur l'avenue Sarah Bernardt et la capacité du projet à s'articuler avec les villas la bordant et leurs jardins participent d'une intégration à l'espace protégé précité de grande qualité ".
25. En l'espèce, d'une part, au vu du dossier de demande de permis de construire, le projet, par son architecture, assorti des prescriptions retenues par l'architecte des Bâtiments de France en dernier lieu dans son avis du 8 juin 2023, relatives notamment aux matériaux utilisés et au couvert végétal, constitue un projet qualitatif de mise en valeur du site, au sens de l'article II.2.2.1 du règlement de l'AVAP de La Baule-Escoublac. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que le projet dont l'objectif est de raccorder le niveau supérieur de l'immeuble en R+4 existant mitoyen, s'insère de façon harmonieuse à l'intersection de l'avenue Lajarrige, caractérisé par des immeubles collectifs, et de l'avenue Sarah Bernhardt, où se situent des villas caractéristiques de l'architecture bauloise. Il valorise ainsi les perspectives et la mise en cohérence de cette intersection. Enfin, il ressort des pièces du dossier que les maisons d'habitation dont le projet prévoit la démolition, qui présentent un différence d'échelle disharmonieuse avec les bâtiments de l'avenue Lajarrige, l'une d'entre elles créant un pignon aveugle, et qui ont fait l'objet de plusieurs modifications qui en dénaturent pour partie les caractéristiques originelles, ne sont pas représentatives d'un style ou d'une nature de construction devenus suffisamment rares ou remarquables au niveau du patrimoine local, et pour ces motifs, ne participent pas à une architecture patrimoniale caractéristiques de l'architecture bauloise, au sens des dispositions précitées de l'article II.2.2.1 du règlement de l'AVAP. De surcroît, il ressort des pièces du dossier que leur dégradation nécessite des travaux de consolidation complexes disproportionnés à l'enjeu patrimonial de leur conservation. Il résulte de ce qui précède que les conditions auxquelles l'article II.2.2.1 du règlement de l'AVAP subordonnent la démolition de ces villas sont satisfaites, de sorte que les requérants ne sont pas fondés à se prévaloir de leur méconnaissance à l'encontre des arrêtés attaqués.
26. En troisième lieu, aux termes de l'article II.1.2.2.1 " Principes généraux " des prescriptions de l'aire de mise en valeur de l'architecture et du patrimoine de la commune de La Baule-Escoublac : " Insertion dans l'environnement : / Les constructions doivent présenter un aspect compatible avec le caractère ou l'intérêt des lieux avoisinants, des sites, des paysages. / La volumétrie des constructions neuves doit être en harmonie avec les immeubles ou villas environnants et plus particulièrement lorsque ceux-ci sont repérés sur les documents graphiques. / Les éléments de raccordement avec les édifices voisins doivent tenir compte de leur modénature ou décor, de la hauteur de l'égout des toitures et de la hauteur des étages. / Le respect de données dominantes sur la rue ou l'espace public sur lesquels s'implante le bâtiment pourra être imposé (volumétrie, sens de toitures, aspect des parements, etc.). / Toute architecture visant à retranscrire une typologie de l'architecture balnéaire bauloise sera autorisée sous réserve du respect du caractère des lieux avoisinants (unité urbaine, cohérence typologique). / () ". Si le projet présente un style architectural contemporain, il présente néanmoins de fortes similitudes avec celui des constructions de l'avenue Lajarrige, ainsi que des caractéristiques propres à l'architecture balnéaire, eu égard, notamment aux balcons en arrondis, aux garde-corps verticaux, ouvrant, par une modulation de ses volumes et ses hauteurs dégressives, sur le bâti baulois de l'avenue Sarah Bernhardt, dont le projet ne remet pas en cause, contrairement à ce que soutiennent les requérants, les caractéristiques de " ville-jardin ". Dans ces conditions, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que les dispositions de l'article II.1.2.2.1 du règlement de l'AVAP, qui n'imposent pas un style architectural particulier, notamment de style balnéaire Art-Déco, seraient méconnues.
27. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les fins de non-recevoir soulevées en défense, que les requérants ne sont pas fondés à demander l'annulation du permis de construire attaqué.
Sur les frais liés au litige :
28. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de La Baule-Escoublac, qui n'a pas, dans la présente instance, la qualité de partie perdante, la somme que les requérants demandent au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge des requérants les sommes que la commune de La Baule-Escoublac et la société Gougaud Promotion demandent à ce même titre.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. et Mme B, M. et Mme E et M. et Mme D est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de La Baule-Escoublac et la société Gougaud Promotion au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. I E, désigné représentant unique, à la commune de La Baule-Escoublac, à la société Gougaud Promotion et au préfet de la région des Pays-de-la-Loire et de la Loire-Atlantique.
Délibéré après l'audience du 5 septembre 2023 à laquelle siégeaient :
M. Durup de Baleine, président,
Mme Thomas, première conseillère,
Mme Milin, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2023.
La rapporteure,
S. THOMAS
Le président,
A. DURUP DE BALEINE La greffière,
L. LÉCUYER
La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
la greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026